Diplomate polonais : Les Juifs critiquent les Polonais qui les ont cachés
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Diplomate polonais : Les Juifs critiquent les Polonais qui les ont cachés

Après que le Premier ministre à Varsovie a déclaré que les Juifs étaient aussi fautifs, Jacek Czaputowicz continue la guerre des mots sur le comportement des Polonais

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, prend la parole lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue roumain (hors-champ) au siège du ministère roumain des Affaires étrangères à Bucarest le 1er février 2018. (AFP PHOTO / Daniel MIHAILESCU)
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, prend la parole lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue roumain (hors-champ) au siège du ministère roumain des Affaires étrangères à Bucarest le 1er février 2018. (AFP PHOTO / Daniel MIHAILESCU)

La dispute entre Israël et la Pologne au sujet de la responsabilité de l’Holocauste n’a montré aucun signe d’apaisement mardi, quand le ministre polonais des Affaires étrangères a déclaré à un journal polonais qu’il y avait eu des cas où des Juifs dénonçaient aux nazis les Polonais qui les cachaient.

Les relations entre la Pologne et les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale étaient complexes, a dit Jacek Czaputowicz à Dziennik Gazeta Prawna. « Il y avait des traîtres parmi les Polonais et des héros, a-t-il ajouté. « Mais il y avait aussi des cas où des juifs arrêtés par les Allemands dénonçaient les Polonais qui les cachaient. La situation était extrêmement compliquée. »

M. Czaputowicz a déclaré que chaque cas s’inscrivait dans un contexte plus large et qu’il n’était pas conseillé de tirer des conclusions hâtives sur les « dilemmes éthiques compliqués » auxquels les gens faisaient face lorsque les structures étatiques s’effondraient et que la terreur régnait, comme pendant l’occupation allemande de la Pologne.

Des récriminations ont eu lieu entre la Pologne et Israël depuis que la Pologne a adopté une loi controversée qui érige en infraction pénale, passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison, le fait d’accuser l’État polonais ou la nation polonaise d’être responsable de l’Holocauste.

Le président polonais Andrzej Duda donne une conférence de presse le 6 février 2018 à Varsovie pour annoncer qu’il signera un projet de loi controversé sur l’Holocauste qui a déclenché des tensions avec Israël, les Etats-Unis et l’Ukraine (AFP PHOTO / JANEK SKARZYNSKI)

La nouvelle loi, défendue par le parti conservateur au pouvoir en Pologne, a déclenché un âpre différend avec Israël, qui a déclaré qu’elle entraverait la liberté d’expression au sujet de l’Holocauste. Les États-Unis s’opposent également fermement à la loi, affirmant qu’elle pourrait nuire aux relations stratégiques de la Pologne avec Israël et les États-Unis.

Mais la loi, a insisté Czaputowicz mardi, porte « sur la défense de la vérité historique » et la bonne réputation de la Pologne.

« Il n’y avait pas de camps de la mort polonais. Nous n’avons pas été les auteurs de l’Holocauste, comme l’État et la nation polonaise ont été injustement montrés du doigt. Personne n’a prétendu que la question est simple. Le sentiment anti-polonais est important, et ce débat peut avoir un effet régénérateur. »

Il poursuivit : « Nous ne nions pas que des Polonais individuellement ont dénoncé des Juifs à la Gestapo [et qu’il y avait des Polonais qui, pour le profit ou pour d’autres raisons, dénonçaient des Juifs. De telles attitudes méritent d’être condamnées. »

Mais « ce n’était pas un système autorisé par l’Etat, qui fonctionnait dans la clandestinité et en exil. L’administration sur le territoire de la Pologne occupée était assurée par les Allemands. La guerre est régie par d’autres lois. Il y a des méfaits qui, dans des conditions normales, ne se produisent pas à une telle échelle et avec une telle brutalité. »

Répondant à la suggestion du journaliste selon laquelle les remarques sur les Polonais trahissant les Juifs pourraient mettre le ministre des Affaires étrangères en difficulté en vertu de la nouvelle loi, Czaputowicz a déclaré, « La loi ne bâillonne pas ceux qui disent la vérité, par exemple, que parmi les Polonais, il y a ceux qui ont dénoncé ou même assassiné des Juifs. »

Interrogé sur le sentiment anti-polonais ostensible en Israël, le ministre des Affaires étrangères a répondu qu’il pensait qu’il était lié au traumatisme lié à la Seconde Guerre mondiale. « Ceux qui ont survécu évoquent le mauvais contact avec les Polonais » a-t-il dit. « De nombreux membres de leur famille n’ont pas survécu ».

« Il faut aborder cette situation avec empathie », a poursuivi Czaputowicz. « Regardez-le à travers le prisme d’une personne cachée dans une cellule, dont les membres de la famille ont déjà été fusillés, souvent après dénonciation par d’autres Polonais. »

Certaines réactions israéliennes sont également dues à une « mauvaise interprétation » de la loi, a-t-il ajouté. « Personne en Pologne n’a l’intention de modifier l’histoire ou de nier l’Holocauste. »

Samedi, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a déclaré que, aux côtés des Polonais, les « auteurs juifs » étaient également responsables de l’Holocauste, suscitant de vives condamnations de la part des autorités israéliennes, notamment le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Reuven Rivlin.

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