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De rares événements palestiniens en ligne pour critiquer le Hamas

Les contestations publiques sont inhabituelles dans l'enclave côtière où le groupe terroriste réprime ceux qui le critiquent

Manifestation palestinienne pendant la crise de l'électricité dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, le 12 janvier 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Manifestation palestinienne pendant la crise de l'électricité dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, le 12 janvier 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

La semaine dernière, des Palestiniens de la bande de Gaza ont pris part à une série d’événements, sur les réseaux sociaux, critiquant la gouvernance du Hamas dans la bande de Gaza – exprimant des inquiétudes rarement énoncées à voix haute dans l’enclave où les répressions sont brutales.

Sous le hashtag « Ils ont kidnappé Gaza », des centaines de Palestiniens ont participé à des conversations nocturnes, sur Twitter, déplorant les souffrances vécues par les Gazaouis ordinaires. S’ils ont également critiqué les restrictions imposées par Israël, les intervenants ont par ailleurs fréquemment mis en cause ce que sont, selon eux, « la gouvernance médiocre » et la « corruption » du Hamas.

« On voit s’élever des bâtiments dans le nord de la bande de Gaza, on voit les investissements, les tours. On peut tous les voir. Ce n’est pas possible de fermer les yeux… On sait tous que vous nagez dans la corruption », a écrit Jehad, un Palestinien habitant Gaza, dans une discussion.

Ces conversations ont eu lieu grâce à une fonction relativement nouvelle sur la plateforme – « L’Espace » Twitter. Tout utilisateur peut lancer et administrer un espace et tout usager peut demander à le rejoindre et à s’y exprimer.

Ces discussions libres, qui ont souvent duré plusieurs heures, ont réuni de jeunes Palestiniens de toute la Cisjordanie et de Gaza – où les espaces permettant de tenir de telles conversations sont rares.

En effet, les critiques publiques du Hamas sont risquées pour les Palestiniens qui vivent à Gaza. Les forces de sécurité du Hamas sont connues pour arrêter les critiques et les défenseurs des droits de l’Homme accusent le Hamas de torturer les prisonniers politiques.

« A Gaza, on vous dit de vous taire. Et n’ayez pas l’audace de parler de votre souffrance ! Parce que l’ombre des forces de sécurité intérieures plane toujours dans votre esprit », a dit Suleiman, un résident de Deir al-Balah à Gaza.

Le groupe terroriste est à la tête de la bande de Gaza depuis 2007, année où il avait pris le pouvoir au sein de l’enclave suite à une guerre fratricide sanglante contre le Fatah, son rival. Israël et le Hamas se sont depuis affrontés au cours de quatre brefs conflits, qui ont entraîné des milliers de morts du côté palestinien et plus de cent morts du côté israélien.

L’Égypte et l’État juif imposent des restrictions sécuritaires strictes depuis quinze ans sur la bande de Gaza pour tenter de contenir le Hamas, considéré comme une grave menace par les deux pays. Le mouvement des biens et des personnes est étroitement régulé de manière à empêcher le Hamas d’amasser des armes et des capitaux.

Les groupes de défense des droits de l’Homme déplorent l’impact de ces restrictions sur le quotidien des Gazaouis. Environ la moitié de la population de la bande est au chômage, selon la Banque mondiale. Un grand nombre des habitants qui sont en droit de choisir de quitter l’enclave côtière – pour étudier ou pour travailler à l’étranger – saisissent cette chance.

Les organisateurs de cet « espace » sur Twitter sont en majorité des jeunes Gazaouis qui avaient quitté la bande suite au mouvement de protestation « Nous voulons vivre ».

Les guerres répétées avec Israël ont laissé leur empreinte dans la bande. Un participant a ainsi évoqué les jeunes manifestants restés handicapés suite aux tirs des soldats israéliens lorsqu’ils avaient rejoint les rassemblements violents qui étaient organisés le long de la clôture de Gaza. Selon les Nations unies, environ 6 000 personnes auraient subi « des blessures qui ont changé leur vie ».

« On va voir les jeunes dans les camps de réfugiés, ils marchent avec des cannes. Il y a eu un si grand nombre de blessés. Et pourquoi ? », s’est interrogé Karim, un Palestinien né à Gaza mais qui vit dorénavant à l’étranger.

Des personnes participent à un rassemblement dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans la bande de Gaza, à l’occasion du 34e anniversaire de la fondation du Hamas, qui dirige l’enclave côtière, le 10 décembre 2021. (Mohammed ABED / AFP)

Mais les internautes, dans cet « espace », ont aussi insisté sur le fait que la gouvernance médiocre du Hamas avait joué un rôle essentiel dans la misère dans laquelle vivent les habitants. Ils ont accusé le groupe terroriste de donner des emplois et d’accorder des privilèges à ses membres, d’offrir l’électricité et des postes aux Gazaouis affiliés au Hamas plutôt que de les attribuer sur la base du mérite ou de la nécessité.

« Il y a des situations où vous voyez quelqu’un d’une trentaine d’années au chômage, qui ne peut pas se marier, tandis qu’un autre, 22 ans, aura un travail et pourra se payer le luxe d’acheter une voiture et de se marier – simplement parce qu’il est membre du Hamas », a noté Amjad dans une discussion sur Twitter. Lui-même a quitté la bande de Gaza il y a sept ans.

« Le Hamas gouverne Gaza et c’est lui qui est responsable de la situation. Bon, bien sûr, il n’est pas le seul responsable et je le souligne toujours. Mais dans la mesure où c’est lui qui gouverne, il devrait reconnaître ses responsabilités », selon Ahmad, un Palestinien né à Gaza qui vit aujourd’hui à l’étranger.

En 2019, des centaines de Gazaouis étaient descendus dans les rues pour réclamer de meilleures conditions de vie, un mouvement de protestation qui avait été connu sous le nom « Nous voulons vivre ». Les forces de sécurité du Hamas avaient réprimé ces défilés avec brutalité, frappant et arrêtant les participants, selon les groupes de défense des droits de l’Homme et les observateurs internationaux.

« Ils ne nous avaient pas arrêtés parce qu’on était des espions, parce qu’on aurait été d’une manière ou d’une autre liés à l’occupation israélienne. Ils nous avaient arrêté et ils nous avaient frappé parce qu’on avait osé dire ce qu’on pensait, parce qu’on voulait vivre une vie digne », a ajouté Ahmad.

Un grand nombre des hauts responsables du groupe terroriste n’habitent pas à Gaza et résident avec leur famille en Turquie et au Qatar, deux alliés et protecteurs essentiels du groupe terroriste.

« Notre problème, c’est ceux qui vivent ailleurs, dans un monde qui est totalement différent de celui des millions de personnes qui vivent à Gaza », a écrit Suleiman.

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