En scellant le destin de Netanyahu, Mandelblit façonnera-t-il celui d’Israël ?
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Analyse

En scellant le destin de Netanyahu, Mandelblit façonnera-t-il celui d’Israël ?

Le procureur général, qui doit décider d'inculper ou non le Premier ministre et quand, a été attaqué pour sa loyauté à la loi bien avant que Netanyahu ne le nomme à des postes clés

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Jérusalem le 5 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Jérusalem le 5 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il n’est peut-être pas exagéré de dire que l’avenir d’Israël est, dans une large mesure, entre les mains du procureur général Avichai Mandelblit.

En tant que chef de l’appareil judiciaire de l’Etat – « le premier champion de l’Etat de droit et gardien de l’intérêt public », comme le définit le ministère des Affaires étrangères – Mandelblit a le pouvoir exclusif de décider si le Premier ministre Benjamin Netanyahu doit être inculpé pour corruption ou si les trois affaires contre lui seront classées.

Mandelblit, qui a grandi dans un milieu laïc, est devenu orthodoxe et est aujourd’hui aimé par le mouvement Réformé israélien, a été à la fois salué et malmené pour sa fidélité à la lettre du droit et pour sa persévérance à ce qu’y consacre cette dernière.

Parlant avec douceur, mais avec détermination, il décidera du sort de l’homme qui l’a nommé – à deux reprises – à des postes gouvernementaux de haut rang, mais ne montrant aucun signe de partialité pour son ancien patron, Mandelblit fait figure de personne plus loyale envers un idéal qu’à un individu en particulier.

Au cours des prochains mois, alors que les attaques contre lui devraient encore s’intensifier à l’approche de la décision d’inculper le Premier ministre, sa peau dure et son engagement envers ses idéaux seront soumis à l’ultime épreuve. La perspective largement répandue qu’il convoquera Netanyahu à une audience préliminaire, qui devrait avoir lieu le mois prochain, risque d’amener les tentatives des loyalistes du Premier ministre de le délégitimer et de le discréditer encore davantage.

Il est évident que l’annonce d’une mise en accusation – dans l’attente d’une audience – aurait un impact significatif sur les prochaines élections à la Knesset, bien qu’il soit loin d’être évident de savoir quel impact cela aura. Les électeurs ne voudront peut-être pas voter pour un candidat accusé de corruption, et même si suffisamment d’entre eux font et refont du Likud de Netanyahu le principal parti, cette décision pourrait conduire des partenaires potentiels de la coalition à dire qu’ils ne veulent plus faire partie de son gouvernement, mettant ainsi un terme au règne de Netanyahu depuis une décennie.

Par ailleurs, le fait que le Premier ministre se présente lui-même comme un grand dirigeant dans un contexte de violence politique peut avoir pour effet de galvaniser son soutien et celui du Likud ; son parti a tenu bon, et a même augmenté dans les sondages, alors que les contraintes juridiques s’accentuaient.

Mandelblit, 55 ans, a subi d’énormes pressions de toutes parts : M. Netanyahu et ses alliés politiques veulent bien sûr qu’il classe toutes les affaires, mais si ce n’est pas le cas, ils lui demandent instamment de ne pas annoncer une décision de poursuivre une mise en accusation avant les élections, car il ne sera pas possible de conclure le long processus judiciaire qui prend du temps avant que les Israéliens se présentent aux urnes.

Les opposants au Premier ministre, pour leur part, demandent depuis longtemps au procureur général de conclure son enquête qui dure depuis deux ans et de rendre public son verdict le plus tôt possible.

Les passions sont si fortes que même les morts ne sont pas en sécurité : Le mois dernier, la tombe du défunt père du procureur général, Baruch « Mickey » Mandelblit, a été vandalisée.

La tombe vandalisée du père du procureur Avichai Mandelblit, le 28 décembre 2018. (Adam Shuldman/FLASH90)

Dans des commentaires diffusés jeudi par la chaîne d’information israélienne Hadashot, M. Mandelblit a insisté sur le fait qu’il n’était pas influencé par ces pressions.

« Je dois faire mon travail le plus rapidement possible, sans pour autant compromettre la rigueur et le professionnalisme. Pressé de savoir s’il avait l’intention de publier ses conclusions avant les élections, et s’il était important de le faire, sa réponse n’aura certainement pas réconforté Netanyahu : « Je travaille aussi vite que possible afin de faire le travail et de rendre publics les résultats – à condition que je sois satisfait [de ces résultats] personnellement et professionnellement. En fin de compte, c’est une question de professionnalisme. »

Nombreux sont ceux qui connaissent bien le procureur général et son travail et se disent intimement convaincus qu’il prendra la décision fatidique dans le dossier Netanyahu en se fondant uniquement sur les vertus des affaires elles-mêmes. Se portant garants de sa dignité, de sa sincérité et de son équité, ils croient qu’il sera en mesure d’ignorer les harcèlements constants des divers camps et de se concentrer sur les faits.

« Il ne sera influencé par personne. Les gens peuvent manifester contre lui, que ce soit des deux côtés ou du centre – tout cela ne lui fera même pas bouger un cheveu sur la tête », a récemment déclaré Ilan Bombach, qui a servi avec Mandelblit au bureau de l’avocat général militaire, à la Dixième chaîne. « Une fois la décision prise, il sera impossible de le faire changer d’avis, et aucune pression ne servira. »

En janvier dernier, les manifestants qui se réunissaient régulièrement dans la ville natale de Mandelblit, Petah Tikva, sont allés jusqu’à le déranger alors qu’il assistait à un office dans une synagogue pour réciter le Kaddish, la prière juive des endeuillés, en souvenir de sa mère défunte.

Les gardes du corps de Mandelblit ont décidé qu’il devait quitter les lieux avant la fin de l’office de peur que l’incident ne dégénère.

Des manifestants aux abords d’une synagogue de Petah Tikvah où le procureur-général Avichai Mandelblit priait, le 20 janvier 2017 (Capture d’écran : Hadashot, séquence : Ariel Shanbel / Makor Rishon)

« Je suis convaincu que cela ne l’influence pas », a déclaré Ilan Shef, juge à la retraite et ami proche de Mandelblit. « Dans les affaires de Netanyahu, il y a toutes sortes de pressions, de différents côtés. je n’ai aucun doute qu’il prendra la bonne décision. »

Mais Mandelblit, père de six enfants, a aussi son lot de détracteurs. Certains critiques de droite, par exemple, accusent depuis longtemps le natif de Tel Aviv de placer les préoccupations relatives à l’État de droit, y compris le droit international humanitaire, au-dessus du droit du peuple juif à posséder et défendre la Terre d’Israël.

Près de trois décennies sous les drapeaux

Mandelblit, dont le père était membre du parti laïc de droite Herut, a rejoint l’armée israélienne au milieu des années 1980 et y est resté pendant 27 ans. Il a d’abord été procureur militaire pour la division du Commandement Sud des forces terrestres et a rapidement gravi les échelons.

Entre 2009 et 2011, le général de division Mandelblit, qui avait alors décidé de devenir religieux à l’âge de 26 ans, a été l’avocat général militaire de l’armée. C’est dans cette position qu’il a d’abord subi la colère de quelques manifestants d’extrême droite qui, en 2010, ont peint avec un spray le mot « traître » sur un mur de sa maison.

Son crime ? Il avait inculpé trois soldats pour des actes commis pendant l’opération Plomb durci, une guerre de trois semaines contre le Hamas à Gaza.

« L’avocat général de l’armée a fait preuve d’une prudence appropriée dans ses décisions d’inculpation », avait alors déclaré Amos Harel, le meilleur analyste de la défense de Haaretz. « Des actes d’accusation ont été déposés dans trois affaires : les deux soldats qui ont été reconnus coupables d’avoir volé une carte de crédit, un soldat accusé d’avoir tué un Palestinien, et les deux soldats accusés d’avoir utilisé un enfant comme bouclier humain.

Les graffitis haineux sur son mur ont valu à Mandelblit d’être invité à la résidence du président de l’époque, Shimon Peres, qui a pleinement soutenu la décision de l’avocat général de l’armée.

Le président de l’époque, Shimon Peres, rencontre l’Avocat général de l’armée de l’époque, Avichai Mandelblit, au bureau du Président à Jérusalem en novembre 2010 (Mark Neyman/GPO)

« Je sais que vous avez une attitude très responsable à l’égard de votre travail et que vous faites ce que vous avez à faire en toute conscience et avec discernement », avait dit Peres à Mandelblit, selon le Jerusalem Post.

Pendant qu’il était à la tête de la branche juridique de l’armée, Mandelblit a été accusé d’avoir œuvré illicitement pour le compte de Gabi Ashkenazi, qui était alors le chef d’état-major de Tsahal dans l’affaire dite Harpaz. La police avait recommandé un acte d’accusation contre lui parce qu’il aurait retardé la remise de documents incriminants à la police – mais le procureur général (son prédécesseur Yehuda Weinstein) a classé le dossier quelques années après.

En avril 2013, Netanyahu a fait appel à Mandelblit comme secrétaire de son cabinet. Il n’a consenti à accepter le poste qu’après que le Premier ministre lui a promis qu’il serait en mesure de « rester en dehors de la politique », selon le Wall Street Journal de cette semaine.

« Je suis certain qu’il apportera avec lui de nombreuses qualités – juridiques et autres », avait déclaré M. Netanyahu après que le cabinet eut approuvé cette nomination à l’unanimité.

L’aide de confiance de Netanyahu

Ayant échangé son uniforme militaire contre un costume-cravate, Mandelblit est devenu l’un des plus proches collaborateurs de Netanyahu. On lui faisait tellement confiance, en fait, qu’il a dirigé les négociations délicates du gouvernement sur la réforme de la plate-forme de prière pluraliste au mur Occidental.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec Avichai Mandelblit, alors secrétaire du cabinet, pendant une réunion du cabinet à Jérusalem, le 20 décembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pendant plus de deux ans, Mandelblit, portant sa grande kippa noire, a rencontré régulièrement les représentants des courants non orthodoxes du judaïsme, qui exigeaient plus d’égalité sur le lieu saint. Étonnamment, Mandelblit a réussi à conclure un accord, même si le gouvernement l’a par la suite gelé sous la pression des partis ultra-orthodoxes.

« J’ai beaucoup d’estime pour Avichai Mandelblit », a déclaré Anat Hoffman, la directrice de l’organisation Women of the Wall [Les Femmes du mur]. « Même si je n’ai pas obtenu tout ce que je voulais – loin de là, il m’a forcé à faire des compromis sur des choses que je considère sacrées – il l’a fait d’une manière qui a convaincu les ‘Femmes du mur’ et moi-même qu’il agissait de bonne foi. Les gens intègres sont rares. Il l’est. »

Mme Hoffman, qui occupe un poste élevé au sein du mouvement réformé israélien, a déclaré qu’elle ne s’attendait pas à avoir une telle affection pour Mandelblit quand ils ont commencé les négociations.

« C’est un ultra-orthodoxe, un ami de Netanyahu, un général de l’armée – il a tout contre lui, en ce qui me concerne. Et pourtant, il m’a conquise », dit-elle avec enthousiasme.

De gauche à droite : Yizhar Hess, chef du mouvement Conservative israélien, le rabbin Gilad Kariv, chef du mouvement Réformé israélien, la dirigeante des Femmes du mur Anat Hoffman et le procureur général Avichai Mandelblit, sur la plateforme pluraliste du mur Occidental (Autorisation)

« Il est motivé par le désir d’éviter les conflits et la guerre, et il recherche la justice et la vérité », poursuit-elle. « Il est sage, respectueux, conciliant, il est prêt à changer d’avis. »

Mais sera-t-il capable de résister à la pression exercée sur lui et de prendre la bonne décision dans le dossier Netanyahu ? Hoffman le croit. « La plus grande pression que Mandelblit a dans sa vie, c’est la pression de sa propre conscience. C’est la force principale de sa vie », dit-elle.

Quand le Premier ministre le félicitait d’avoir « accepté la primauté du droit »

Le 1er février 2016, Mandelblit, qui avait entre-temps terminé son doctorat en droit, a commencé son mandat actuel de procureur général. Cette nomination, qui fait suite à une recommandation d’un comité de recherche dirigé par l’ancien président de la Cour suprême Asher Grunis, est pour une période de six ans.

Il n’y a pas eu besoin d’une période de réflexion entre les deux postes parce que le poste de secrétaire du Cabinet est apolitique, ont convenu les ministres qui ont voté, encore une fois à l’unanimité, en faveur de sa nomination.

« Avichai Mandelblit est un candidat très méritant », avait déclaré Netanyahu à l’époque. Le nouveau procureur général, a-t-il poursuivi, « fait sienne la conception traditionnelle du monde de la loi, de l’application de la loi et de la primauté du droit ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le procureur général Avichai Mandelblit lors d’une réunion du gouvernement en juillet 2015, quand Mandelblit était secrétaire du cabinet. (Crédit : Emil Salman/POOL)

Moins d’un an plus tard, la nouvelle a été diffusée que la police enquêtait sur le Premier ministre pour deux chefs d’accusation de corruption, notamment de pots-de-vin. Il a depuis été accusé de crimes similaires dans une troisième affaire. Netanyahu nie tout acte répréhensible et affirme qu’il est victime d’une chasse aux sorcières politique impliquant l’opposition, les médias et la police, qui, à leur tour, font pression sans relâche sur Mandelblit pour l’inculper, affirme-t-il.

L’ouverture de ces enquêtes a mis Mandelblit dans une position très inconfortable. Les critiques ont immédiatement exigé qu’il se récuse en raison de sa relation étroite avec le suspect – comme il l’avait fait dans deux affaires précédentes, concernant la libération conditionnelle de l’ancien président Moshe Katsav et l’enquête sur Gil Sheffer, ancien assistant de Netanyahu.

En tant que secrétaire du cabinet, M. Mandelblit a dû être impliqué dans certaines des activités prétendument illicites du Premier ministre, a accusé Eldad Yaniv, militant anti-corruption, un des organisateurs des manifestations hebdomadaires devant le domicile du procureur. « Mandelblit est un témoin essentiel pour l’enquête policière », a-t-il affirmé.

Mais Mandelblit a tenu bon, jurant de ne prêter aucune attention à toutes les pressions politiques et extérieures et de ne se laisser guider que par la lettre de la loi.

Refus de défendre le gouvernement

Le mandat de Mandelblit en tant que procureur général a également fait l’objet d’une autre controverse : son refus de défendre la loi de Régulation controversée du gouvernement au début de 2017.

Cette loi, qui légalise les implantations israéliennes en Cisjordanie construites sur des terres palestiniennes privées, a été contestée devant la Cour suprême de justice, où elle fait actuellement l’objet d’un débat.

Mandelblit considère la loi comme anticonstitutionnelle et donc « nulle et non avenue », arguant qu’elle viole les droits des Palestiniens.

Un manifestant porte un masque du procureur général Avichai Mandelblit durant une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de l’habitation de Mandelblit à Petah Tikva, le 22 juillet 2017 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Il est extrêmement rare qu’un procureur général refuse de représenter le gouvernement devant les tribunaux ; dans de telles circonstances, s’il estime ne pas pouvoir défendre en toute conscience une loi qui contrevient à des normes juridiques internationales reconnues, les procureurs généraux peuvent laisser l’État choisir un avocat de la défense privé pour faire le travail, comme ce fut le cas pour la loi de Régulation.

Le fait que, près de deux ans plus tard, le tribunal n’a pas annulé la loi, cependant, montre clairement qu’il n’est pas si facile de la rejeter comme étant anticonstitutionnelle, ont déclaré certains observateurs hors micro. Par extension, ont-ils allégué, la décision du procureur général de ne pas la défendre devant les tribunaux est fondée sur des considérations politiques.

C’est aussi peu commun, parce que d’habitude un gouvernement écoute les conseils de son procureur général

Alan Baker, ancien conseiller juridique faucon du ministère des Affaires étrangères, a reconnu qu’il est inhabituel qu’un procureur général refuse de représenter le gouvernement en justice, mais a ajouté que dans ce cas particulier, Mandelblit avait fait le bon choix.

« C’est inhabituel, mais en général le gouvernement ne soutient pas une loi qui viole le droit international », a dit M. Baker, faisant valoir que la légalisation rétroactive des implantations construites sur des terres privées palestiniennes entre dans cette catégorie.

« C’est aussi inhabituel, parce que généralement un gouvernement écoute les conseils de son procureur général », a poursuivi M. Baker. « Et si le procureur général dit que telle ou telle loi n’est pas légale ou qu’elle ne correspond pas aux normes internationales acceptées, les gouvernements en général se rangent à cela et agissent en conséquence. »

Relations anormales

Mais les relations entre Mandelblit et le gouvernement qui l’a nommé il y a trois ans – et en particulier la personne à sa tête – ont depuis longtemps cessé d’être normales. Le Premier ministre et ses alliés politiques, qui ont longtemps rejeté les allégations de corruption contre lui en disant qu’il n’y avait « rien », ont récemment changé d’avis et exhortent maintenant le procureur général à retarder la publication de sa décision sur un acte d’accusation jusqu’après les élections.

Ils dénoncent la « pression des voyous » que les médias et d’autres ont exercée sur le procureur général pour inculper Netanyahu. Mais en même temps, ils affirment que son intention d’annoncer la mise en accusation d’ici février, dans l’attente d’une audience, interférerait dans le processus démocratique.

Nava Boker, députée du Likud, pendant une manifestation de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu près du domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Netanyahu aurait récemment déclaré à ses collaborateurs que sa campagne électorale attaquerait Mandelblit « sans pitié » si le procureur général décidait de déclencher la procédure avant le jour du scrutin. Le Premier ministre nie avoir dit cela.

Dans une extraordinaire retransmission télévisée en direct à la nation au début du mois, Netanyahu a cependant affirmé que l’enquête contre lui n’avait pas été menée de manière équitable, avec des témoins clés qui pouvaient corroborer ses affirmations qui n’ont pas été entendues, et ses demandes de confrontation en face à face avec ses accusateurs ont été refusées sans raison valable – des récriminations qui ont été démenties par des sources de la hiérarchie du ministère public du Mandelblit.

En apparence, Mandelblit a gardé son sang-froid, s’abstenant de laisser entendre qu’il est soumis à une pression énorme. Dans une lettre envoyée à l’avocat de Netanyahu, qui avait demandé qu’aucune décision ne soit prise avant le 9 avril, son bureau a déclaré jeudi que le travail sur l’affaire « continue et se poursuit comme prévu ».

Mais les relations entre le procureur général et son ancien patron ne sont pas roses, c’est le moins qu’on puisse dire.

Toujours jeudi, Hadashot a cité une source anonyme proche de Mandelblit qui a déclaré que les attaques constantes contre le bureau du procureur général « viennent directement du sommet ».

« Le Premier ministre entraîne tout le pays vers le bas. C’est triste et cela nous blesse tous », a dit la source.

Dans ses propres commentaires à la même chaîne de télévision, Mandelblit a insisté à plusieurs reprises – avec son ton rapide et ferme habituel, mal à l’aise de parler à la journaliste et refusant de répondre à ses questions plus provocatrices – sur le fait qu’il ne tiendrait compte et se laisserait guider que par les faits.

Il a juré de ne pas se laisser influencer par les sentiments – « parce qu’ils ne doivent pas avoir d’impact, ils n’ont pas d’impact » – en se dirigeant vers la décision la plus difficile de sa vie professionnelle, avec les conséquences énormes pour son pays et son seul dirigeant depuis une décennie.

***

Les accusations possibles

Netanyahu fait l’objet d’une enquête dans trois affaires et la police a recommandé qu’il soit accusé de corruption dans les trois cas. Les recommandations de la police n’ont cependant aucune valeur juridique, et la décision finale revient à Mandelblit.

Netanyahu a déclaré qu’il ne démissionnerait pas dans le cadre d’une procédure d’audience, ce que Mandelblit a confirmé ne pas avoir d’obligation légale de faire. S’il voulait rester en fonction en cas de mise en accusation, il ferait probablement face à des contestations judiciaires ; la loi n’est pas tranchée et certains experts juridiques disent qu’un Premier ministre pourrait rester en fonction pendant un procès, une condamnation et tant que les appels n’ont pas tous été épuisés.

Dans l’affaire 1000, Netanyahu est soupçonné d’avoir reçu des avantages et des cadeaux d’une valeur d’environ 1 million de shekels (250 000 euros) de donateurs milliardaires, dont Arnon Milchan, producteur israélien de Hollywood, contre une aide sur divers sujets. Certaines informations suggèrent que Mandelblit penche en faveur d’une accusation d’abus de confiance dans cette affaire.

L’affaire 2000 concerne un accord de contrepartie illicite présumé entre Netanyahu et Arnon Mozes, éditeur du Yedioth Ahronoth, pour lequel le Premier ministre aurait fait entrave au quotidien rival Israel Hayom en échange d’une couverture plus favorable de la part de Yedioth. Certaines informations suggèrent que Mandelblit pourrait classer l’affaire ; La Dixième chaîne, en revanche, a récemment affirmé que les procureurs de l’État penchent pour une accusation de corruption.

Dans l’affaire 4000, qui serait la plus grave des trois, Netanyahu est soupçonné d’avoir pris des décisions réglementaires en tant que ministre des Communications et Premier ministre de 2015 à 2017 qui ont bénéficié à Shaul Elovitch, l’actionnaire majoritaire dans Bezeq, la plus grande entreprise de télécommunications du pays, contre une couverture positive du site d’information Walla qui appartient à Elovitch.

Netanyahu nie tout acte répréhensible.

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