En 2015, Eyal Hulata considérait l’accord iranien comme un « moindre mal »
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En 2015, Eyal Hulata considérait l’accord iranien comme un « moindre mal »

Le nouveau conseiller à la Sécurité nationale avait suggéré, alors qu'il travaillait au Mossad, qu'Israël ne devait pas pleinement rejeter le pacte mais apprendre à vivre avec

Les ministres des Affaires étrangères sont assis autour d'une table à l'hôtel Palais Coburg, où se tiennent les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne, en Autriche, le 6 juillet 2015. (AFP/POOL/CARLOS BARRIA)
Les ministres des Affaires étrangères sont assis autour d'une table à l'hôtel Palais Coburg, où se tiennent les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne, en Autriche, le 6 juillet 2015. (AFP/POOL/CARLOS BARRIA)

Dans les semaines qui avaient précédé la signature de l’accord sur le programme nucléaire iranien entre Téhéran et les puissances mondiales en 2015, Eyal Hulata, le nouveau conseiller à la Sécurité nationale du Premier ministre Naftali Bennett, avait affirmé que l’accord qui se profilait était un « moindre mal » et qu’un accord était préférable à une absence totale de convention, a appris le Times of Israël.

Hulata, qui était haut-responsable du Mossad à ce moment-là, avait exprimé ouvertement son opinion devant des instances internes variées avant la conclusion de l’accord, selon des responsables impliqués en 2015 dans la riposte israélienne au programme nucléaire de l’Iran.

Les sources, qui se sont exprimées sous couvert d’anonymat, ont déclaré que Hulata estimait que l’État juif ne devait pas s’opposer avec autant de ferveur aux États-Unis au cours des négociations qui devaient entraîner la signature de l’accord – contrairement au positionnement qu’avait adopté le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Hulata, qui est resté au Mossad pendant plus de deux décennies et qui a été nommé dimanche au poste déterminant de conseiller à la Sécurité nationale, aurait alors déclaré qu’Israël devrait apprendre à vivre avec l’accord sur le nucléaire.

Dans les années qui avaient précédé la signature de l’accord, Hulata dirigeait le département de planification stratégique et l’unité technologique de l’agence d’espionnage.

Les hauts-responsables israéliens du secteur de la sécurité examinent actuellement la manière de gérer les négociations qui sont en cours entre l’Iran et les puissances du monde, alors que ces dernières tentent de réintégrer les États-Unis et la République islamique dans l’accord dont le président américain Donald Trump s’était retiré de façon unilatérale en 2018.

Netanyahu avait adopté un positionnement particulièrement radical contre le gouvernement américain de l’époque – une opposition qui avait connu son apogée dans un discours prononcé en 2015 devant le Congrès, lors duquel il avait attaqué le pacte sur lequel travaillait l’administration Obama. Le leader israélien avait été invité à s’exprimer devant le Congrès par les républicains et non par la Maison Blanche – ce qui avait rendu l’apparition et l’allocution du Premier ministre particulièrement cinglantes.

Obama avait rejeté les propos tenus par Netanyahu en disant qu’ils ne contenaient « rien de nouveau ».

Eyal Hulata. (Autorisation)

Toutefois, il y avait eu des délibérations au sein de l’armée israélienne, de l’administration des renseignements militaires et du Mossad sur ce qui serait le mieux pour les besoins d’Israël et sur la meilleure approche à adopter en termes de défense et de diplomatie.

Finalement, les États-Unis avaient rejoint la France, le Royaume-Uni, la Chine et l’Allemagne en signant l’accord avec l’Iran, tandis qu’Israël avait été gardé à l’écart du processus.

L’accord offrait à l’Iran un allègement de sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire et du démantèlement de certaines de ses structures, avec pour objectif d’empêcher Téhéran d’obtenir l’arme atomique.

L’ancien président américain Donald Trump avait retiré les États-Unis de l’accord – avec le soutien non-dissimulé de Netanyahu – et il avait remis en vigueur les sanctions américaines qui, depuis, ont ravagé l’économie iranienne.

De nombreux éminents responsables de la Défense déclarent aujourd’hui que le retrait des États-Unis a nui aux intérêts de l’État juif, la République islamique y ayant répondu en abandonnant certains des engagements qu’elle avait pris dans le cadre de l’accord – recommençant ses travaux d’enrichissement de l’uranium en leur faisant atteindre des niveaux sans précédent.

Les négociations qui se tiennent actuellement à Vienne, sous les auspices des Européens, visent à réintégrer les États-Unis dans le JCPOA et à amener l’Iran à se conformer à nouveau à ses obligations.

L’administration Biden, de son côté, est favorable à un retour dans l’accord, même si elle souhaite durcir certaines de ses dispositions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle de l’Iran lors d’une réunion conjointe du Congrès des États-Unis dans la salle de la Chambre au Capitole américain, le 3 mars 2015 à Washington, DC. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

Bennett, de son côté, a fait part publiquement de son opposition à l’accord avant et après être devenu Premier ministre, même s’il a juré d’adopter une approche plus conciliatoire dans ses entretiens avec les États-Unis.

Si Bennett et le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, ont affirmé tous deux être défavorables à l’accord, Lapid a souligné que toute tentative visant à le contrer serait entreprise en prenant soin de préserver les relations avec les États-Unis. Depuis qu’il a pris la tête du gouvernement, le mois dernier, Bennett a de son côté dénoncé à plusieurs reprises l’accord.

Hulata a été choisi pour le poste de conseiller à la Sécurité nationale dans une liste considérable de candidats, apparemment recommandé par le dirigeant actuel du Mossad, David Barnea.

Compte-tenu du positionnement de Hulata sur l’accord sur le nucléaire, sa désignation à cette fonction pourrait transmettre le message aux États-Unis que Bennett est plus ouvert à entendre les avantages que pourrait tirer Washington de sa réintégration prévue dans l’accord.

Bennett a discuté des politiques mises en place au sein de l’État juif face à l’Iran et il a ordonné un réexamen de ce dossier en amont de sa toute première rencontre avec le président américain Joe Biden qui aura lieu à la fin du mois, a noté Axios la semaine dernière.

« Il y a plusieurs questions soulevées dans les discussions », a commenté un responsable israélien dont l’identité n’a pas été révélée, selon Axios. « Le surplace actuel est-il préférable ou pire qu’un retour des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire ? Comment Israël – si le pays est en mesure de le faire – peut donc influencer l’administration Biden ? Qu’implique la situation actuelle concernant une possible option militaire israélienne ? »

L’officiel a ajouté que le nouveau gouvernement tentait actuellement de déterminer si la situation actuelle – avec le pacte moribond et l’accélération des travaux iraniens dans le domaine du nucléaire – était préférable à la réalité pré-2018, lorsque les deux parties respectaient le JCPOA.

Israël recommanderait vivement aux États-Unis de maintenir certaines sanctions imposées à l’époque de Trump, même si Washington décide de réintégrer l’accord.

L’État juif craint que la suppression de ces sanctions ne vienne nuire aux moyens dont dispose encore Washington pour exercer des pressions sur l’Iran et convaincre ainsi Téhéran de réduire son programme de missiles balistiques et ses activités terroristes dans la région, a déclaré un responsable, cette semaine, au Times of Israël.

Le positionnement israélien concernant la suppression des sanctions imposées sous Trump a été rappelé ces dernières semaines aux États-Unis par le biais des visites successives faites à Washington par le ministre de la Défense, Benny Gantz; le chef d’État-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi ; le président Reuven Rivlin, au cours de son dernier déplacement en tant que chef de l’État. Il a été encore une fois relayé lors de la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le secrétaire d’État américain Antony Blinken.

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