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En Hongrie, un refuge pour les Juifs orthodoxes d’Ukraine

Le refuge "Machne Chabad", qui accueille plusieurs centaines de personnes, est "unique en Europe" selon son instigateur, le rabbin Slomo Köves, un proche de Viktor Orban

Des réfugiés ukrainiens prennent un repas dans un centre récemment ouvert sur la rive sud du lac Balaton à Balatonoszod, en Hongrie, le 29 juillet 2022. (Peter Kohalmi / AFP)
Des réfugiés ukrainiens prennent un repas dans un centre récemment ouvert sur la rive sud du lac Balaton à Balatonoszod, en Hongrie, le 29 juillet 2022. (Peter Kohalmi / AFP)

Nourriture casher, discussions religieuses, section réservée aux femmes pour nager dans le lac Balaton : Rina Jalilova, 18 ans, se sent « vraiment bien » en Hongrie, dans un camp de réfugiés ukrainiens spécialement conçu pour accueillir les Juifs pratiquants.

Situé dans la station balnéaire de Balatonoszod, à 130 kilomètres au sud-ouest de Budapest, le refuge « Machne Chabad », qui accueille plusieurs centaines de personnes, est « unique en Europe » selon son instigateur, le rabbin Slomo Köves, issu du mouvement hassidique Habad-Loubavitch.

« C’est le seul qui soit destiné à ceux qui veulent respecter la coutume religieuse, les règles alimentaires de la tradition juive et vivre en communauté », explique à l’AFP ce religieux de 43 ans.

Contacté par un rabbin ukrainien en vue de trouver un lieu d’accueil « à temps pour Pessah », la Pâque juive, M. Köves s’est tourné vers le gouvernement du nationaliste Viktor Orban, dont il est proche.

Le rabbin Slomo Koves, chef de l’EMIH (Association des communautés juives hongroises), s’exprime lors d’un entretien avec l’AFP à Balatonoszod, en Hongrie, le 29 juillet 2022. (Peter Kohalmi / AFP)

Le Premier ministre hongrois est régulièrement accusé de flirter avec l’antisémitisme. En juillet, il a été pris à partie par le comité d’Auschwitz et le grand rabbin Robert Frölich après de virulents propos contre le « mélange des races« .

Face aux critiques, il brandit une tolérance zéro pour les actes antisémites et rappelle qu’il a rénové plusieurs synagogues.

Et s’il refuse d’ouvrir ses portes aux réfugiés originaires d’Afrique et du Moyen-Orient, il a rapidement accordé l’usage de ces infrastructures à Slomo Köves.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban lors d’une table ronde à un sommet de l’Union européenne à Bruxelles, le 15 octobre 2020 (Crédit : Yves Herman, Pool via AP)

« Recharger leur âme »

Réparti sur 18 hectares et comptant de 35 à 40 bâtiments, le complexe désaffecté durant une décennie servait auparavant de lieu de villégiature aux fonctionnaires hongrois.

Il a été réaménagé « en quelques semaines seulement et les réfugiés ont pu célébrer » la fête, se réjouit M. Köves dans la synagogue, une ancienne vinothèque au joli toit de chaume.

Depuis, environ 2 000 personnes ont déjà transité par lui, certains y restant quelques jours avant de gagner Israël ou les Etats-Unis, les autres sans point de chute y restant plus longtemps.

Pendant qu’on assaisonne le poisson certifié casher en cuisine, des hommes barbus prient dans la salle à manger. Cheveux couverts, des femmes en jupes longues discutent de la Torah au bord de l’eau.

Des hommes prient dans la salle à manger d’un centre de réfugiés récemment ouvert sur la rive sud du lac Balaton à Balatonoszod, en Hongrie, le 29 juillet 2022. (Peter Kohalmi / AFP)

Financés par des dons principalement américains et européens, « c’est un endroit apaisant pour les personnes traumatisées », explique Yaakov Goldstein, 33 ans, un rabbin ukrainien qui a organisé en avril des opérations d’évacuation après l’invasion russe du 24 février.

« Ici, elles peuvent recharger leur âme », estime-t-il alors que des cygnes nagent majestueusement dans les eaux vertes du plus grand lac d’Europe centrale, à peine dérangés par l’installation de mobile-homes visant à augmenter les capacités d’accueil.

Des réfugiés juifs ukrainiens sont vus dans un centre récemment ouvert sur la rive sud du lac Balaton à Balatonoszod, en Hongrie, le 29 juillet 2022. (Peter Kohalmi / AFP)

Le fonctionnement au quotidien est géré par Alina Teplitskaya, 45 ans, la directrice de la fédération des communautés juives d’Ukraine. « A l’heure actuelle, on affiche complet », regrette-t-elle alors qu’environ « 500 personnes sont sur liste d’attente ».

La guerre est la dernière épreuve en date pour la communauté juive d’Ukraine, qui n’a cessé de diminuer au rythme des pogroms de l’époque tsariste, du génocide durant la Seconde Guerre mondiale et des purges soviétiques.

Une photo d’archives de 1944 d’une partie du ravin de Babi Yar à la périphérie de Kiev, en Ukraine, où l’avancée de l’Armée rouge a déterré les corps de 14 000 civils tués par des nazis en fuite. Einsatzgruppe C était responsable de l’un des massacres les plus notoires, la fusillade de près de 34 000 personnes à Babi Yar, un ravin au nord-ouest de la ville ukrainienne de Kiev, les 29 et 30 septembre 1941. (Crédit : Photo AP, dossier)

Devant les bombardements incessants, des milliers de Juifs pratiquants ont fui l’Ukraine, l’un des berceaux du hassidisme, un courant majeur de la tendance orthodoxe.

Le mémorial de l’Holocauste de Drobytskiy Yar à Kharkiv a été endommagé par des frappes russes tandis que celui de Babi Yar à proximité de Kiev, où 30 000 Juifs ont été assassinés par les occupants nazis de l’Ukraine en 1941, était situé non loin de frappes début mars.

« C’était terrible, comme un tremblement de terre », témoigne Margarita Yakovleva, qui se trouvait dans son appartement près de Babi Yar quand les bombes sont tombées.

Cette cinéaste de 40 ans fait la queue dans le centre avec son chien Yena pour s’enregistrer auprès de responsables de l’immigration hongroise en visite.

Rina Jalilova, 18 ans, aide dans la salle de jeux pour enfants du centre de réfugiés pour juifs ukrainiens orthodoxes à Balatonoszod, en Hongrie, le 29 juillet 2022. (Peter Kohalmi / AFP)

Elle est dans l’inconnu pour la suite, comme Rina Jalilova, originaire d’Odessa et arrivée en mai avec sa famille.

« Nous n’avons pas de projets, on verra », confie la jeune fille qui, en attendant, passe ses journées à peindre, dessiner et jouer avec les enfants du centre.

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