Dublin: le conseil municipal vote pour un changement de nom du parc Herzog
Un militant juif irlandais a dénoncé "une tentative flagrante d'effacer l'histoire juive irlandaise" après que la commission a approuvé une motion visant à retirer le nom de Chaim Herzog et l'a transmise au conseil municipal pour approbation

Le conseil municipal de Dublin s’apprête à voter pour renommer un parc qui porte le nom du sixième président israélien d’origine irlandaise, Chaim Herzog. Un scrutin qui fait suite à une campagne menée par des groupes anti-Israël dans un contexte de montée du sentiment anti-israélien en Irlande depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Lundi, le conseil municipal a indiqué avoir approuvé un rapport intitulé « Herzog Park — suppression du nom actuel et consultation en vue du choix d’un nouveau nom », qui renvoyait la décision à ce même conseil après que le Commemorations and Naming Committee, en charge des commémorations et des noms de Dublin, composé de 11 membres, « a convenu, à l’exception d’une objection, que le nom ‘Herzog’ devait être supprimé ».
Le rapport ne précise pas quel pourrait être le nouveau nom ni quand les 63 membres du conseil municipal se prononceront sur la motion.
Partageant une copie du rapport sur X, Rachel Moiselle, militante juive irlandaise pro-Israël, a estimé que le conseil municipal « avait pris une décision antisémite en changeant le nom du parc Herzog, dans une tentative flagrante d’effacer l’histoire juive irlandaise ».
« L’Irlande est une nation institutionnellement antisémite », a-t-elle déclaré. « Face à des preuves aussi accablantes, le nier est une pure folie. »
Avec son club de tennis et ses 10 courts, ce parc situé au sud de Dublin, qui s’appelait auparavant Orwell Quarry Park, avait été baptisé en l’honneur de Herzog au cours d’une cérémonie organisée en 1995 pour marquer le troisième millénaire de Jérusalem, peut-on lire sur le site web du conseil municipal de Dublin.
Au moins une pétition en ligne, lancée en avril 2024 par l’organisation Irish Sport for Palestine, l’équipe de football communautaire 1915 FC et le groupe nationaliste irlandais 1916 Societies, demandait que le parc soit rebaptisé en l’honneur de Hind Rajab, une fillette palestinienne de six ans qui aurait été tuée par Israël à Gaza au mois de janvier 2024, ainsi que cinq membres de sa famille et deux médecins venus les secourir. Une pétition qui avait recueilli plus de 3 400 signatures.
La pétition faisait valoir que Herzog avait servi dans la Haganah, le précurseur de l’armée israélienne, qu’il avait atteint le grade de général de division dans l’armée, et qu’il avait été ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, où il s’était illustré en déchirant la résolution « Le sionisme est une forme de racisme » qui avait été présentée par l’Assemblée générale en 1975.
The park as we see it today was set out in 1985 by the Parks' Department of Dublin Corporation. It was then known as Orwell Quarry Park. It was renamed in 1995, the year of the tri-millennium of Jerusalem, in honour of Chaim Herzog, the then President of Israel who's father was… pic.twitter.com/MBFbmBTaLY
— Finn McCool (@FinnMcC82660606) April 22, 2024
La pétition soulignait également que son fils, Isaac Herzog, le onzième et actuel président d’Israël, avait été vu en train de signer un obus d’artillerie lancé sur Gaza pendant la guerre.
« La famille Herzog s’est rendue complice de l’oppression, du déplacement, du meurtre et du génocide infligés au peuple palestinien, depuis l’époque précédant la Nakba de 1948 jusqu’au génocide actuel à Gaza », expliquait la pétition, utilisant le terme arabe signifiant « catastrophe » pour décrire l’exode et l’expulsion des Palestiniens pendant la guerre d’indépendance d’Israël.
« Nous souhaitons renommer définitivement ce parc en signe de solidarité avec le peuple palestinien, en signe de rejet du sionisme raciste, longtemps soutenu et défendu par les Herzog [sic] », ajoutait-elle.
Chaim Herzog avait été président d’Israël de 1983 à 1993. Né à Belfast en 1918, il avait grandi à Dublin, où son père, le rabbin Isaac Halevi Herzog — qui devant devenir plus tard le premier grand rabbin ashkénaze de l’État d’Israël — occupait le poste de grand rabbin de la jeune République irlandaise.
Selon le Musée juif irlandais, c’est le soutien indéfectible apporté par le rabbin aux dirigeants républicains irlandais dans leur combat contre la domination britannique qui lui avait valu le surnom de « rabbin du Sinn Féin », d’après le nom de la faction nationaliste irlandaise qui avait fondé la république.
Les relations entre Israël et l’Irlande, l’un des membres les plus pro-palestiniens de l’Union européenne, se sont dégradées dans le sillage de la guerre à Gaza. En décembre dernier, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a annoncé la fermeture de l’ambassade d’Israël à Dublin après que l’Irlande, en mai dernier, s’est jointe à la Norvège et à l’Espagne pour reconnaître un État palestinien. « Dublin est devenue la capitale mondiale de l’antisémitisme », avait-il alors estimé.
« L’obsession antisémite et anti-israélienne des Irlandais est écœurante », a déploré Saar.
Et d’ajouter sur le réseau social X : même si Dublin débaptise le parc et supprime le nom de Chaim Herzog, « ce qui ne pourra être supprimé, c’est la honte née de cette obsession antisémite et anti-Israël des Irlandais. »
Le cabinet de l’actuel président, Isaac Herzog, a pour sa part annoncé « suivre avec inquiétude les informations faisant état de projets visant à porter atteinte à l’héritage de […] Chaim Herzog, bénie soit sa mémoire, ainsi qu’aux symboles exprimant le lien historique entre le peuple irlandais et le peuple juif ».
La présidence a souligné que Chaim Herzog était « l’un des héros de la campagne pour la libération de l’Europe du joug nazi, un homme qui a consacré sa vie à renforcer les valeurs de liberté, de tolérance et de paix ». Elle a rappelé que le père de Chaim Herzog, Isaac Herzog, avait été le premier grand rabbin de l’État libre d’Irlande, et qu’il avait « profondément marqué la vie de la nation irlandaise ».
« Effacer le nom de Herzog, si cela devait effectivement se produire, serait un acte regrettable et honteux », a affirmé la présidence. « Nous espérons que l’héritage d’un homme qui s’est tenu à l’avant-garde de la lutte contre l’antisémitisme et la tyrannie recevra le respect qu’il mérite, même aujourd’hui. »
Selon l’État juif, la position anti-Israël de l’Irlande a souvent dérivé vers un antisémitisme clair. Des recherches récentes ont également révélé des niveaux inquiétants de croyances antisémites parmi une grande partie de la population.
Le mois dernier, l’Irlande a élu la députée d’extrême gauche Catherine Connolly, qui a qualifié Israël « d’État terroriste », au poste de présidente.







