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Des firmes high-tech israéliennes cessent leurs opérations avec la Russie

Wix, Fiverr, Playtika et Tipalti figurent parmi les entreprises fondées en Israël qui soutiennent cette mesure de sanction économique

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Vue depuis le hublot d'un avion pendant l'atterrissage à Moscou, en Russie, le 5 avril 2021. (Crédit : Edgar Breshchanov via iStock by Getty Images)
Vue depuis le hublot d'un avion pendant l'atterrissage à Moscou, en Russie, le 5 avril 2021. (Crédit : Edgar Breshchanov via iStock by Getty Images)

Un certain nombre de compagnies du secteur technologique en Israël ont suspendu ou abandonné leurs opérations commerciales en Russie dans un contexte d’invasion en Ukraine, dans le cadre d’une série de sanctions imposées par les nations occidentales – des sanctions qui s’ajoutent au boycott des compagnies privées et publiques suite à l’entrée des forces russes sur le territoire ukrainien, le 24 février dernier.

Alors que le conflit entre dans sa troisième semaine, ces mesures punitives contre Moscou s’accélèrent encore.

Dimanche, plus de 350 entreprises – notamment des entreprises technologiques, des grands producteurs ou des marques de renom – avaient soit suspendu, soit stoppé leurs opérations en Russie, ou simplement restreint leurs services de manière à mettre la pression sur le Kremlin en raison de la guerre, selon une liste non exhaustive réalisée par des chercheurs de l’université de Yale. Dans cette liste de compagnies occidentales figurent Visa, Apple, Facebook, Mastercard, Amazon, Google, Ford, Dell, DHL, et McDonald’s, ainsi que certaines marques du secteur du luxe.

Ces initiatives s’ajoutent à d’importantes sanctions des gouvernements occidentaux sur les agences, les entreprises et certaines personnalités russes – notamment Vladimir Poutine, ainsi que des dizaines d’oligarques et le tout à une échelle sans précédent, selon les analystes.

Les oligarques – officiels du gouvernement et entrepreneurs qui ont amassé une fortune immense dans une économie où seuls les loyalistes de Poutine peuvent tirer leur épingle du jeu – sont considérés comme vulnérables dans la mesure où une grande partie de leurs richesses est liée à des intérêts occidentaux.

En Israël, le gouvernement a évité de sanctionner ou de critiquer directement la Russie ou le Kremlin alors que le pays s’efforce de trouver l’équilibre entre ses relations entretenues d’un côté avec Kiev et de l’autre avec Moscou. Le pays n’a pas pris de sanctions à l’encontre des oligarques russes qui ont des actifs en Israël – Roman Abramovich étant le plus important d’entre eux. Abramovich est un magnat israélo-russe qui a été sanctionné par le Royaume-Uni et par le Canada.

Roman Abramovich, propriétaire russo-israélien du club de Chelsea, au Stamford Bridge stadium de Londres, le 22 mars 2014. (Crédit : AP Photo/Alastair Grant)

Mais au cours de la semaine dernière, une poignée d’importantes firmes israéliennes a rejoint le rang des multinationales qui gèlent ou qui restreignent leurs activités en Russie. C’est le cas notamment de Fiverr, une entreprise qui crée le lien entre des firmes et des travailleurs indépendants qui offrent des services et des produits numériques ; du créateur web Wix, qui emploie presque mille développeurs ukrainiens ; du géant du jeu Playtika ; de Payoneer, une firme de traitement de paiement qui, dans le passé, avait eu l’occasion de contrevenir à des sanctions appliquées dans des régions comme la Crimée, l’Iran, le Soudan et la Syrie ; et l’entreprise de fintech Tipalti.

Micha Kaufman, cofondateur et directeur-général de Fiverr, a expliqué dans une publication que « les dévastations en Ukraine nécessitent un passage à l’action » et que l’entreprise, qui est cotée à Wall Street avec une capitalisation boursière d’environ 2,3 milliards de dollars, « suspend ses activités commerciales en Russie ». La compagnie a autorisé les travailleurs indépendants russes à retirer leurs gains et elle œuvre à soutenir ses travailleurs en free-lance et ses employés ukrainiens, a continué Kaufman.

Le cofondateur et directeur-général de Fiverr Micha Kaufman. (Autorisation/ Yoav Hornung)

Pour sa part, le cofondateur de Wix, Avishai Abrahami, a fait savoir sur LinkedIn la semaine dernière que la compagnie, cotée au Nasdaq avec une capitalisation boursière de 4,39 milliards de dollars, avait cessé de travailler en Russie et qu’elle « ne vend pas, et elle ne vendra plus quoi que ce soit à la Russie, où aucun commerce ne pourra dorénavant avoir lieu ».

Toutefois, dans l’intérêt de la liberté d’expression, « la possibilité de créer et à publier des sites gratuits en Russie va rester disponible », a-t-il ajouté.

Wix comptait approximativement 1000 développeurs en Ukraine avant l’invasion russe qui a commencé le mois dernier, et l’entreprise a fait en sorte de mettre ses équipes en sécurité partout où cela a été possible.

La compagnie spécialisée dans les jeux mobiles Playtika, qui a été fondée en Israël et qui a des employés dans trois grandes villes d’Ukraine – notamment dans la capitale – a annoncé qu’elle supprimait ses jeux en ligne des magasins d’applications en Russie « jusqu’à nouvel ordre » et qu’elle allait contribuer à financer le Fonds pour l’Ukraine qui a été mis en place par la Croix Rouge.

Playtika est un pionnier des jeux sans abonnement sur les réseaux sociaux et sur les plateformes mobiles, et la firme a créé des jeux populaires comme Slotomania, House of Fun ou Bingo Blitz. Elle avait été rachetée en 2016 pour une somme de plus de 4 milliards de dollars par un consortium chinois qui comprend la société d’investissement privée qui a été cofondée par Jack Ma d’Ali Baba.

Avec son siège à Herzliya, Playtika est entrée au Nasdaq l’année dernière et sa capitalisation boursière est d’environ 8 milliards de dollars.

Le cofondateur et directeur-général de Playtika Robert Antokal. (Crédit : Ohad Romano)

Conservant les sanctions à l’esprit, la firme de paiement Payoneer a expliqué qu’elle n’acceptera pas de nouveaux clients « après avoir rempli ses obligations à l’égard de ses clients actuels en Russie conformément aux accords de services passés, et l’entreprise n’offrira plus non plus ses services à ces derniers ».

« Nous ne pouvons pas, en toute conscience, soutenir un gouvernement agressif qui a renversé des décennies de paix en Europe », a fait savoir la firme dans un communiqué.

Les actions de Payoneer ont intégré le Nasdaq l’année dernière à une évaluation de plus de trois milliards de dollars à l’issue d’une fusion avec une société d’acquisition à vocation spécifique (SAVS), FTAC Olympus Acquisition Corp., une société inactive dirigée par Betsy Cohen, fondatrice de Bancorp. La capitalisation boursière de la firme est de 1,53 milliards de dollars et elle est considérée comme l’une des plateformes de transfert d’argent en ligne les plus importantes du monde, permettant aux entreprises et aux travailleurs en free-lance de l’économie de la pige, dans différents pays, d’effectuer des transactions. Elle compte parmi ses partenaires Amazon, Airbnb et Fiverr.

L’année dernière, Payoneer avait accepté de payer une amende d’environ 1,4 million de dollars dans le cadre d’un arrangement concernant d’apparentes violations de sanctions. L’entreprise avait traité des paiements à destination de clients qui se trouvaient en Iran, au Soudan et en Syrie, entre autres, selon le département du Trésor américain.

Pour sa part, la firme de technologies financières Tipalti, qui développe des solutions de paiement et de mise en conformité, a indiqué être « dans l’obligation de travailler avec les systèmes de contrôle des sanctions pour identifier des crimes financiers et pour contrôler les listes de classification avant tout transfert de paiement sur la plateforme de l’entreprise ».

« Ces systèmes ne permettent pas actuellement le transfert de paiements vers la Russie », a-t-elle continué dans une déclaration.

Tipalti a noté traiter un volume de paiement annuel de plus de 30 milliards de dollars au total dans plus de 150 pays.

Naviguer à travers les sanctions

De manière générale, si les compagnies israéliennes qui vendent des biens ou des services à des clients en Russie ou qui s’engagent dans des relations commerciales avec des entités russes ne sont pas directement entravées par les sanctions imposées par les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni, elles peuvent toutefois courir le risque de contrevenir aux mesures de sanction ou de s’y trouver mêlées malgré elles, en particulier si elles mènent des activités dans ces pays.

Le ministère de l’Économie et de l’Industrie a organisé, la semaine dernière, un webinaire en direction des firmes qui exportent des produits ou des services en Russie ou qui ont des relations commerciales avec des entités russes pour les aider à mieux connaître les régulations et à mieux comprendre leurs conséquences pour leurs activités.

Le gouvernement américain, pour sa part, a mis en garde Israël, demandant au pays de ne pas accueillir « l’argent sale » de la Russie et pressant Jérusalem de se joindre aux sanctions occidentales prises contre le Kremlin suite à l’invasion de l’Ukraine.

La sous-Secrétaire d’État aux Affaires politiques américaines, Victoria Nuland, a déclaré à la Douzième chaîne israélienne, ce week-end, qu’Israël devait rejoindre le système des sanctions occidentales, notamment contre les oligarques.

Le Solaris, le super yacht appartenant au magnat israélo-russe Roman Abramovich ancré à Tivat, au Montenegro, le 12 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Risto Bozovic)

« Ce que nous demandons, entre autre choses, c’est que toutes les démocraties, dans le monde entier, nous rejoignent dans les sanctions financières et de contrôle des exportations que nous avons mises en place contre Poutine. Nous devons étouffer le régime, nous devons l’empêcher d’accéder aux revenus dont il a besoin », a indiqué Nulan.

« Nous mettons la pression sur les oligarques qui se trouvent autour de lui, nous mettons la pression sur l’économie. Et dans ce contexte, nous demandons au plus grand nombre possible de pays de nous rejoindre. Nous demandons cela aussi à Israël », a-t-elle ajouté.

Israël a fourni une aide humanitaire à l’Ukraine – notamment des équipements médicaux et des groupes électrogènes pour alimenter en électricité un hôpital de campagne. L’État juif s’est toutefois refusé à envoyer du matériel militaire, en particulier des casques et des gilets pare-balles.

Et tandis qu’Israël évite d’imposer des sanctions, le suivi des déplacements aériens laissent penser que certains riches Russes cherchent un refuge au sein de l’État juif.

La Douzième chaîne a annoncé, vendredi, qu’au cours des dix derniers jours, 14 jets privés avaient décollé de St. Petersburg et avaient atterri à l’aéroport international Ben Gurion.

La semaine dernière, la chaîne a fait savoir qu’un nombre inhabituel d’avions privés avaient fait le déplacement à partir de la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine, ce qui pourrait indiquer que certains Russes fortunés cherchent à trouver des moyens d’éviter les sanctions.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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