Rechercher

Des téfilines au front : Un ancien soldat orthodoxe de Tsahal combat en Ukraine

Tzvi Arieli, 42 ans, d'origine lettone et citoyen israélien, se considère comme Ukrainien ; il combat les envahisseurs russes – et a des mots durs envers sa deuxième patrie, Israël

  • Tzvi Arieli, en train de prier dans une caserne de l'armée ukrainienne en 2017, est un immigrant d'Israël qui a rejoint l'armée ukrainienne. (Crédit : Autorisation d'Arieli / via JTA)
    Tzvi Arieli, en train de prier dans une caserne de l'armée ukrainienne en 2017, est un immigrant d'Israël qui a rejoint l'armée ukrainienne. (Crédit : Autorisation d'Arieli / via JTA)
  • L'Israélo-ukrainien Tzvi Arieli lors d'un événement faisant la promotion des liens entre les deux pays en 2015. (Crédit : Autorisation d'Arieli / via JTA)
    L'Israélo-ukrainien Tzvi Arieli lors d'un événement faisant la promotion des liens entre les deux pays en 2015. (Crédit : Autorisation d'Arieli / via JTA)
  • Tzvi Arieli en 2015 avec d'autres Ukrainiens et Israéliens qui ont participé à l'entraînement militaire qu'il a proposé. (Crédit : Autorisation d'Arieli / via JTA)
    Tzvi Arieli en 2015 avec d'autres Ukrainiens et Israéliens qui ont participé à l'entraînement militaire qu'il a proposé. (Crédit : Autorisation d'Arieli / via JTA)

JTA — En tant qu’homme juif orthodoxe, Tzvi Arieli porte chaque matin ses téfilines, objet rituel composé de lanières de cuir noir qui relient deux petites boîtes contenant des versets de la Torah.

Mais Arieli peut faire des exceptions.

« Si j’ai besoin de tirer sur des Russes, le timing est vraiment important. Je ne pourrais peut-être pas me concentrer sur les téfilines et la guerre dans la même fraction de seconde », a déclaré Arieli, un ancien soldat de Tsahal qui combat aux côtés de l’armée ukrainienne alors que son pays d’adoption se défend contre l’invasion russe.

L’homme de 42 ans a passé ces dernières semaines à se préparer au combat alors qu’il se trouvait chez ses beaux-parents à environ 70 kilomètres au sud de la capitale ukrainienne, Kiev, dans une ville dont il a préféré ne pas divulguer le nom pour des raisons de sécurité. Près d’un mois après le début de la guerre, au moment de cet entretien, il était en route pour tendre une embuscade aux troupes ennemies en tant que membre d’une unité de parachutistes.

Le président russe Vladimir Poutine a lancé des frappes aériennes et terrestres contre le pays voisin le 24 février après que l’Ukraine eut rejeté ses revendications territoriales. Celles-ci comprenaient la reconnaissance de la Crimée comme faisant partie de la Russie et l’indépendance de deux régions séparatistes soutenues par la Russie dans l’est de l’Ukraine.

Arieli, qui avait déjà rejoint l’armée ukrainienne en 2014 afin de repousser les séparatistes, est un cas rare : un Israélien qui combat directement contre les troupes russes. Pourtant, il reflète la complexité des liens que les Juifs de l’ex-Union soviétique entretiennent avec la région et Israël.

« Je me considère comme Ukrainien », a déclaré Arieli, qui est né en Lettonie. « Je suis aussi Israélien mais je ne suis pas très satisfait par Israël en ce moment », a-t-il ajouté, un sentiment qu’il lie à des préoccupations à la fois personnelles et politiques.

Arieli a émigré en Israël après le lycée, où il a fréquenté l’université et a servi dans une unité combattante de Tsahal en Cisjordanie pendant la deuxième Intifada. Il a également passé deux ans à étudier aux États-Unis, au Rabbinical College of America à Morristown, dans le New Jersey.

Il a ensuite dirigé l’organisation de jeunesse sioniste Bnei Akiva en Ukraine, où il a rencontré sa femme, une Juive ukrainienne. Ensemble, ils ont de nouveau déménagé en Israël, où Arieli a rejoint une unité antiterroriste au sein du ministère de la Défense.

Mais Arieli a été attiré par l’Ukraine.

L’Israélo-ukrainien Tzvi Arieli lors d’un événement faisant la promotion des liens entre les deux pays en 2015. (Crédit : Autorisation d’Arieli / via JTA)

Un ami lui a fait une offre d’emploi pour travailler au sein de la communauté juive de Kiev en tant qu’éducateur. Il a ensuite été directeur général adjoint de United Ukrainian Appeal. Puis, l’armée ukrainienne a fait appel à Arieli en tant qu’entraîneur tactique pour les unités qui tentaient de réprimer l’insurrection séparatiste dans le Donbass.

Plus récemment, Arieli dirigeait une « entreprise informatique », qui, comme de nombreuses autres entreprises du pays, a stoppé ses activités à cause de la guerre.

Après plus d’une décennie en Ukraine, Arieli se sent Ukrainien. Et c’est exactement comme ça qu’il est perçu, dit-il.

« Les Juifs sont devenus beaucoup plus étroitement liés aux Ukrainiens et à l’identité ukrainienne depuis que le pays est devenu indépendant en 1991 », a-t-il déclaré. « C’est quelque chose que beaucoup d’Américains et d’Israéliens ne comprennent pas. »

Il s’est souvenu de son entraîneur de boxe ukrainien qui était consterné que le champion choisi pour représenter le pays ne soit pas « 100 % Ukrainien ».

Tzvi Arieli, en train de prier dans une caserne de l’armée ukrainienne en 2017, est un immigrant originaire d’Israël qui a rejoint l’armée ukrainienne. (Crédit : Autorisation d’Arieli / via JTA)

Mais la façon de pensée de l’entraîneur a révélé l’absence d’antisémitisme dans l’Ukraine post-soviétique, selon Arieli. « Il a dit que seuls les Ukrainiens et les Juifs devraient pouvoir représenter l’Ukraine. »

De nombreux Ukrainiens considèrent le refus d’anciens dirigeants israéliens (à commencer par Golda Meir) de céder aux adversaires de leur pays comme un modèle pour eux-mêmes. Le Mossad est également considéré comme représentant le potentiel du renseignement occidental qui pourrait aider l’Ukraine en cette période de crise, a déclaré Arieli.

Cette vision des choses a fait qu’Arieli s’est ainsi parfois retrouvé dans d’étranges situations.

« De nombreux Ukrainiens pensent ou souhaitent que je sois du Mossad », a-t-il dit, ajoutant en riant : « J’essaie de les convaincre que je ne le suis pas, mais parfois c’est mieux s’ils pensent que je le suis. C’est comme si leurs souhaits se réalisaient. »

Arieli est furieux de ce qu’il qualifie de manque de soutien de la part du Premier ministre israélien Naftali Bennett envers l’Ukraine. Alors qu’Israël a envoyé une aide humanitaire substantielle à la région et mis en place un hôpital de campagne dans l’ouest de l’Ukraine, le pays n’a pas fourni l’aide militaire spécifique demandée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Bennett cherche ainsi à maintenir de bonnes relations avec la Russie, alors que d’autres pays ont imposé de sévères sanctions.

Installation d’un hôpital de campagne israélien à Mostyska, en Ukraine, le 22 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Bennett a cherché à jouer un rôle important dans les efforts de négociation entre l’Ukraine et la Russie, et Zelensky a déclaré il y a quelques jours que des pourparlers de paix pourraient potentiellement avoir lieu à Jérusalem. Mais Arieli a rejeté l’argument selon lequel Israël devait faire preuve de prudence en raison du rôle que joue la Russie en Syrie, qui concerne la sécurité israélienne.

« Les dirigeants d’un pays doivent trancher entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Et Bennett dit : ‘Nous ne voulons pas prendre parti’ », a-t-il déclaré.

Soulignant les attaques de la Russie contre des cibles civiles, il a ajouté que « la Russie tue des civils innocents tous les jours, et Bennett ne veut pas se positionner ? La Russie est du mauvais côté. Vous ne pouvez pas rester neutre à ce sujet. Ce n’est pas une position acceptable. »

Arieli est aussi « vraiment en colère » contre Israël pour une raison plus personnelle : son chien.

Avant la guerre, alors qu’il envisageait l’évacuation de sa famille, Israël était le premier choix d’Arieli. Mais cela a changé, a-t-il dit, lorsque les services vétérinaires israéliens, un organisme gouvernemental, lui ont dit que, puisque son labrador avait moins d’un an, le chiot avait besoin d’une autre série de vaccins contre la rage et devrait rester en Ukraine pendant un mois avant de pouvoir venir en Israël. (Depuis le début de la guerre, Israël a assoupli les règles d’entrée pour les animaux de compagnie qui accompagnent les réfugiés.)

Tzvi Arieli en 2015 avec d’autres Ukrainiens et Israéliens qui ont participé à l’entraînement militaire qu’il a proposé. (Crédit : Autorisation d’Arieli / via JTA)

« Notre chien nous voit comme ses parents. Il dort avec nous. Nous ne le laisserons pas seul. Israël devrait faire une exception dans des moments comme celui-ci », a-t-il déclaré.

La femme et les enfants d’Arieli, âgés de 13 et 14 ans, sont actuellement à Stuttgart, en Allemagn, où ils ont reçu l’aide d’un rabbin. Pupsik le chiot y a également été envoyé.

L’appartement du soldat, à Kiev, près du fleuve Dnipro, était toujours intact fin mars, mais il ne serait pas surpris si cela venait à changer d’ici peu. « Quelques immeubles d’habitation juste à côté du mien ont été détruits par les bombardements russes », a-t-il déclaré.

Les liens d’Arieli avec l’Ukraine vont au-delà de sa femme. Comme de nombreux Ukrainiens, il est de langue maternelle russe et, comme de nombreux Ukrainiens russophones, il est depuis longtemps un partisan de l’indépendance identitaire de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie.

Lorsque la guerre a éclaté, il a formé des civils pour qu’ils deviennent des soldats dans la toute nouvelle Force de défense territoriale, supervisée par l’armée ukrainienne.

Mais Arieli, qui a déjà exprimé publiquement sa préoccupation concernant les normes et la formation au sein de l’armée, a admis une certaine frustration.

« On peut recevoir 150 personnes chaque jour, et la plupart ne savent pas tirer. Il est difficile de voir les progrès lorsque vous entraînez quelqu’un qui n’a jamais tenu d’arme à feu », a-t-il déclaré.

Il a donc demandé à ses camarades soldats où il pourrait être le plus utile – et cela pourrait bien être dans la forêt à l’ouest de Kiev.

Bien qu’Arieli ne puisse pas dire exactement quels sont les plans de son unité, il a offert des indices en évoquant dans les détails « l’absurdité » de la campagne terrestre russe.

« Il n’y a que quelques routes depuis la Biélorussie pour les chars, et les Russes avaient des kilomètres et des kilomètres de chars, à découvert, sur ces routes. Ils utilisent ces vieilles tactiques soviétiques qui font d’eux des cibles faciles », a-t-il observé.

Confirmant les informations selon lesquelles les forces russes ont subi de lourdes pertes, Arieli a déclaré que les chars tombaient constamment en panne, bloquaient la route et manquaient d’essence. « Il y a moins de chars et de soldats ici chaque jour », a-t-il déclaré.

Malgré son optimisme quant aux perspectives de succès militaire de l’Ukraine, Arieli s’inquiète de la prochaine décision de Poutine.

« C’est une situation très dangereuse car il y a 50 % de chances qu’il puisse utiliser des armes nucléaires », a déclaré Arieli. « Il ne veut pas avoir l’Ukraine, il veut la détruire. »

Il est également bouleversé par la tournure abrupte et brutale que sa vie a prise.

« Cette guerre a ruiné nos vies ; nous avons tout perdu », a-t-il déclaré. « Vous savez, je n’aime vraiment pas la violence, mais quel choix me reste-t-il ? »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...