Des activistes ont lancé une attaque meurtrière en 2010 à bord du Mavi Marmara
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Des activistes ont lancé une attaque meurtrière en 2010 à bord du Mavi Marmara

Un rapport sur le fonctionnement interne d'un groupe antisémite révèle que Greta Berlin a reconnu tardivement que Ken O'Keefe avait déclenché le combat

Images prises d'une caméra de sécurité à bord du Mavi Marmara, montrant les activistes se préparant à résister aux soldats de Tsahal sur le point de monter à bord du navire. (Porte-parole de l'armée israélienne / Flash90)
Images prises d'une caméra de sécurité à bord du Mavi Marmara, montrant les activistes se préparant à résister aux soldats de Tsahal sur le point de monter à bord du navire. (Porte-parole de l'armée israélienne / Flash90)

LONDRES – Un important activiste pro-palestinien impliqué dans la flottille qui a tenté d’entrer à Gaza en mai 2010 semble corroborer la version israélienne des événements conduisant à la confrontation sanglante à bord du Mavi Marmara.

Dix activistes turcs sont morts après que des commandos de Tsahal sont montés à bord du navire – le plus grand du convoi des six vaisseaux – alors qu’il naviguait vers l’enclave côtière dirigée par le Hamas, défiant le blocus sécuritaire israélien visant à empêcher le groupe terroriste d’importer des armes.

Dans des messages récemment révélés d’un groupe Facebook britannique secret, Greta Berlin, le co-fondateur et porte-parole du Free Gaza Movement, déclare que les troupes israéliennes n’ont ouvert le feu qu’après que Ken O’Keefe, un ancien marine américain à bord du Mavi Marmara, eut saisi une arme à feu de l’un d’eux.

Au cours d’un tchat en ligne, animé, sur un groupe Facebook d’activistes pro-palestiniens, Berlin a contesté à plusieurs reprises les commentaires d’autres membres louant O’Keefe.

« Il a été responsable de certains morts à bord du Mavi Marmara. S’il n’avait pas désarmé un soldat terroriste israélien, ils n’auraient pas commencé à tirer. C’est assez. La plupart d’entre vous n’ont aucune idée de ce dont vous parlez », a-t-elle écrit.

Les commentaires de Berlin, postés en 2014, ont eu lieu sur le groupe Palestine Live.

La semaine dernière, un rapport du chercheur et blogueur David Collier a découvert sur le site plusieurs documents antisémites et anti-israéliens, sur ce site figurait également jadis le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn.

Greta Berlin, porte-parole et co-fondateur de Free Gaza Movement. (Engelo, CC-BY-SA, via wikipedia)

Mais l’étude de Collier sur le groupe Facebook semble également jeter un nouvel éclairage sur les événements qui se sont déroulés dans les eaux internationales de la côte de Gaza il y a près de huit ans, provoquant un violent conflit diplomatique entre la Turquie et Israël et la rupture des liens avec Ankara.

Le Mavi Marmara, navire turc participant à la flottille pour Gaza, visant à briser le blocus maritime imposé par Israël, en mai 2010. (Crédit : CC BY Free Gaza Mouvement/Flickr)

Récits de duel

Les commandos israéliens sont montés à bord du Mavi Marmara en descendant sur des cordes d’hélicoptères. L’armée israélienne a déclaré plus tard que leurs hommes avaient été attaqués avec des gourdins, des couteaux et des tiges de métal alors qu’ils descendaient du premier hélicoptère. Il a déclaré que les soldats ont ouvert le feu après qu’un manifestant a saisi une arme de l’un des commandos.

« Malheureusement, ce groupe était au bord de la confrontation », a déclaré le porte-parole du gouvernement israélien d’alors, Mark Regev, à la BBC peu de temps après l’affrontement.

« Le tir réel a été utilisé contre nos forces. Ils ont initié la violence, c’est clair à 100 % « , a-t-il dit.

Les militants, cependant, ont affirmé que les forces israéliennes ont commencé à tirer dès qu’ils sont arrivés sur le pont.

L’un des premiers témoignages provient de Berlin, qui n’était pas sur le Mavi Marmara. A Chypre quelques heures après le raid, elle a déclaré au New York Times que les commandos « avaient ouvert le feu sur des civils endormis à quatre heures du matin ».

Les commandos de Tsahal montent à bord du Mavi Marmara, en 2010, pour l’empêcher de se rendre à Gaza (Crédit photo: Capture d’écran Youtube)

C’est une phrase qu’elle a répétée à d’autres médias internationaux tout au long de la journée, contribuant ainsi à façonner un récit largement répandu de l’agression israélienne.

Une condamnation internationale intense de la violence a suivi, avec plusieurs pays convoquant les ambassadeurs israéliens respectifs.

Lors de manifestations à Londres, Corbyn, alors député travailliste d’arrière-plan, avait accusé Israël de commettre un « crime de guerre » et « un acte de piraterie » et l’a qualifié d' »Etat voyou ».

L’article de Berlin, soutient Collier, suggère « qu’il n’y a pas eu de tirs israéliens pendant que les soldats descendaient des hélicoptères, ni même du tout jusqu’à ce qu’ils se confrontent à une résistance inouïe et qu’ils se soient retrouvés prisonniers.

Le rapport israélien soumis à un panel de l’ONU établi en 2011 pour enquêter sur l’incident, poursuit-il, était « exact ».

« Il est difficile de lire logiquement le commentaire de Berlin d’une autre manière », précise-t-il. « [Elle] sait clairement que ce qui s’est vraiment passé n’est pas ce qu’ils ont dit. »

Perte de vie « inacceptable » face à la « résistance violente »

Si le panel de l’ONU a qualifié les pertes de vie du Mavi Marmara d’ « inacceptables », il a également conclu que les commandos faisaient face à une « résistance significative, organisée et violente » qui les obligeait à « utiliser la force pour leur propre protection ».

Face aux différents témoignages de la Turquie – qui accusait les forces israéliennes de comportement « excessif, brutal et prémédité » – et ceux d’Israël, le panel de l’ONU n’a pas réussi à se prononcer sur le moment où les commandos ont ouvert le feu.

Collier, cependant, a découvert d’autres posts de Berlin sur le groupe Facebook semblant soutenir la description d’Israël sur la façon dont la confrontation s’est déroulée.

« Vous pensez que c’était intelligent qu’il ait retiré l’arme de ces fous à bord du MM [Mavi Marmara] ? Puis couru autour du pont en disant qu’il avait l’arme à feu? Puis il l’a caché pour que les Israéliens puissent dire qu’ils avaient trouvé une arme à bord ? », écrit-elle dans un post.

Dans un autre message, elle reproche à O’Keefe, un membre de Palestine Live, de ne pas être «un héros et que ses actions ont mis en danger les autres sur le Mavi Marmara». Elle fait également référence aux « idées folles de Ken pour attaquer des soldats fous et armés. »

Berlin semble aussi s’interroger sur les motivations de O’Keefe, précisant qu’ « Il est un provocateur [sic] de haut niveau et on se demande juste pourquoi. » Elle a ensuite écrit : « Il a pris le pistolet et l’a brandi. Pourquoi les terroristes israéliens fous ne l’ont-ils pas tué ? Pourquoi ont-ils tiré sur des gens avec des caméras dans leurs mains ?  »


Sur cette photo de 2010, un Palestinien de la ville d’Hébron construit un navire miniature pour montrer son soutien à la flottille de Gaza, qui est devenue l’incident du Mavi Marmara. Israël a offert une nouvelle compensation à la Turquie pour normaliser les relations tendues de l’incident (Crédit photo: NAJEH HASHLAMOUN / FLASH90)

Son animosité envers O’Keefe, qu’elle qualifie de « menace », semble provenir de son expérience avec lui à bord d’un voyage antérieur vers Gaza. Israël avait autorisé les convois à franchir le blocus et à se rendre à Gaza.

« Il a créé toutes sortes de problèmes pour nous lors de ce premier voyage à Gaza », argumente Berlin dans un article, et allègue plus tard qu’O’Keefe « a menti au sujet d’une licence de capitaine. » Elle laisse également fortement entendre qu’il avait prévu de se battre avec les forces israéliennes au cours de ce voyage, en souhaitant un « bateau suicide ».

« Nous étions tous d’accord que Ken ne serait pas invité sur cette flottille », dit-elle en se référant au convoi de mai 2010, « mais il est d’une certaine manière monté à bord ».

Théories de la paranoïa et du complot

O’Keefe et Berlin sont des militants pro-palestiniens de longue date. Il a précédemment qualifié Israël d' »Etat raciste, d’apartheid et de génocide » qui « doit être détruit » et a affirmé que le Mossad était « directement impliqué » dans les attentats du 11 septembre. Il apparaît régulièrement sur Press TV, le site de langue anglaise du radiodiffuseur public iranien.

L’activiste anti-israélien Ken O’Keefe (Facebook)

Le premier mari de Berlin était un Palestinien et elle s’est d’abord impliquée dans l’activisme anti-israélien après la guerre de 1967. Elle a ensuite passé du temps en Cisjordanie au nom du Mouvement de solidarité internationale et a suscité la controverse en 2012 quand elle a été accusée de promouvoir une vidéo affirmant que les sionistes étaient responsables de l’Holocauste.

Elle a ensuite déclaré qu’elle n’avait pas regardé la vidéo « dégoûtante » avant de la poster.

Berlin a décrit Israël comme une « entité illégale » et un « pays fondé sur le terrorisme ».

Le Mavi Marmara était exploité par l’IHH, une organisation caritative turque interdite par Israël en 2008. Le Centre d’Information sur le Renseignement et le Terrorisme de Meir Amit a affirmé en 2010 que «outre ses activités humanitaires légitimes, l’IHH soutient les réseaux terroristes islamistes radicaux. Ces dernières années, il a largement soutenu le Hamas. »

Même après que la Turquie et Israël aient rétabli des relations diplomatiques complètes en 2016, le président Recep Tayyip Erdogan a continué à affirmer publiquement qu’il était «impossible» que les soldats de l’armée israélienne agissent en état de légitime défense.

« Nous avons tous les documents et les preuves », a déclaré Erdogan à la Deuxième chaîne.

« Malheureusement, 10 de nos frères ont été martyrisés », a-t-il ajouté.

Berlin n’a pas répondu à une demande d’interview du Times of Israël.

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