Deux journalistes du Golfe harcelés pour leur soutien à la paix avec Israël
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Deux journalistes du Golfe harcelés pour leur soutien à la paix avec Israël

Le rédacteur en chef d’un journal des EAU et le responsable de l'association des journalistes bahreïnis harcelés pour avoir participé à un forum avec des Israéliens le mois dernier

Capture d'écran d'un webinaire organisé par le Washington Institute for Near East Policy le 2 octobre 2020. (Capture d'écran : YouTube)
Capture d'écran d'un webinaire organisé par le Washington Institute for Near East Policy le 2 octobre 2020. (Capture d'écran : YouTube)

Deux journalistes, des Émirats arabes unis et du Bahreïn, ont affirmé vendredi qu’ils étaient confrontés à de violentes critiques, notamment de la part de Palestiniens, pour leur participation à un forum en ligne inédit le mois dernier, qui a rassemblé plus d’une dizaine de journalistes arabes et de journalistes et responsables gouvernementaux israéliens. L’une d’entre elles a déclaré qu’elle avait été qualifiée d’« ennemie de l’humanité » pour avoir participé à l’événement.

La vidéoconférence du 21 septembre, qui portait sur le rôle des médias dans la promotion de la paix au Moyen-Orient, s’inscrivait dans le sillage des accords conclus par Israël avec les Émirats arabes unis et le Bahreïn pour la normalisation de leurs relations diplomatiques. Aux côtés des participants des Émirats arabes unis et du Bahreïn, des citoyens d’Arabie saoudite, du Soudan et d’Algérie – où toute action vue comme une « normalisation » des relations avec Israël est toujours considérée comme un crime – y ont également participé.

« Depuis la semaine dernière, depuis que nous avons participé à une réunion publique avec des Israéliens… nous sommes désormais attaqués, ciblés, marqués et étiquetés comme normalisateurs », a déclaré Mohamed al-Hammadi, rédacteur en chef du journal Alroeya basé aux Émirats, lors d’un webinaire organisé par le Washington Institute for Near East Policy.

« Comme vous le savez tous, ce mot ‘normalisateur’ a une connotation très, très négative dans notre région », a-t-il ajouté.

Ahdeya Ahmed al-Sayed du Bahreïn, qui a aussi participé à la vidéoconférence, a affirmé que la lecture d’une déclaration du Président Reuven Rivlin lors de cette réunion avait été « profondément encourageante ». Rivlin a invité tous les participants à visiter Israël.

« Mais à la suite de cette réunion, nous avons été gravement attaqués », a déclaré al-Sayed, présidente de l’association des journalistes du Bahreïn.

Elle a expliqué que le syndicat des journalistes palestiniens avait demandé à ceux qui avaient participé au webinaire de s’excuser.

« J’ai reçu un message du syndicat des journalistes palestiniens demandant ce que ça fait de perdre ses propres enfants », a-t-elle déclaré. « [Les détracteurs] nous ont traités d’ennemis de l’humanité. Je me sens menacée par cela. Nous traiter d’ennemi de l’humanité, c’est comme nous mettre une cible sur la tête pour avoir librement exprimé ce que nous pensons de l’accord de paix. »

Al-Sayed a également déclaré que son nom avait été publié dans un média géré par le Hamas, le groupe terroriste palestinien qui contrôle la bande de Gaza.

« C’est une menace directe lorsque votre nom est publié par une entité médiatique de la direction du Hamas », a-t-elle déclaré.

« Nous avons reçu de nombreuses insultes mais nous avons continué parce que nous pensons que c’est notre mission », a ajouté Al-Sayed.

Elle a également appelé à l’unité de ceux qui soutiennent la paix et l’ouverture avec Israël.

« Plus nous sommes solidaires, plus nous attirons l’attention sur ce comportement, plus vite nous y mettrons fin », a-t-elle déclaré à propos du harcèlement de la part de ceux qui s’opposent à la normalisation.

Ahdeya Ahmed Al-Sayed prend la parole lors d’un webinaire organisé par le Washington Institute for Near East Policy, le 2 octobre 2020. (Capture d’écran : YouTube)

Ont également participé à ce webinaire du Washington Institute la journaliste de télévision saoudienne Sukina Meshekhis et le journaliste soudanais Ismail Sayyid Ahmad.

Meshekhis a rappelé les réponses positives dans le monde arabe et en Israël à un article qu’elle a écrit en 2018 appelant à faire avancer la paix avec l’État juif.

« Mais après cela, j’ai été surprise de recevoir des menaces d’une personne sur mon lieu de travail, qui m’a dit que si je continuais à écrire ce genre de chose, je perdrais mon travail », a-t-elle raconté.

Meshekhis a déclaré qu’il y avait une « majorité silencieuse » qui soutenait la paix mais qui a peur de s’exprimer.

« Ils ont peur de perdre leur emploi ou de ne pas être acceptés sur leur lieu de travail », affirme-t-elle.

Ismail Sayyid Ahmad prend la parole lors d’un webinaire organisé par le Washington Institute for Near East Policy, le 2 octobre 2020. (Capture d’écran : YouTube)

Dans ses remarques, Ahmad a déclaré avoir vu un changement d’attitude envers les Israéliens parmi les jeunes Soudanais.

« Ils aspirent à briser la barrière du boycott dans l’intérêt du développement de leur pays », a-t-il déclaré.

Il a affirmé que la question de la normalisation avec Israël est « vivement débattue aujourd’hui » au Soudan, l’un des signes annonciateurs que le pays pourrait établir des liens avec l’État juif. Il a également affirmé que l’influence de ceux qui s’opposent à la normalisation avec Israël « n’est pas aussi importante qu’elle l’était dans le passé ».

Après les Émirats arabes unis et le Bahreïn, le Soudan est considéré comme l’un des pays arabes qui pourraient normaliser ses relations avec Israël.

Vendredi, un haut dirigeant soudanais a déclaré que si Khartoum considère favorablement les relations avec Jérusalem, celles-ci ne seraient probablement pas totalement normalisées, en signe de solidarité avec les Palestiniens.

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