Désinformation: L’Iran a dupé le Pakistan sur la menace nucléaire israélienne
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Désinformation: L’Iran a dupé le Pakistan sur la menace nucléaire israélienne

Une enquête de Reuters révèle que plus de 70 sites d'information dans 15 pays, diffusent de la désinformation et de la propagande pro-Téhéran depuis des années

Des musulmans chiites brûlent des drapeaux israéliens et américains lors d'un rassemblement pour marquer la Journée Al-Qods (Jérusalem) à Peshawar, Pakistan, le vendredi 23 juin 2017. (AP Photo/Muhammad Sajjad)
Des musulmans chiites brûlent des drapeaux israéliens et américains lors d'un rassemblement pour marquer la Journée Al-Qods (Jérusalem) à Peshawar, Pakistan, le vendredi 23 juin 2017. (AP Photo/Muhammad Sajjad)

Un incident survenu en 2016, lorsque le ministre pakistanais de la Défense a menacé Israël d’une attaque nucléaire à la suite de ce qui s’est avéré être une imposture, a été révélé comme un petit exemple de la campagne mondiale de désinformation menée en Iran depuis six ans et qui a impacté plusieurs dizaines de médias et sites d’information.

Selon une enquête approfondie de Reuters et publiée vendredi, plus de 70 sites d’information ont diffusé de la désinformation et fait circuler un angle pro-Téhéran dans 15 pays, dans le cadre d’une vaste et complexe campagne en ligne pour influencer les opinions publiques dans le monde entier.

L’enquête a directement lié les sites à l’Iran, mais pas au gouvernement iranien lui-même. « Ils ont l’air d’organes d’information et de médias normaux, mais seuls deux d’entre eux révèlent des liens avec l’Iran », a fait remarquer Reuters. “Ils ont publié en 16 langues différentes, de l’azerbaïdjanais à l’ourdou”.

Selon l’article de Reuters, intitulé « Comment l’Iran répand la désinformation dans le monde » [How Iran spreads disinformation around the world], les sites d’information et de médias liés à l’Iran qu’il a découverts attirent plus d’un demi-million de visiteurs par mois et sont desservis par des comptes de réseaux sociaux qui comptent plus d’un million de personnes qui les suivent.

Il déclare que les journalistes, les experts en cyber-sécurité et les plate-formes de réseaux sociaux commencent à peine à découvrir l’ampleur de la campagne d’influence iranienne. Le rapport a révélé un certain nombre de sites d’information ciblant des audiences à travers le Moyen Orient et l’Afrique du Nord avec une propagande pro-iranienne, souvent en même temps que des reportages authentiques, dont certains remontent à 2012.

L’enquête Reuters a établi que l’agence de presse Another Western Dawn, qui a dupé le ministre pakistanais de la Défense pour qu’il lance une menace nucléaire contre Israël en décembre 2016, est liée à l’Iran.

À l’époque, le ministre de la Défense Khawaja Mohammad Asif avait menacé Israël en réponse à ce qu’il pensait être une menace, rapportée faussement par AWDnews.com, ostensiblement publié par Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense, de faire usage de la force nucléaire si le Pakistan envoie des troupes en Syrie.

Missiles vus à l’exposition militaire IDEAS 2008 à Karachi, Pakistan. Illustration. (Crédit : SyedNaqvi90/CC/WikiCommons))

L’article d’AWDnews était intitulé « Ministre israélien de la Défense : Si le Pakistan envoie des troupes terrestres en Syrie sous quelque prétexte que ce soit, nous détruirons ce pays par une attaque nucléaire. »

Il citait faussement Yaalon disant : « En ce qui nous concerne, c’est une menace, si, par malheur, ils arrivent en Syrie, nous saurons quoi faire, nous les détruirons par une attaque nucléaire. »

Le ministre iranien des Affaires étrangères en visite en Iran, Mohammad Javad Zarif, (à gauche), serre la main de son homologue pakistanais, Khawaja Muhammad Asif, avant leur rencontre à Islamabad, au Pakistan, le lundi 12 mars 2018. (Service de presse du Pakistan via AP)

Le ministre pakistanais a tweeté : « Le ministre israélien de la Défense brandit la menace de représailles nucléaires, en présumant que le Pakistan joue un rôle en Syrie contre Daesh. Israël oublie que le Pakistan est aussi une puissance nucléaire ». (« Daesh » est un acronyme pour État islamique.)

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon visite le lanceur de missiles d’interception Arrow II à la base aérienne israélienne de Palmahim le 2 mars 2015. (Crédit photo : Yossi Zeliger/Flash90)

Le ministère israélien de la Défense a rapidement publié un communiqué indiquant clairement que l’histoire d’AWDnews était fausse, et Asif a été vertement critiqué par les autorités pakistanaises pour sa réaction.

AWDnews propose des contenus en anglais, français, espagnol et allemand. D’après les données de l’analyse Web, son site Web reçoit environ 12 000 visiteurs par mois.

Reuters a déclaré que des politiciens en Grande-Bretagne, en Jordanie, en Inde et aux Pays-Bas, ainsi que des militants des droits de l’homme, un compositeur de musique indien et une star du rap japonais, ont tous partagé des histoires bidon de AWDnews dans le passé.

En 2014, le ministre israélien des Finances de l’époque, Yair Lapid, a cité un article d’AWDnews qui attribuait faussement des déclarations pro-israéliennes au ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Faisal.

Les propos d’Al-Faisal ont été cités par plusieurs médias en Israël, bien que des experts en politique régionale ont confirmé au Times of Israel à l’époque que le ministre saoudien des Affaires étrangères n’avait jamais fait une telle déclaration en public.

Le site AWDnews produit régulièrement des articles sur Israël et le monde musulman, y compris des articles affirmant qu’Israël a orchestré le conflit en Ukraine et que le Mossad est étroitement lié au groupe djihadiste de l’État islamique.

Reuters a déclaré qu’il a retracé les dizaines de sites de désinformation jusqu’à l’Iran par leurs différents liens avec l’Union internationale des médias virtuels [IUVM – International Union of Virtual Media]. Le rapport indique que certains sites Web contiennent des histoires, des vidéos et des caricatures fournies par l’IUVM, dont le siège est à Téhéran, tandis que d’autres, qui ne font aucune mention de l’agence, mentionnent les coordonnées de l’IVUM dans les dossiers d’inscription en ligne de leur site.

Sur son site Internet, l’IUVM énumère parmi ses objectifs : « Faire face à une arrogance remarquable, les gouvernements occidentaux et les activités frontales du sionisme pour corriger la déviation des mouvements de population dans le monde » et « Expliquer l’importance de la question de la Palestine et de al-Qods aux lecteurs sur Internet ». Al-Qods est le nom arabe de Jérusalem.

La majorité des sites liés à l’IUVM ciblent des lecteurs au Yémen, où l’Iran et l’Arabie saoudite se livrent une guerre par procuration, selon le rapport. Les sites ciblent également des publics en Syrie, en Égypte, au Pakistan et en Afghanistan.

Cette photo de dossier du 16 juillet 2013 montre un panneau au siège social de Facebook à Menlo Park, Californie. (AP Photo/Ben Margot)

Les courriels envoyés à IVUM n’ont pas abouti, selon Reuters, et tous les numéros de téléphone fournis par l’agence n’étaient pas en service. D’autres organes de presse diffusant du contenu de l’IUVM se sont également révélés avoir de fausses adresses et de faux numéros de téléphone.

Reuters a déclaré que son enquête a révélé que les sites « soutiennent clairement le gouvernement iranien et amplifient l’antagonisme avec les pays opposés à Téhéran – en particulier Israël, l’Arabie saoudite et les États-Unis ».

Reuters a noté : « L’identité ou l’emplacement des anciens propriétaires de certains des sites Web est visible dans les historiques d’enregistrement sur Internet : Par le passé, 17 des 71 sites ont indiqué qu’ils se trouvaient en Iran ou à Téhéran, ou ont donné un numéro de téléphone ou de télécopieur iranien. Mais leur propriétaire actuel est souvent caché. »

A deux reprises en 2018, des plateformes de réseaux sociaux ont supprimé des comptes, groupes ou pages liés à une campagne d’influence occulte à l’extérieur de l’Iran.

En octobre, Facebook a déclaré qu’il avait supprimé des comptes liés à un effort iranien visant à influencer la politique américaine et britannique avec des messages sur des sujets tels que l’immigration et les relations raciales.

Le réseau social a identifié 82 pages, groupes et comptes qui provenaient de l’Iran et qui violaient la politique sur le comportement coordonné « inauthentique ». Elle a procédé à un nettoyage encore plus important en août, supprimant 652 pages, groupes et comptes liés à la fois à l’Iran et à la Russie. La page Facebook de l’IUVM a été supprimée au mois d’août.

Outre Facebook, ces derniers mois, Twitter, YouTube, Instagram et Google ont supprimé, dans le cadre d’une campagne de désinformation remontant au moins à janvier 2017, des comptes qui étaient liés à la radiodiffusion en République islamique d’Iran.

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