Des villageois marocains avec un lien juif flou reçoivent l’aide d’Israéliens
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Des villageois marocains avec un lien juif flou reçoivent l’aide d’Israéliens

Des donateurs juifs aident les Amazighs indigènes à se vêtir et à étudier, alors qu'ils luttent pour leur réhabilitation culturelle dans une société d'élites arabes au pouvoir

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Image principale avec autorisation de différentes sources. De gauche à droite : Des villageois d'Agoudal avec du matériel acheté avec l'argent collecté sur la page GoFundMe gérée par Martha Rettig et Denise Marie ; un atelier juif-amazigh dans les montagnes de l'Atlas dans les années 1950 ; des femmes amazighes traversant une rivière portant des charges sur leur dos.
Image principale avec autorisation de différentes sources. De gauche à droite : Des villageois d'Agoudal avec du matériel acheté avec l'argent collecté sur la page GoFundMe gérée par Martha Rettig et Denise Marie ; un atelier juif-amazigh dans les montagnes de l'Atlas dans les années 1950 ; des femmes amazighes traversant une rivière portant des charges sur leur dos.

BENI-MELLAL, Maroc – Mohamed attendait sur un banc dans la petite gare routière délabrée de Beni-Mellal quand je suis arrivé. Éclairée uniquement par le soleil entrant de l’extérieur, la gare était semblable à un four par cette journée de fin de printemps qui atteignait les 38 degrés avant midi. Même si c’était le Ramadan et qu’il jeûnait, Mohamed était en forme.

« Bienvenue, mon frère », dit-il, tout en me donnant l’accolade et s’enquérant de mon voyage de quatre heures depuis le nord de Marrakech.

Mohamed désigna des points de repère en passant devant un rond-point avec des voitures et des petits camions diesel qui se battaient pour se frayer un chemin. De l’autre côté de la rue, des femmes voilées se précipitaient vers un marché en plein air animé. L’énergie semblait surdimensionnée pour la ville relativement petite et peuplée d’un peu moins de 200 000 habitants dont Mohamed qui fréquente l’université.

Une petite chute d’eau alimentait un ruisseau traversant un parc vert. En le longeant, Mohamed évoqua les sujets qui préoccupent souvent un étudiant de 25 ans de premier cycle – les filles, son appartement. Il était en période d’examens. Très vite, il demanda aussi des nouvelles de « Tatie Martha ».

Il faisait référence à Martha Rettig, une guide touristique américano-israélienne à la retraite qui soutient financièrement Mohamed pour ses études, ainsi que les habitants de son village natal, Achamaoui. (Le nom du village a été changé pour protéger sa vie privée.)

Mohamed est né dans une grotte. Aujourd’hui, il étudie l’anglais à Beni Mellal, qui, bien qu’à 100 kilomètres à vol d’oiseau d’Achamaoui, exige qu’il voyage jusqu’à huit heures par trajet en raison des routes de montagne sinueuses et des modes de transport indirects.

Mohamed, visage pixélisé pour protéger son identité, se tient devant son université à Beni-Mellal, Maroc, le 4 juin 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Martha Rettig et Mohamed ne se sont jamais rencontrés en personne, mais au cours des deux dernières années, la guide a collecté et envoyé plusieurs milliers de dollars à Mohamed, qui s’en sert pour acheter de la nourriture, des chaussures et des vêtements chauds à distribuer aux nécessiteux dans sa ville natale. Il en utilise également une partie pour couvrir les coûts de ses études.

Selon les normes occidentales, il ne s’agit pas d’une énorme somme d’argent, mais pour les familles du village berbère déshérité du Haut Atlas, elle a fourni une aide essentielle, surtout pour traverser des hivers d’un froid redoutable.

Rapprochement

Martha a rencontré Mohamed pour la première fois sur une page Facebook consacrée aux groupes autochtones du Moyen Orient et d’Afrique du Nord. Bon nombre de ces groupes luttent pour obtenir leur indépendance culturelle ou politique dans des domaines où ils n’ont pas d’autonomie officielle. Parmi ceux qui sont représentés dans le forum se trouvent des ethnies kurdes, arméniennes et berbères qui, à travers l’Afrique du Nord, préfèrent souvent être appelés le peuple amazigh.

Soudain, voilà ce type au nom arabe qui parle du sionisme et du fait que les Juifs sont les vrais habitants de la Terre d’Israël

Après deux ans de lutte contre le cancer, Martha s’est retrouvée à passer beaucoup de temps en ligne à apprendre et à promouvoir la défense d’Israël.

Titulaire d’une licence d’archéologie et d’une maîtrise en éducation juive, elle a travaillé comme guide touristique en Israël pendant 25 ans. Les aspects physiques pénibles de ce travail – du réveil tôt le matin à la conduite des grands autocars, en passant par le rassemblement des gens et les randonnées en terrain accidenté – rendaient la poursuite de son travail pratiquement impossible. Pourtant, elle voulait faire quelque chose de significatif en rapport avec son temps.

Martha Rettig a récolté des milliers de dollars pour les Amazigh démunis du Maroc. (Autorisation)

À sa grande surprise, grâce à ses recherches en ligne et à son militantisme, Martha a découvert qu’elle avait un certain nombre de valeurs communes avec les personnes vivant dans des pays que beaucoup considèrent hostiles à Israël.

« Je suis moi-même très pro-Israël, alors j’ai participé à ces forums, j’ai eu ces discussions, et puis soudain, voici ce type avec un nom arabe qui parle du sionisme et de comment les Juifs sont les vrais habitants de la Terre d’Israël », se souvient-elle.

Aujourd’hui, il existe au Maroc un mouvement petit mais fort pour faire revivre la langue et la culture amazighes dans la région, vieilles de 5 000 ans. Au sein de ce mouvement, beaucoup s’identifient à l’État moderne d’Israël et aux Juifs, qu’ils considèrent comme ayant mené – et gagné – leur propre lutte pour vivre de manière indépendante dans leur patrie ancestrale

Intriguée, elle contacte les membres de la page Facebook pour en savoir plus. S’adressant à un certain nombre de nouveaux contacts, dont Mohamed, elle apprend qu’avant la conquête islamique du Maghreb aux 7e et 8e siècles, les tribus indigènes amazighes peuplaient l’Afrique du Nord depuis la Libye jusqu’au Maroc. Elle a appris qu’au Maroc, certains Amazighs pratiquaient autrefois le judaïsme, puis le christianisme.

Aujourd’hui, il existe au Maroc un mouvement petit mais fort pour faire revivre la langue et la culture amazighes de la région, vieilles de 5 000 ans. Au sein de ce mouvement, beaucoup s’identifient à l’État moderne d’Israël et aux Juifs, qu’ils considèrent comme ayant mené – et gagné – leur propre lutte pour vivre de manière indépendante dans leur patrie ancestrale.

Lors d’une conversation avec le Times of Israel, Martha a émis l’hypothèse que l’histoire juive ancienne du peuple amazigh et sa lutte actuelle avec une majorité arabe pourraient ancrer davantage le lien entre Amazigh et Juif dans la mythologie du mouvement.

Un petit garçon brandit à l’unisson les drapeaux amazigh et israélien. (Autorisation)

Bien que l’on ne sache pas exactement combien de tribus amazighes anciennes ont réellement pratiqué le judaïsme, il est certain que les Juifs ont coexisté avec eux pendant plusieurs siècles, indique Bruce Maddy-Weitzman, professeur d’histoire orientale et africaine à l’Université de Tel Aviv et chercheur principal au centre Moshe Dayan. Selon l’universitaire, cette histoire commune pourrait remonter jusqu’à la destruction du Premier Temple, il y a 2 600 ans.

« Les Juifs faisaient partie du paysage et jouaient un rôle dans la société en tant que commerçants et colporteurs, et servaient de liens entre les différentes tribus et territoires », explique Weitzman.

Tout en découvrant l’ancienne culture amazighe, Martha a également appris de Mohamed les conditions de vie difficiles dans lesquelles vivent de nombreux Amazighs. Il a expliqué qu’il existe un écart socio-économique important entre les Amazighs, qui vivent pour la plupart dans de petits villages des montagnes du Rif et de l’Atlas, et les Marocains arabes, qui ont tendance à se tourner vers les régions urbaines et côtières plus prospères.

Exclus de la richesse et des postes de direction

Alors qu’on estime que les personnes d’origine amazighe représentent aujourd’hui plus de 60 % des 36 millions de citoyens marocains, Martha affirme qu’elles ont été exclues de la richesse et des postes de direction.

« Il y a d’énormes ressources naturelles, et les dirigeants [arabes] en ont le contrôle total », regrette Martha. « Ils [les dirigeants] n’ont jamais investi dans les infrastructures pour la population amazighe. »

Des femmes amazighes traversent une rivière avec des charges sur le dos. (Autorisation)

« Les gens qui vivent dans les villes ont des infrastructures – les plus grandes se trouvent sur la côte, donc il y aura toujours plus de richesse et de tourisme – mais tous les endroits à l’intérieur des terres, toutes les différentes chaînes de montagnes où vivent les Amazighs, il n’y a aucune infrastructure. Il y a des routes en terre battue, il y a des endroits où il n’y a pas de routes du tout qui mènent à leurs villages », relate-t-elle.

Le Times of Israel s’est adressé à plusieurs reprises au ministère marocain de la Solidarité, de l’Égalité, de la Famille et du Développement social – l’un des nombreux portefeuilles à vocation sociale du gouvernement actuel – mais n’a pas reçu de réponse.

Selon le site Internet du ministère, plus de 156 millions de dirhams (14, millions d’euros) ont été utilisés pour subventionner 670 projets sociaux au cours des trois dernières années. Le site est notamment disponible en langue amazighe, en plus de l’arabe, du français et de l’anglais.

Bien que le site web n’indique pas que les initiatives étaient spécifiquement destinées à la communauté amazighe, de nombreux Amazighs font partie de la population socio-économique visée par l’aide. Ces projets comprennent des campagnes éducatives pour les enfants handicapés issus de familles défavorisées, des services de travail social, de médiation familiale, de protection sociale et de soins aux personnes âgées.

Des colis de première nécessité en provenance de l’étranger

Cependant, les fonds publics limités affectés à de tels projets sociaux ne peuvent dépasser un certain seuil.

Émue par l’histoire de la misère de Mohamed et de la communauté idéologique amazighe, Martha a créé une page GoFundMe avec son amie Denice Marie de New York, pour récolter des fonds afin d’acheter des articles de première nécessité tels que des chaussures et des chaussettes pour les villageois pauvres d’Achamaoui.

Elle indique que 90 % des quelque 100 donneurs réguliers sont juifs et que la moitié d’entre eux sont Israéliens. Les contributions se situent généralement entre trois et cent dollars, et plus tôt cette année, une promesse de don de 1 000 dollars a été faite – « mais c’est très rare », précise-t-elle.

Des enfants du village de Mohamed portent des chapeaux achetés avec de l’argent collecté par Martha Rettig et Denise Marie sur la page GoFundMe, sur une photo non datée. (Autorisation)

Après des essais et des erreurs, confie-t-elle, et après avoir envoyé des colis aux résidents d’Achamaoui par voie postale, le groupe a constaté que le moyen le plus pratique d’aider était d’envoyer l’argent directement à Mohamed.

Grâce à ses études subventionnées, Mohamed espère devenir un jour professeur d’anglais ou guide touristique. Il veut aussi écrire l’histoire de sa vie, partager son expérience avec les Occidentaux.

« La plupart des gens ont des moutons qu’ils gardent dans les montagnes, comme mon père. Ils y restent et essaient de survivre », dit Mohamed, qui prend des photos des villageois appréciant les cadeaux achetés avec les fonds envoyés par Martha, qu’il lui envoie ensuite.

La tente appartenant à la famille de Mohamed, accolée à la grotte dans laquelle il est né. (Autorisation)

« Certaines personnes ont des tentes, comme mes parents, d’autres fabriquent des huttes avec de l’argile et des pierres, d’autres encore vivent dans des grottes », explique Mohamed.

« L’hiver dernier, il y avait beaucoup de neige, les gens ont beaucoup souffert. Les enfants et les personnes âgées n’avaient même pas de vêtements à porter pour se réchauffer, et il faisait très, très froid. C’était de la folie. Et le gouvernement n’a rien fait », affirme-t-il.

Une variété d’expériences amazighes

Bien que le pays ait la plus grande concentration d’Amazighs en Afrique du Nord, des siècles d’arabisation, d’assimilation et de brassage culturel ont brouillé la frontière entre Arabes et Amazighs.

Martha Rettig explique que le gouvernement marocain s’est efforcé – souvent avec succès – d’annihiler toute identité amazighe indépendante.

« De nombreux Amazighs ont été arabisés par la volonté des dirigeants arabes au cours des 60 dernières années », rapporte-t-elle au Times of Israel, ajoutant qu’un grand nombre d’Amazighs ne parlent pas leur langue et n’ont donc pas envie de revitaliser cette culture.

Sur cette photo non datée, des hommes amazighs habitant un village marchent dans la neige, transportant une femme en train d’accoucher à un hôpital sur une civière, car il n’y a pas de routes menant à leur village. (Autorisation)

Selon le Département d’État américain, 99 % des Marocains sont musulmans sunnites, quelle que soit leur appartenance ethnique.

« Il y a une variété d’expériences amazighes », d’après Weitzman, de l’Université de Tel Aviv. « Au Maroc, il y a une sorte d’identité hybride. La plupart des Amazighs parlent arabe, et au fil du temps, avec la modernisation et l’intégration, il y a eu une perte d’identité amazighe – de langue et de culture – et c’est ce que le mouvement amazigh moderne essaie de combattre. »

Selon le Dr Mohamed Chtatou, professeur de sciences de l’éducation à Rabat, au cours des dernières décennies, l’attitude du gouvernement marocain à l’égard du mouvement de réaffirmation de l’identité amazighe par la langue, les noms et la culture varie de l’hostilité pure et simple à la prudence. Depuis 2005, les écoles des régions fortement berbères sont autorisées à enseigner le tamazight (ou berbère), la langue qui définit en grande partie le peuple amazigh. La langue a finalement été reconnue officiellement, écrivait Mohammed Chtatou dans un article de mars 2018.

Mais Mohamed indique que les manifestations axées sur les inégalités socio-économiques sont souvent la cible de la police, qui a arrêté et emprisonné des centaines de dirigeants du mouvement sur la base d’accusations inventées de toutes pièces, ou sans aucun motif, les condamnant à des peines allant de six mois à 20 ans de prison.

Martha Rettig explique que les comptes Facebook sont également régulièrement surveillés, et qu’un de ses contacts au Maroc a été réveillé par la police au milieu de la nuit et emmené au poste de police local, où il a été menacé et intimidé pour qu’il arrête son militantisme en ligne sur sa propre page Facebook, avant d’être libéré.

La ville de Beni-Mellal, Maroc, aux abords de la gare routière, le 4 juin 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

En outre, de nombreux Marocains, dont certains d’origine amazighe qui ne s’identifient plus comme tels, peuvent être hostiles, voire violents, envers les personnes impliquées dans le mouvement.

Peu de temps avant la publication de cet article, Mohamed a pris contact par SMS avec le Times of Israel, demandant que ni son nom de famille ni sa photo ne soient publiés.

« Certaines personnes ici sont folles, et j’ai peur pour ma sécurité », écrit-il. « S’il vous plaît, n’utilisez pas mes photos ou mon nom de famille, je vous en supplie, parce que c’est grave ici. »

Les relations avec Israël : du chaud au froid

Bien que le Maroc n’ait pas de relations diplomatiques officielles avec Israël, il fait partie d’un nombre croissant d’États arabes dont les relations non officielles avec l’État juif se réchauffent. Elles sont motivées par des intérêts économiques et une méfiance croissante des États musulmans sunnites à l’égard du régime chiite iranien.

Selon les médias israéliens, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rencontré le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, en septembre dernier alors que les deux hommes étaient à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU. Netanyahu aurait également tenté d’organiser une rencontre secrète au Maroc avec le roi Mohammed VI avant les élections israéliennes d’avril dernier.

Quand il s’agit de l’État juif, les gens dans la rue sont plus ambivalents. Après que le président américain Donald Trump a annoncé qu’il transférait l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, les partis de l’opposition gouvernementale ont rassemblé 10 000 personnes à Casablanca pour manifester contre cette décision. Les manifestants y scandaient « Mort à Israël. »

Des manifestants brandissent des drapeaux lors d’une manifestation pour condamner le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem par le président américain Donald Trump, sur la place des Nations Unies à Casablanca, au Maroc, le mercredi 16 mai 2018. (AP Photo/Abdeljalil Bounhar)

Le militant amazigh Mohamed a évoqué la peur d’être associé à Israël lorsqu’il a demandé à rester anonyme pour cet article. Outre les dangers évidents que représentent la police ou les extrémistes qui l’entendent critiquer le gouvernement, recevoir de l’aide d’une Israélienne et figurer dans une publication israélienne ne lui ferait pas du bien parmi ses pairs et ses professeurs à l’université, selon lui. Il soupçonne qu’ils ne l’aiment déjà pas pour son lien avec son héritage amazigh.

Une goutte d’eau dans l’océan

Dans le quartier touristique de la Médina, au centre de Marrakech, la politique semblait être la dernière chose à laquelle les gens pensaient alors que les touristes faisaient des écarts pour éviter les motos qui passaient à toute allure dans les petites ruelles. Éviter les scooters est devenu une seconde nature. Les acheteurs se serraient contre les marchands en négociant le prix des bijoux bon marché, des babioles, des chaussures ou d’autres objets artisanaux tissés à partir des feuilles du raphia indigène.

Comme d’autres commerçants, un vendeur de chaussures s’était assis sur les marches devant son magasin. Il avait pour cela posé un morceau de carton usagé sur le perron. Il était presque aussi noir que le sol sous lui. Toutes ses chaussures, a-t-il expliqué, ont été tissées à la main par des femmes de son village natal, à deux heures au sud-ouest de Marrakech.

Il indique également qu’une grande partie de l’artisanat vendu à bas prix aux touristes est fabriquée par les habitants des villages de montagne. En échange de leur travail du cuir, de leurs bijoux, de leurs manteaux et couvertures berbères tissées, les villageois reçoivent à peine de quoi subsister.

Quand on lui a demandé s’il était amazigh, le commerçant a haussé les épaules. Il était à moitié berbère, a-t-il dit, « mais qu’est-ce que ça peut faire ? »

Les ruelles de l’ancien quartier de la vieille ville de Marrakech, la Médina, le 2 juin 2019. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Ceux qui travaillent comme vendeurs et employés d’hôtel à Marrakech ne gagnent pas beaucoup plus et envoient souvent de l’argent chez eux pour soutenir leur famille.

Youssef, un préposé aux bonnes manières de la petite chambre d’hôtes où j’ai séjourné, m’a confié qu’il envoyait régulièrement une partie de sa paie à sa famille, mais qu’il aimerait pouvoir en envoyer davantage. Il s’est d’abord décrit lui-même comme berbère et était surpris qu’un étranger ait entendu parler du mouvement culturel amazigh.

Alors que la nuit tombait et que le Ramadan se terminait, Youssef a évoqué son passage d’un petit village de montagne à la grande ville tout en fumant du narguilé sur le toit richement décoré de l’immeuble. Sa famille était très pauvre, et il est venu à Marrakech pour les aider à subvenir à leurs besoins, car les options dans le village étaient extrêmement limitées. Il s’est dit également fier d’être Amazigh et de soutenir le mouvement identitaire, mais a déclaré que le gouvernement n’en fait pas assez pour soutenir le peuple amazigh sur le plan culturel ou économique.

Le propriétaire français de la chambre d’hôtes est venu s’asseoir sur un canapé voisin, acquiesçant d’un signe de tête. Il n’était pas clair s’il avait entendu l’affirmation de Youssef selon laquelle les bas salaires à Marrakech contribuent à perpétuer cette situation difficile.

« Je connais Youssef depuis des années », dit-il. « Il est intelligent et fiable. C’est ça le truc – j’engage toujours des Berbères. Ce sont les meilleurs employés. »

Les contributions financières de Martha Rettig et de ses co-donateurs ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan. Comme l’ont souligné la plupart des personnes interrogées dans le cadre de cet article, il y a un besoin urgent de changement systémique, lequel pourrait ou non se concrétiser.

Mohamed, visage pixélisé pour protéger son identité, vêtu d’un manteau berbère traditionnel, fait le signe à trois doigts des Amazigh, près de son village dans les montagnes de l’Atlas, au Maroc. (Autorisation)

Entre-temps, Martha continue de s’engager auprès d’un certain nombre de personnes et de causes en Israël et au Maroc, qui n’ont pas toutes besoin d’aide financière. Elle est l’amie et la confidente d’un Amazigh de la ville de Nador, au nord du Maroc, qui cherche à se convertir au judaïsme. Plutôt qu’une aide financière, elle apporte un soutien moral. Mais Mohamed, et quelques autres comme lui, ont une place spéciale pour elle.

Mohamed rêve de visiter Israël un jour et de remercier Rettig en personne. En attendant, dit-il, tout le monde n’a pas eu autant de chance de recevoir de l’aide extérieure.

« Nous luttons, et pendant ce temps, les gens se contentent de hisser un drapeau palestinien parce que Trump a dit que Jérusalem est la capitale d’Israël », regrette Mohamed, ajoutant que quelque chose doit changer pour que son peuple puisse vivre de façon durable.

« Mais ça va », dit-il sarcastiquement. « Parce que le gouvernement fait ce qu’il veut, et personne ne dit jamais un mot sur les gens qui vivent dans les montagnes du Haut Atlas. »

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