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Des pâtissiers juifs soutiennent l’Ukraine avec des hamantaschen

A quelques jours de « Pourim, fête de survie et de combat », des boulangeries de Varsovie à Portland souscrivent à l’initiative « Hamantaschen For Ukraine »

Jamie Wei commercialise des hamantaschen aux couleurs du drapeau ukrainien. (chopsticksmeetfork / Instagram via la JTA)
Jamie Wei commercialise des hamantaschen aux couleurs du drapeau ukrainien. (chopsticksmeetfork / Instagram via la JTA)

JTA – À quelques semaines de Pourim, une boulangère berlinoise s’est mise aux fourneaux pour préparer des hamantaschen afin de soutenir les réfugiés ukrainiens face à l’invasion russe.

Laurel Kratochvila, juive américaine propriétaire de Fine Bagels, une boutique de bagels typiquement new-yorkais situé dans l’est de Berlin, en a eu l’idée alors qu’elle était malade de la COVID, en quarantaine à la maison, livrée au flot d’informations en continu.

« Mon mari a grandi en Tchécoslovaquie pendant l’occupation russe post-68 et nous sommes tous deux très affligés par la situation – lui bien davantage encore », a déclaré Kratochvila.

Ils ont réfléchi ensemble à la manière dont ils pourraient activement soutenir la cause ukrainienne.

Pourim se profilant, ils ont décidé d’utiliser les graines de pavot et le hamantaschen au chocolat qu’ils fabriquent traditionnellement en cette période de l’année, pour lancer « Hamantaschen pour l’Ukraine ». Leurs recettes iront à Polish Humanitarian Action, une organisation qui distribue vivres, boissons chaudes, couches, produits d’hygiène et couvertures, ainsi que des informations et un service de transport aux réfugiés nouvellement arrivés d’Ukraine.

Jusqu’à présent, plus de 30 boulangers et particuliers, de Varsovie à Portland, se sont engagés. La liste complète des participants se trouve sur leur site, dans l’onglet « où trouver des hamantaschen! ».

Des Hamantashen vendus au profit de l’Ukraine. (Autorisation de Fine Bagels via la JTA)

La réaction des boulangers juifs à travers les États-Unis ne s’est pas fait attendre et s’est illustrée par sa détermination. De Los Angeles à Portland en passant par Chicago, Philadelphie et New York, les Juifs se sont empressés d’apporter leur contribution – sous forme de hamantaschen – à la cause.

Tamar Fasja Unikel, copropriétaire de Masa Madre à Chicago, a déclaré que « fédérer une communauté de boulangers à travers le monde me parait être une bonne manière de montrer que nous regardons ce qui se passe. Pourim est une fête qui célèbre la survie et la lutte : j’espère que le message sera perçu dans le monde entier. »

Masa Madre va commercialiser des paquets de six hamantaschen aux saveurs uniques cette année – beurre de cacahuète et massepain, gaufrette Cajeta et goyave. Un tiers des bénéfices iront aux secours humanitaires.

Megan Tucker, propriétaire de l’épicerie juive vegan Mort & Betty’s, basée à Los Angeles, s’est également sentie obligée de s’impliquer. « Les familles de mes deux grands-parents ont fui les pogroms soviétiques en Lituanie. Cette partie de mon histoire familiale me donne envie de faire ce que je fais de mieux pour soutenir les réfugiés ukrainiens. »

Cela signifie faire du hamantaschen sucré et salé en utilisant des cerises acidulées et du seigle qui, selon Tucker, sont traditionnels de la cuisine ukrainienne. Les habitants de Los Angeles ont pu précommander jusqu’au 8 mars et pourront récupérer leur hamantaschen aux amandes et cerise et chocolat au Crafted Kitchen, dans le centre-ville de Los Angeles du mercredi 16 au jeudi 17 mars.

Hamantashen de Mamaleh. (Avec l’autorisation de Mamaleh via la JTA)

Chez Mamaleh’s Delicatessen à Cambridge, dans le Massachusetts, Rachel Sundet fait don de 10% de toutes ses ventes de hamantaschen à la collecte de fonds. « Nous avons participé à des collectes de fonds similaires (comme certaines des initiatives de Bakers Against Racism) », a déclaré Sundet. « Et c’est toujours mieux d’avoir quelque chose à faire lorsque nous nous sentons impuissants face à ce qui se passe dans le monde. »

Les sympathisants pourront faire leur choix parmi trois saveurs – chocolat-caramel, framboise-halvah et datte-noix-chocolat blanc -, en portions individuelles ou en boîtes de 12, du 14 au 20 mars.

À l’annonce de la collecte de fonds, le chef Jeremy Umansky s’est immédiatement rallié, promettant de vendre au bénéfice de la cause des hamantaschen aux prunes et aux pêches dès la semaine prochaine, à la boutique Larder Delicatessen and Bakery, à Cleveland.

« Ma famille a fui l’Ukraine pour échapper aux persécutions russes et à une mort certaine, il y a plusieurs générations », a déclaré Umansky. « Voir la même chose se reproduire de mon vivant est épouvantable. Je suis solidaire de mes sœurs et frères ukrainiens : les aider face aux atrocités qu’ils subissent actuellement est le moins que je puisse faire. Je formule le vœu que le peuple ukrainien sorte [de cette épreuve] plus fort que jamais ! »

Amy Kritzer a recueilli plus de 2 000 $ dans le cadre de Hamantashen pour l’Ukraine. (whatjewwannaeat/Instagram via la JTA)

Bien d’autres initiatives culinaires ont été lancées.

Fan-Fan Doughnuts à Brooklyn a annoncé une vente « Bake For Ukraine » du 14 au 20 mars prochain, autour des ponchiki, un type de beignet ukrainien. Les recettes iront à une organisation ukrainienne d’aide aux enfants affectés par la guerre.

On notera également l’initiative « Cook For Ukraine » rassemblant DACHA 46, de New York, Alissa Timoshkina, créatrice culinaire russe installée à Londres et la cheffe Olia Hercules, fameuse pour son franc-parler depuis le début de l’invasion. Ukrainienne, l’auteure de livres de cuisine a de la famille dans le pays, à commencer par ses parents et un frère qui a récemment rejoint les forces de défense à Kiev.

Kratochvila s’est dite bouleversée par la réaction enthousiaste des boulangers d’Europe et des États-Unis qui se sont engagés dans cette collecte de fonds, donnant de leur temps et de leur énergie.

« Je sais que cela ne va pas arrêter Poutine », a-t-elle déclaré. « Mais j’espère que cela apportera un peu d’aide à des personnes qui vivent actuellement des situations désespérées. »

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