Drones sur un bastion du Hezbollah: Beyrouth dénonce une « agression » d’Israël
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Drones sur un bastion du Hezbollah: Beyrouth dénonce une « agression » d’Israël

Cet incident quasi inédit ces dernières années pourrait accroître les tensions régionales, a mis en garde le Liban ; Nasrallah menace Israël de représailles

L'ancien Premier ministre libanais Saad Hariri donne sa première interview télévisée le 12 novembre 2017, huit jours après avoir annoncé sa démission (Crédit : Capture d'écran)
L'ancien Premier ministre libanais Saad Hariri donne sa première interview télévisée le 12 novembre 2017, huit jours après avoir annoncé sa démission (Crédit : Capture d'écran)

Le Liban a dénoncé dimanche une « agression » d’Israël après la chute de deux drones dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du mouvement terroriste chiite pro-iranien du Hezbollah, avertissant que cet incident quasi inédit ces dernières années pourrait accroître les tensions régionales.

L’incident est intervenu avant l’aube, quelques heures après l’annonce par Israël de frappes menées en Syrie voisine pour empêcher, selon l’Etat hébreu, une force iranienne de lancer une attaque à l’aide de drones explosifs.

En plus d’être un groupe terroriste, le Hezbollah est un acteur politique majeur au Liban, où il est représenté au gouvernement et au Parlement. C’est aussi une force militaire qui intervient dans le conflit syrien, en soutien au régime de Bachar al-Assad.

Ces derniers mois, le mouvement terroriste chiite et les responsables israéliens, dont le dernier conflit ouvert remonte à 2006, ont multiplié les déclarations va-t-en-guerre. L’Etat hébreu mène régulièrement des bombardements en Syrie contre le Hezbollah et ses alliés, l’Iran et le pouvoir d’Assad.

Cette fois, le face-à-face a débordé au Liban.

« Deux drones appartenant à l’ennemi israélien ont violé l’espace aérien libanais (…) au-dessus de la banlieue sud de Beyrouth. Le premier est tombé et le second a explosé dans les airs causant des dégâts matériels », a annoncé l’armée libanaise.

Le Hezbollah avait auparavant affirmé que l’explosion du second drone avait touché son centre des médias, situé dans un immeuble résidentiel où se trouvent également d’autres institutions du mouvement terroriste chiite.

« Le second (drone), chargé d’explosifs, a détoné, causant d’importants dommages » au centre, a assuré à l’agence ANI un porte-parole du Hezbollah, Mohamed Afif.

Il a indiqué que les éclats de vitres avaient fait des blessés légers, expliquant à des journalistes que les drones « visaient une cible » qui n’a pas encore été déterminée.

Le président libanais Michel Aoun devant l’Arc de Triomphe, à Paris, le 25 septembre 2017. (Crédit: Denis Allard/Pool/AFP)

Le président Michel Aoun a dénoncé une atteinte à « la stabilité et à la paix au Liban et dans la région ».

Cette « nouvelle agression » constitue « une tentative de pousser la situation vers davantage de tensions », a fustigé le Premier ministre Saad Hariri.

Rival politique du Hezbollah, il a averti que son gouvernement « prendrait toutes ses responsabilités » pour éviter que le pays ne soit entraîné vers des développements « qui menacent la sécurité, la stabilité et la souveraineté nationales ».

M. Hariri a dénoncé « une violation de la résolution 1701 » de l’ONU ayant mis fin au sanglant conflit de 2006 entre le Hezbollah et Israël.

Les 33 jours de guerre, au coeur de l’été, avaient fait 1 200 morts côté libanais, et 160 côté israélien.

Le Hezbollah est la seule formation terroriste à ne pas avoir abandonné son arsenal militaire à l’issue de la guerre civile (1975-1990), et cette question polarise la classe politique.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a souligné, dans un entretien téléphonique avec le Premier ministre Saad Hariri, « la nécessité d’éviter l’escalade et oeuvrer avec toutes les parties » à cet effet.

M. Hariri avait auparavant dénoncé une « nouvelle agression » qui constitue « une tentative de pousser la situation vers davantage de tensions ».

« Il n’y avait que des jeunes libanais du Hezbollah à l’endroit qui a été bombardé » près de Damas, a dit le chef du mouvement terroriste du Hezbollah, Hassan Nasrallah, réfutant les déclarations israéliennes selon lesquelles la cible était la force iranienne al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution.

Dénonçant une attaque qui marque selon lui le début d’une nouvelle phase « très dangereuse pour le Liban » où Israël utiliserait des drones armés contre le pays « tous les deux, trois jours », le chef du Hezbollah a assuré que son mouvement allait « tout faire pour empêcher » cela.

« Je dis à l’armée israélienne aux frontières. Dès cette nuit, préparez-vous, et attendez-nous un jour, deux, trois, quatre », a martelé le chef du Hezbollah. « Ce qui s’est passé ne va pas passer » sans une riposte, a-t-il averti sur un ton parfois colérique et en haussant le ton.

S’adressant « à tous les habitants de la Palestine occupée (Israël, ndlr) », il a lancé : « Ne vivez pas, ne vous reposez-pas, ne soyez pas rassurés, et ne pariez pas un instant que le Hezbollah va permettre (…) de telles agressions ».

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz a alors déclaré que le chef du Hezbollah Hassan Rouhani est dans l’erreur lorsqu’il a a affirmé que la présence de deux drones israéliens à Beyrouth, appartement supposément à Israël, marquait un développement dangereux. « Nasrallah dit et nous menace en affirmant que nous faisons des choses dangereuses », a déclaré Gantz dans une vidéo filmée depuis le plateau du Golan.

« Vous vous trompez ! Vous faites des choses dangereuses. Vous en paierez le prix. Le Liban en paiera le prix », a ajouté l’ancien chef d’état-major.

Le dirigeant du Hezbollah Hassan Nasrallah fait une déclaration le 29 juin 2018 (capture d’écran YouTube)

Interrogée par l’AFP, l’armée israélienne a refusé de commenter.

Ces dernières années, l’hostilité entre Israël et le Hezbollah a surtout eu lieu en Syrie, déchirée depuis 2011 par une guerre meurtrière. Tard samedi soir, l’aviation israélienne a encore mené des frappes dans ce pays.

Drones « kamikazes »

La défense anti-aérienne syrienne est entrée en action pour contrer des « missiles israéliens » visant les environs de Damas, a indiqué une source militaire citée par l’agence officielle Sana.

De son côté, l’armée israélienne a annoncé avoir frappé pour empêcher « une tentative iranienne de la force al-Qods (l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution, NDLR) de mener une attaque depuis la Syrie contre des cibles dans le nord d’Israël avec des drones tueurs ».

« Le modus operandi est similaire à celui que nous avons vu ailleurs au Moyen-Orient, comme au Yémen et en Arabie saoudite », a déclaré dimanche un porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan Conricus.

« Chacun des drones devait porter plusieurs kilos d’explosifs (…) et ils devaient attaquer de manière simultanée », a-t-il souligné, précisant que les forces israéliennes avaient repéré dès jeudi quatre agents qui préparaient une attaque depuis un village syrien proche de la frontière.

« En surveillant leurs activités samedi, nous avons compris qu’une autre tentative d’attaque était imminente », a ajouté ce responsable, précisant que l’utilisation de drones « kamikazes » fonçant sur leurs cibles plutôt que de simplement larguer leurs charges était une tactique nouvelle contre Israël.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué une « action opérationnelle majeure ». « L’Iran n’a aucune immunité nulle part », a-t-il poursuivi.

Le raid a visé « plusieurs cibles terroristes et installations militaires appartenant à la force al-Qods ainsi qu’à des milices chiites », selon le porte-parole militaire israélien.

Deux combattants du Hezbollah, un Iranien et deux étrangers non identifiés ont été tués dans les frappes, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Cité par l’agence iranienne Ilna, un haut responsable iranien a toutefois démenti que des positions de la Force al-Qods aient été touchées.

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