En Colombie, des descendants de Séfarades en quête de la nationalité espagnole
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En Colombie, des descendants de Séfarades en quête de la nationalité espagnole

"Je rêve de vivre en Espagne, ce serait une vieillesse bien agréable", a déclaré à l'AFP un généalogiste amateur, âgé de 52 ans

Andres Villegas, un Catholique colombien qui a des ancêtres juifs séfarades, prend la pose lors d'un entretien à Bogota, le 30 septembre 2019. (Photo par Juan BARRETO / AFP)
Andres Villegas, un Catholique colombien qui a des ancêtres juifs séfarades, prend la pose lors d'un entretien à Bogota, le 30 septembre 2019. (Photo par Juan BARRETO / AFP)

Andrés Villegas se présente comme Colombien « catholique, apostolique et pratiquant », mais en remontant dans le passé, il s’est découvert un ancêtre juif séfarade onze générations plus tôt, ce qui pourrait lui permettre de passer une « vieillesse bien agréable » en Espagne.

Plus de cinq siècles séparent cet ingénieur de l’expulsion de centaines de milliers de Juifs de la péninsule ibérique en 1492. Mais quand Madrid a promulgué une loi permettant à leurs descendants d’acquérir la nationalité espagnole, M. Villegas a entrepris de remonter son arbre généalogique.

Une course contre la montre compliquée : les intéressés n’ayant que quatre ans, jusqu’à ce 1er octobre, pour initier le processus afin de prouver leur origine séfarade.

« Je rêve de vivre en Espagne, ce serait une vieillesse bien agréable », a déclaré à l’AFP le généalogiste amateur, âgé de 52 ans. Il pense aussi à l’avenir de ses enfants : « Bien que la Colombie soit un pays merveilleux (…) il y a encore un grand manque socio-économique, culturel. »

Il n’a donc pas réfléchi longtemps avant de se lancer à la recherche de ses ancêtres. Eglise après église, il a consulté les registres catholiques qui jusqu’au XXe siècle faisaient office d’état-civil en Colombie. Puis il s’est plongé dans les archives du tribunal de l’inquisition à Carthagène des Indes. Là, il a trouvé la trace du capitaine Cristobal Gomez de Castro, né en 1595, descendant d’Espagnols et « jugé comme judaïsant ».

La Fédération des communautés juives d’Espagne a certifié les documents en juin dernier. M. Villegas a désormais un pied en Amérique et un autre sur le Vieux Continent.

Andres Villegas, un Catholique colombien qui a des ancêtres juifs séfarades, prend la pose lors d’un entretien à Bogota, le 30 septembre 2019. (Photo par Juan BARRETO / AFP)

« Boom » séfarade

Afin de corriger « une erreur historique », les députés espagnols ont approuvé en 2015 une loi permettant aux descendants des Juifs de la péninsule ibérique ou Séfarades d’acquérir la nationalité.

Selon les historiens il y avait environ 200 000 juifs en Espagne avant leur expulsion. La diaspora s’est disséminée en Afrique du Nord, dans les Balkans, en Grèce, en Turquie et en Amérique latine.

Aujourd’hui, près de 3,5 millions de personnes dans le monde ont une ascendance séfarade.

En ce qui concerne l’Amérique, l’édit de 1492 a coïncidé avec l’expédition de Christophe Colomb, à la suite duquel sont arrivés sur le continent des milliers de « nouveaux chrétiens », comme étaient désignés les Juifs contraints de se convertir.

« Ils n’avaient pas conscience » de rejoindre une future colonie de la couronne catholique. Mais ensuite « sont apparus les tribunaux de l’Inquisition (…) chargés de punir les ‘nouveaux chrétiens’ qui continuaient à pratiquer le judaïsme en secret », explique Marcos Peckel, directeur de la Confédération des communautés juives de Colombie.

La généalogiste Rocio Sanchez a perdu le compte des dossiers gérés. « Jusqu’à il y a deux ans, nous recevions une demande par mois (…). Aujourd’hui, ce sont 80 à 100 », précise cette membre de l’Académie colombienne de généalogie.

Réparation d’une injustice

Au début, les gens craignaient « une escroquerie ». C’est « le bouche à oreille » qui a provoqué ce « boom tardif » notamment chez les « jeunes de 25 à 35 ans », ajoute-t-elle.

Les candidats doivent démontrer leur origine séfarade, leur relation avec l’Espagne et réussir un examen de connaissances constitutionnelles et socio-culturelles.

Le dossier doit ensuite être présenté à un notaire espagnol, un rendez-vous fixé au 25 novembre à Madrid pour M. Villegas qui a fait quasiment toutes les démarches lui-même. Selon les intermédiaires, le processus peut coûter entre 1 500 et 5 000 euros.

Angel Calderon se souvient avec émotion de l’hommage rendu à Madrid aux Juifs expulsés, lors de l’entrée en vigueur de la loi. Il était alors président de la Fédération séfarade latino-américaine.

« Que le roi d’Espagne, Felipe, nous dise en face ‘Comme vous nous avez manqué’ et ‘Bienvenus à la maison’ est une façon de réparer un dommage historique injuste », explique cet Argentin de 78 ans qui vit à Bogota.

Avant la loi, l’Espagne accordait déjà la nationalité aux Juifs séfarades, mais seulement après au moins deux ans de résidence dans le pays ou sur décision discrétionnaire du conseil des ministres.

M. Calderon conseille toutefois aux Colombiens en quête de leurs ancêtres de bien réfléchir, de connaître le pourquoi des persécutions « pour le simple fait d’être Juifs ». « J’espère que dans votre club ou votre classe sociale, vous ne soyez pas discriminés pour être Séfarades », leur lance-t-il.

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