Dons, œuvres caritatives, cours de conversion : Epstein et ses liens au monde juif
Les derniers emails publiés au sujet du pédocriminel dresse un portrait plus complet de son vaste réseau communautaire, des écoles au show-business

JTA — Au début des années 2010, Jeffrey Epstein franchit la porte du cabinet dentaire du Dr Steven Kaplan : il doit se faire dévitaliser une dent.
Le traitement, un peu long, s’étend sur plusieurs rendez-vous. Les deux hommes discutent. « C’était un homme comme les autres, rien de plus à en dire », confie Kaplan à la Jewish Telegraphic Agency. À un moment, la question du judaïsme vient sur le tapis.
« Je voulais mettre un peu de yiddishkeit dans sa vie », ajoute Kaplan en utilisant le mot yiddish qui signifie judaïsme. « Je lui ai dit : ‘Tu ferais mieux de te trouver une fille juive : toutes les autres s’intéressent à toi pour ton argent.’ Ce à quoi il a répondu : ‘Je vais épouser une fille juive.’ »
Kaplan assure qu’alors, il ignorait tout de la condamnation d’Epstein pour sollicitation sexuelle de mineure en 2008 : il lui enverra plusieurs livres sur le judaïsme et lui proposera de lui faire rencontrer son rabbin, ce qui n’arrivera pas. Mais lorsque Epstein a proposé d’aider Kaplan à rénover son cabinet, le dentiste a eu une idée : suggérer à son patient de faire un don à l’école juive de ses enfants ou à toute autre institution juive.
Epstein a accepté en disant à Kaplan qu’il le ferait en hommage à sa mère. Rapidement, 25 000 dollars ont transité des comptes d’Epstein à celui de la Yeshiva Tifereth Moshe, dans le Queens, via le service juif de dons MATCH. (Il avait initialement promis 50 000 dollars, précise Kaplan.) Sur le formulaire pour MATCH expliquant son don, que le ministère de la Justice des Etats-Unis rendu public dans le cadre de son enquête, Epstein (ou tout du moins l’un de ses assistants) a écrit : « LES ENFANTS DE CETTE YESHIVA M’ONT IMPRESSIONNÉ. »
« Peut-être que ce don l’aide dans l’au-delà », confie Kaplan à la JTA avant d’ajouter que, selon les principes du judaïsme orthodoxe qui suggère de verser 10 % de ses revenus à la tzedakah – la charité -, le don d’Epstein était « négligeable ».
Le porte-parole de la yeshiva a déclaré à la JTA que l’établissement ignorait tout du lien avec Epstein. (La JTA n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante la version de Kaplan, mais dans des e-mails révélés dans les dossiers Epstein, des assistants d’Epstein font allusion à des conversations avec Kaplan au sujet d’un don.)
Kaplan se dit aujourd’hui partagé sur la question du soutien qu’Epstein a pu apporter aux causes juives de son vivant. « Il a toujours une neshama juive », dit Kaplan en utilisant le mot hébreu qui signifie « âme », pour parler de l’homme à l’origine d’un vaste réseau de prostitution de mineures ; le fait de donner de l’argent aux causes juives restait une bonne action, indépendamment de l’origine de cet argent.
Pour autant, estime Kaplan, si Epstein était encore en vie et voulait donner à une yeshiva, sachant ce qu’il sait de lui aujourd’hui, il lui faudrait demander l’avis de son rabbin.
« Je ne sais pas quoi répondre », dit le dentiste. « J’irais voir mon rabbin pour lui demander : ‘Est-ce une mitsva pour lui de donner cet argent ? Est-ce mauvais pour nous de l’accepter ? »
Le dilemme éthique de Kaplan fait écho à une question issue de l’examen des dossiers Epstein, publiés par le Congrès le mois dernier, à avoir les relations qu’entretenait le financier et délinquant sexuel condamné avec le monde juif.
Examinés dans le but d’y trouver des preuves des méfaits d’Epstein, ces dossiers ont donné lieu à des enquêtes officieuses sur les associés d’Epstein et alimenté des théories complotistes antisémites lourdes de conséquences pour des personnalités impliquées — comme dans le cas de l’ancien président de l’université Harvard, Larry Summers, lâché par l’université mercredi dernier.
Ces dossiers donnent par ailleurs un aperçu des efforts quotidiens, et parfois très modestes, d’Epstein pour s’impliquer dans la vie et les affaires de ses amis et associés, sans oublier les organisations et personnalités du monde juif.
Selon les dossiers, Epstein a fait des dons pour des causes juives avec lesquelles il avait peu sinon pas du tout de lien personnel. Des organisations juives auraient par ailleurs bénéficié de dons d’Epstein après sa condamnation en 2008 pour sollicitation sexuelle de mineure — sans que l’on sache avec certitude dans quelle mesure elles étaient ou non au courant. Certaines assurent qu’elles ignoraient tout de cette condamnation.
Au titre de cette condamnation, Epstein est resté 13 mois en détention dans une prison du comté, peine rapidement mise sous le tapis grâce à un « sweetheart deal » [Un « accord de complaisance » est un contrat ou un accord, souvent secret, qui favorise largement une partie – généralement une entreprise ou un particulier en position de force – tout en désavantageant les autres ou le public. Apparu dans les années 1940 en lien avec des contrats de travail corrompus, le terme désigne aujourd’hui couramment des contrats de gré à gré, des avantages fiscaux ou des règlements à l’amiable trop cléments, même s’ils ne sont pas toujours illégaux.] entre Epstein et l’ancien procureur des États-Unis, Alex Acosta.
Jusqu’à ce que des enquêtes sur l’accord émergent en 2018 et qu’Epstein soit arrêté l’année suivante, le grand public savait finalement peu de choses sur cette question.
Selon les derniers éléments des dossiers, Epstein aurait tenté de redorer son image grâce à sa générosité envers des causes juives.
Un courriel montre qu’il a voulu, en 2013, apparaître sur le site eJewishPhilanthropy, sorte d’annuaire de la philanthropie juive, avec l’une de ses fondations.
« La Fondation soutient de nombreuses causes juives dans le monde ainsi que de nombreuses causes israéliennes », a écrit un collaborateur d’Epstein dans le projet de lettre envoyé pour validation.
Le média eJewishPhilanthropy, qui assure ne pas avoir consacré d’article à Epstein à l’époque, estime qu’il n’y a aucune preuve de la réception d’un tel e-mail.
Parlant d’Epstein comme d’« un financier et philanthrope des sciences », le collaborateur d’Epstein vante son soutien au Jewish National Fund, au National Council of Jewish Women, à la Columbia Jewish Foundation, à l’UJA-New York et à Friends of the Israel Defense Forces, sans oublier des yeshivot, mais pas celle de Kaplan. Le portrait se poursuit en mettant en exergue le « long partenariat » d’Epstein avec Leslie Wexner. C’est là qu’apparaît la seule et unique observation d’Epstein : « Pas de référence à Wexner, s’il vous plaît. »
Six ans plus tard, Wexner, célèbre philanthrope des causes juives, révélera avoir cessé toute relation avec Epstein au bout de plusieurs dizaines d’années et l’avoir contraint à rembourser 100 millions de dollars qu’Epstein lui aurait, dit-il, volés.
Avant leur brouille, Epstein avait été administrateur de la Wexner Foundation, qui finance des bourses pour les jeunes qui entreprennent une carrière dans le service communautaire juif mais aussi des cours intensifs pour adultes destinés aux bénévoles des conseils d’administration d’organisations juives.
La publication de ces dossiers Epstein exerce une nouvelle pression sur Wexner, qui a de nouveau nié avoir eu connaissance des crimes présumés d’Epstein lors d’une déposition au Congrès, la semaine dernière. Ces nouveaux éléments mettent par ailleurs en lumière d’autres grands bailleurs de fonds juifs, certains pour la première fois.
La plupart des dons d’Epstein à des causes juives sont antérieurs à sa condamnation en 2008 et ne permettent pas de dessiner une logique claire. Dans l’ensemble, ils étaient connus avant la publication de ces derniers fichiers.
Avec sa partenaire et complice, Ghislaine Maxwell, ils ont entretenu des relations à la fois avec Friends of the Israel Defense Forces, qui collecte des fonds pour le bien-être des soldats israéliens, et Seeds of Peace, qui organise des camps d’été qui réunissent jeunes israéliens et jeunes palestiniens. Ensemble, ils ont versé d’importantes sommes à Hillel International et YIVO, 500 000 dollars à l’école religieuse Ramaz et des fonds à une association israélienne qui distribue de l’aide aux nécessiteux. (Ce groupe, le Ziv Tzedakah Fund, a reçu 100 000 dollars d’Epstein en 2006 avant de fermer ses portes moins d’un an plus tard.)
Il existe des organisations juives qui ont démarché Epstein pour obtenir des dons bien après sa condamnation de 2008. La branche Hillel de Harvard, qu’Epstein avait aidé via les fonds de Wexner, lui a adressé des appels personnels en 2010 et 2011 — à la demande d’un doyen juif, Henry Rosovsky, qui a négocié les dons d’Epstein à Harvard Hillel et qui, selon le témoignage de Maxwell, aurait reçu un « massage » dans la maison d’Epstein. (Rosovsky est décédé en 2022.)
« Nous regrettons que des personnes liées à notre organisation aient contacté M. Epstein à cette période ; depuis lors, Harvard Hillel a revu ses règles éthiques pour proscrire ce type d’interactions », a déclaré ce mois-ci au Harvard Crimson l’actuel directeur de Harvard Hillel, Jason Rubenstein. Il a ajouté que les personnes qui avaient sollicité ces dons ne travaillaient plus pour l’organisation depuis plus de dix ans.
En 2015, un vice-président principal du Touro College, l’institution juive privée de New York, a lancé un appel personnel à Epstein pour qu’il verse des fonds destinés à un « incubateur médical et à l’amélioration de la résilience au sein de l’enseignement supérieur ».
« J’ai examiné avec intérêt vos précédentes actions philanthropiques et les généreuses contributions de la Jeffrey Epstein VI Foundation à des causes diverses et variées », écrit le responsable, Michael Newman. « Un don au Touro College permettrait à votre fondation d’atteindre ses objectifs en matière d’éducation et de recherche médicale. »
Le porte-parole de Touro a expliqué à la JTA que la lettre de Newman « était un courrier générique de prospection adressé à un philanthrope et resté sans réponse. »
Après sa condamnation, Epstein a fait des dons plutôt modestes à des organisations juives, qui ne sont pas susceptibles de déclencher l’application des mécanismes habituels de vérification.
En 2017, l’UJA-Fédération de New York a ainsi accepté un don d’Epstein d’un montant de 50 000 dollars à l’occasion de son traditionnel dîner de Wall Street, qui a réuni plus de 2 000 personnes et permis de lever 29 millions de dollars de fonds. Epstein a fait un don en faveur de l’un des lauréats, Howard Lutnick, alors président de la société financière Cantor Fitzgerald et aujourd’hui Secrétaire au Commerce du président américain Donald Trump. (Trump lui-même est mentionné à plusieurs reprises dans les dossiers Epstein.)
Invité à réserver une table lors de l’événement, Epstein a refusé, répondant que Lutnick pourrait très bien le faire pour lui. Lutnick a récemment admis avoir mieux connu Epstein que ce qu’il avait jusque-là admis et s’être notamment rendu sur l’île privée du milliardaire, alors qu’il affirmait jusque-là avoir coupé les ponts avec lui ; la Maison-Blanche lui a apporté son soutien.
Le porte-parole de l’UJA a refusé la proposition de la JTA de faire des commentaires au sujet de ce don d’Epstein.
Il ne semble pas que, du côté d’Epstein, l’UJA ait été une cause d’un intérêt particulier. Lors d’un échange de courriels avec Summers, en 2019, soit six mois avant son arrestation, il a dissuadé l’ex-Secrétaire au Trésor américain de faire un don à la fédération de New York : « Gardez vos fonds excédentaires pour vous au lieu de les donner à l’UJA », a écrit Epstein. « D’accord au sujet de l’UJA », lui a répondu Summers. « C’est du saupoudrage. »
Pour sa part, l’American Jewish Committee a invité Epstein à un dîner de gala, en 2013, en l’honneur de Matthew Bronfman, célèbre philanthrope juif. On ignore s’il y a effectivement assisté.
« L’AJC prend cette enquête très au sérieux compte tenu des crimes reprochés à Jeffrey Epstein », a déclaré à la JTA par voie de communiqué le porte-parole de l’American Jewish Committee, avant d’ajouter que l’invitation de 2013 était « une démarche standard utilisée pour ce type d’événements et aucunement la preuve d’un quelconque lien ou relation entre l’AJC et Jeffrey Epstein. » L’organisation a ajouté avoir, au total, perçu deux dons de la part d’Epstein, avant sa condamnation, d’un montant respectif de 15 000 $ en 2000 et 25 000 $ en 2003.
Les organismes de surveillance des associations invitent les organisations destinataires de dons d’Epstein après 2008 à revoir urgemment leurs pratiques.
« S’agissant des dons acceptés après la condamnation, je trouve la justification un peu tordue », estime Laurie Styron, du groupe de surveillance Charity Watch. « Il est inacceptable d’avoir fermé les yeux sur les victimes de la traite sexuelle pour s’assurer des revenus destinés à servir des causes caritatives sans aucun rapport avec la question. Ceux qui tentent de se justifier feraient mieux de se regarder une bonne fois pour toutes dans le miroir et de se demander ce qu’ils auraient fait si leur fille, leur mère ou leur sœur avait été victime de cette traite. »
En effet, la question des dons faits par Epstein aux organisations juives est des plus épineuses. D’anciens lauréats de la bourse Wexner ont réagi à la nouvelle de ses relations avec Epstein en demandant que son nom soit retiré du programme, d’autres ont fait des déclarations publiques pour expliquer qu’ils avaient bénéficié de la générosité de Wexner.
Par ailleurs, Zaakah, organisation de défense des survivants hassidiques d’abus sexuels, a eu des mots durs pour les yeshivot et institutions orthodoxes qui ont accepté des dons d’Epstein, même envers celles qui assurent ne pas avoir eu connaissance de sa condamnation ou des accusations à son envers.
« On ne peut décemment pas entrer dans l’endroit le plus sacré du judaïsme et dire : ‘C’est l’argent de la prostitution qui paie’ », affirme sur Instagram le fondateur de ce groupe, Asher Lovy.
Il ajoute à cela : « Epstein aurait pu se racheter une conduite et tenter de se défaire de sa réputation — bien méritée – de trafiquant sexuel. »
Il existe bien une yeshiva bénéficiaire d’un don d’Epstein qui s’est désolidarisée de lui, le Texas Torah Institute, une yeshiva de Dallas auteure d’un récent communiqué disant ignorer qu’Epstein lui avait versé 28 000 dollars entre 2008 et 2009.
« Jusqu’à la récente publication par le ministère de la Justice de 3 millions de documents liés à l’enquête sur Jeffrey Epstein, le Texas Torah Institute ignorait tout de possibles liens avec Epstein », a déclaré au Houston Chronicle le rabbin Eliyahu Kaufmann, doyen de l’établissement.
Kaufmann a ajouté que l’école « avait mené un audit interne » et établi que les chèques n’avaient pas été signés par Epstein mais par son conseiller financier, Harry Beller, à l’origine d’autres dons à des yeshivas, apprend-on à la lecture des dossiers Epstein. (D’autres écoles juives ayant reçu des dons d’Epstein n’ont pas répondu aux demandes de commentaire de la JTA.)
Au-delà des dons, les derniers éléments en date des dossiers Epstein ont mis en cause certains associés juifs d’Epstein, avec de lourdes conséquences pour nombre d’entre eux, à commencer par Summers.
Casey Wasserman, agent juif du milieu du divertissement, a perdu d’importants clients à cause de sa relation avec Epstein et pourrait même devoir se retirer du comité d’organisation des Jeux Olympiques de Los Angeles.
Thomas Pritzker, cousin du gouverneur de l’Illinois JB Pritzker, a démissionné de son poste de président des hôtels Hyatt à cause de sa relation passée avec Epstein, tout comme la diplomate norvégienne Mona Juul, cheville ouvrière de la conclusion des accords d’Oslo entre Israël et l’Autorité palestinienne, lorsque des courriels ont révélé qu’Epstein avait laissé des millions à ses enfants dans son testament.
Par ailleurs, font l’objet d’une nouvelle enquête en raison de leurs relations avec Epstein le financier Leon Black, dont la fondation publie les biographies Jewish Lives, chez Yale University Press, Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, le commissaire d’exposition David A. Ross, le célèbre linguiste et défenseur pro-palestinien Noam Chomsky et enfin l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak. Les derniers documents montrent qu’Epstein et une délégation de sécurité israélienne disposaient d’un appartement à New York, où Barak a séjourné à de multiples occasions, équipé de caméras cachées.
Le Bard College, quant à lui, a ouvert une enquête sur son président (et par ailleurs ex-directeur de l’orchestre symphonique de Jérusalem) Leon Botstein. Selon ce dernier, ses relations avec Epstein — dont son porte-parole a déclaré avoir refusé l’invitation à dîner en 2013 en raison d’une obligation de Rosh HaShana — n’auraient eu pour finalité que de collecter des fonds pour maintenir à flots une université de sciences humaines en difficultés.
L’intérêt d’Epstein pour certaines questions juives relevait davantage d’une question de statut que d’argent.
Les dossiers montrent qu’il a été invité à une « projection privée » du drame de 2017 « Disobedience », consacré à des femmes lesbiennes orthodoxes cachées. L’invitation lui était parvenue par l’intermédiaire de Peggy Siegal, attachée de presse incontournable et qui ne manquait pas de le taquiner sur ses penchants sexuels. Les dossiers ont montré que Peggy Siegal, qui a perdu nombre de contrats, était au courant.
Epstein avait indiqué qu’il y assisterait. La projection, qui s’est tenue au Museum of Modern Art de New York, s’est faite en présence d’un grand nombre de célébrités, dont les stars du film, Rachel Weisz et Alessandro Nivola, mais aussi Daniel Craig, Jennifer Connelly, Steven Soderbergh, Naomi Watts, Jeffrey Wright ou encore l’écrivain-réalisateur israélien Oren Moverman et la réalisatrice Mira Nair, militante pro-palestinienne et mère du maire de New York, Zohran Mamdani.
D’autres dossiers montrent qu’en 2013, il s’est mis en quête d’informations sur la conversion au judaïsme pour l’une de ses associées.
« Jeffrey dit qu’il a besoin d’un rabbin qui fasse des conversions pour une Shiksa… En connaissez-vous un ? » écrivit son assistant à un intermédiaire, utilisant un terme yiddish pour désigner une femme non juive.
L’intermédiaire, qui connaissait Epstein depuis longtemps, a rapidement accepté. « Oui, de quel type – orthodoxe, conservateur ou réformé ? », lui a-t-il répondu. « Évidemment, l’orthodoxe est le plus rigide mais il est accepté par tout le monde : plus on descend dans l’échelle, plus la tâche est facile mais moins la conversion est acceptée. Ce qui n’est pas un problème en soi, à moins d’avoir un enfant et que la question de l’acceptation religieuse de cet enfant soit un enjeu. Fais ton choix et je te trouverai quelqu’un. »
Les courriels montrent que l’intermédiaire a par la suite contacté un éminent défenseur de la conversion orthodoxe, le rabbin Adam Mintz, qui lui a conseillé de contacter la rabbin Lisa Rubin à la Central Synagogue, une congrégation réformée de Manhattan. Un lien s’est manifestement établi, car Epstein a plus tard fait allusion à une personne de sa connaissance inscrite dans un « cours de judaïsme ».
Contacté par la JTA, Mintz a assuré qu’il n’avait jamais parlé à Epstein et qu’il ignorait que sa demande de conversion le concernait de près.
Rubin a envoyé des questions sur Epstein au porte-parole de la synagogue. « Le rabbin Rubin n’a aucune connaissance d’élèves convertis susceptibles d’avoir eu un lien avec Epstein. À sa connaissance, elle n’a eu aucun contact avec lui », a déclaré le porte-parole.
L’année suivant le premier contact sur ce sujet, Epstein aurait demandé à son intermédiaire de faire en sorte d’accélérer la conversion. « Lisa Rubin la rabbin que vous avez conseillée [caviardé], il est important que [censuré] obtienne sa conversion au plus vite », a écrit Epstein, un jour après avoir reçu un courriel d’une personne disant avoir « manqué un tiers des cours » de Rubin.
L’intermédiaire lui a alors proposé de lui trouver un autre rabbin. Lors des deux années suivantes, Epstein a personnellement validé la prise en charge des cours avec une rabbin. On ignore dans quelle mesure ces cours ont donné lieu à une conversion effective.
Le nom de la convertie est caviardé dans la plupart des dossiers, signe qu’elle pourrait avoir été une victime d’Epstein ou bien une de ses complices. On ignore la raison pour laquelle Epstein aurait eu intérêt à ce que cette femme se convertisse, mais on sait en revanche qu’il lui est arrivé d’organiser de faux mariages, y compris des mariages entre personnes de même sexe, pour permettre à certaines de ses victimes d’obtenir la nationalité américaine.
Epstein semble avoir été proche d’un autre rabbin. Entre 2010 et 2011, il a fréquemment conseillé à ses contacts de prendre contact avec le rabbin Sam Klagsbrun, ancien professeur du Jewish Theological Seminary, décédé en 2023. Dans des courriels, Epstein conseille à des connaissances de se rapprocher de lui en son autre qualité, cette fois de psychiatre, ou valide ces paiements en sa faveur.
Selon les derniers dossiers Epstein en date, on voit qu’il est arrivé à plusieurs reprises que des représentants de la synagogue, à commencer par des rabbins, fassent directement appel à Epstein. En 2014, un cofondateur de The Beis, récente synagogue orthodoxe de l’Upper West Side destinée aux Juifs sud-africains, lui a ainsi demandé de lui apporter des fonds de départ pour acquérir un bâtiment en faisant appel à ses origines juives.
« Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer votre tableau noir ‘Israël’ dans la salle à manger – et j’ai le sentiment que vous avez grandi comme moi dans cette ville – plus culturellement juive que religieuse », a écrit à Epstein le présentateur et producteur de films, Daniel M. Rosenberg, avant d’ajouter : « Le rabbin m’a dit que nous devions tous sortir de notre zone de confort sur ce point. Cet e-mail en est le témoin. Voulez-vous rencontrer un rabbin incroyable, cosmonaute, brillant (et qui connaît du monde) ? »
Les demandes de commentaires adressées à Rosenberg et au rabbin de The Beis n’ont reçu aucune réponse.
Le président – aujourd’hui décédé – de la synagogue réformiste de Naples, en Floride, a lui aussi fait appel à sa générosité, tout comme deux synagogues — l’une réformée et l’autre Habad – situées dans les îles Vierges américaines, un endroit bien connu d’Epstein.
On ignore à ce stade dans quelle mesure Epstein a ou non fait des dons à ces synagogues mais les dossiers attestent que des établissements orthodoxes ont bénéficié de ses largesses, que ce soit sous forme de remboursements de frais de scolarité pour des élèves — comme par exemple pour une élève de Bais Yaakov of Ramapo, une école juive pour filles de New York, dont le nom est flouté. Les dossiers Epstein font état d’une facture de 22 600 $ en frais de scolarité dans cette école en 2015.
Beller, l’assistant d’Epstein, s’est personnellement occupé de plusieurs dons d’Epstein à des yeshivot, parfois sous la forme de règlement de frais de scolarité. En 2010, il a ainsi signé un chèque de 15 000 dollars à la Yeshiva Aderes Hatorah à Jérusalem avec des fonds provenant des avoirs d’Epstein et l’année suivante, un chèque de 1 000 $ à l’école hébraïque Chabad Neshama de Brooklyn, et 6 000 $ à American Yedidim, groupe d’aide israélien dont le siège se trouve en Floride. En 2014, Beller a effectué un retrait en espèces de 18 610 $ reversé à la Yeshiva Mercaz Hatorah, une école de Jérusalem qui accueille des garçons orthodoxes anglophones.
Un autre associé d’Epstein, Darren Indyke, a signé un chèque de 24 500 $ à la Yeshiva Gedola Ohr Yisrael, à Brooklyn. Le chèque est daté de 2016.
Co-exécuteur testamentaire de la succession d’Epstein, Indyke a conclu un accord, la semaine passée, pour mettre un terme au recours collectif intenté par des victimes d’Epstein dans le but d’obtenir 35 millions de dollars. Selon les termes de leur plainte, Indyke et son co-exécuteur, Richard Kahn, avaient rivalisé de manœuvres financières pour permettre à Epstein de se livrer à ses abus tout en versant de l’argent aux victimes et leurs recruteurs.
Indyke est par ailleurs assigné à comparaître par le Congrès dans le cadre de l’enquête sur Epstein. Les tentatives pour joindre Beller et Indyke se sont révélées infructueuses.
ÉDITION LIMITÉE : Rejoignez la communauté du Times of Israël pour seulement 6 euros par mois et recevez un sac fourre-tout exclusif Times of Israël orné d’un oiseau emblématique d’Israël.
Choisissez entre le Doukhifat (huppe, orange), oiseau national d’Israël, et le Shaldag (martin-pêcheur, bleu), symbole emblématique de la faune israélienne.
En vous abonnant aujourd’hui, vous profiterez d’une lecture sans publicité, ainsi que d’un accès à des contenus en avant-première, incluant éditos, reportages et interviews.







