Des manifestants interrompent le procureur général en plein kaddish
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Shaked : ce n'est pas la démocratie, mais de la violence

Des manifestants interrompent le procureur général en plein kaddish

Les organisateurs des manifestations hebdomadaires au domicile d'Avichai Mandelblit se sont dédouanés face à cet incident

Des manifestants aux abords d'une synagogue de Petah Tikvah où le procureur-général Avichai Mandelblit priait, le 20 janvier 2017 (Capture d'écran : Hadashot, séquence : Ariel Shanbel / Makor Rishon)
Des manifestants aux abords d'une synagogue de Petah Tikvah où le procureur-général Avichai Mandelblit priait, le 20 janvier 2017 (Capture d'écran : Hadashot, séquence : Ariel Shanbel / Makor Rishon)

Un petit groupe de manifestants a interrompu le procureur général Avichai Mandelblit dans la soirée de samedi alors qu’il récitait le kaddish, la prière juive du deuil, suscitant une forte réprobation.

Pendant presque un an, des manifestations ont eu lieu chaque samedi soir aux abords de la maison de Mandelblit à Petah Tikva. Les participants à ces mouvements de protestation lui reprochent de renâcler à boucler une série d’enquêtes pour corruption impliquant le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Mais c’est la première fois que Mandelblit est pris pour cible dans une synagogue située à proximité de son domicile. Il y récitait le kaddish pour sa mère, décédée il y a plusieurs mois.

Des fidèles répondent aux manifestants aux abords d’une synagogue de Petah Tikvah où priait le procureur-général Avichai Mandelblit, le 20 janvier 2017 (Capture d’écran : Hadashot, séquence : Ariel Shanbel / Makor Rishon)

Les manifestants, arrivés pendant Maariv (la prière du soir) de la fin du Shabbat, ont scandé des slogans depuis l’extérieur de la synagogue et des fidèles furieux sont sortis du lieu de culte, leur faisant face. Mandelblit a quitté les lieux avec sa famille dès le début de la manifestation, accompagné de son garde du corps par crainte d’une dégradation de la situation, a fait savoir la radio israélienne.

Le procureur général Avichai Mandelblit lors de la conférence de l’Association du barreau israélien à Tel Aviv, le 29 août 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

« Partez d’ici, c’est un endroit religieux que vous êtes en train de profaner », a crié une personne de la synagogue au groupe de protestataires.

« Et alors, si on vous a dérangés ? Regardez ce qu’il se passe dans le pays », a rétorqué une femme.

Les organisateurs des manifestations hebdomadaires ont pris leurs distances face à l’incident, affirmant qu’ils n’avaient aucun lien avec ce qu’il s’est passé.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked a qualifié les manifestants de « voyous violents ».

« Depuis quand, au nom de la liberté d’expression, peut-on empêcher un Juif de réciter le kaddish pour sa mère ? Ce n’est pas la démocratie. C’est une brutalité violente », a-t-elle déclaré.

Moshe Cohen, porte-parole du ministère de la Justice, a fait une déclaration personnelle, affirmant que les manifestants lui « faisaient honte » et qu’ils ont « franchi la ligne rouge ».

Des Israéliens lors d’une manifestation hebdomadaire contre la corruption gouvernementale à Tel Aviv, le 20 janvier 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le chef de l’opposition Isaac Herzog a également condamné le mouvement de protestation.

« Choqué par ces manifestants impitoyables, manquant de toute sensibilité qui ont interrompu le procureur général alors qu’il priait dans une synagogue et qu’il récitait le kaddish pour sa mère », a tweeté Herzog. « Un acte totalement inhumain. Même le droit sacré de protester au sein de la démocratie israélienne a ses limites qui ne doivent pas être franchies. »

Les manifestations hebdomadaires qui ont lieu devant le domicile de Mandelblit attiraient, à l’origine, un petit nombre de manifestants. Xes derniers mois, on recensait plus de 2 000 participants. Ces manifestations ont également entraîné des rassemblements dénonçant la corruption bien plus importants à Tel Aviv et dans tout le pays.

Des Israéliens brandissent des pancartes et scandent des slogans lors d’une manifestation contre la corruption, à Tel Aviv le 23 décembre 2017. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Au mois d’avril, la Haute cour de justice a statué qu’alors que les manifestations ne devaient pas être utilisées pour exercer une pression inappropriée sur les fonctionnaires en les harcelant à leur domicile, elle ne les empêcherait pas dans la mesure où elles sont une « composante importante et centrale de toute société démocratique ».

Au mois d’août, la police avait tenté de bloquer les manifestations – qui accueillaient jusqu’à 2 000 personnes – et arrêté deux de leurs organisateurs – Menny Naftali, ancien employé de la résidence du Premier ministre, et Eldad Yaniv, avocat luttant contre la corruption et militant du parti travailliste – alors qu’ils tentaient de se rendre au lieu prévu pour le mouvement de protestation.

Netanyahu, pour sa part, a déclaré que ces rassemblements entraient dans le cadre d’un effort non-démocratique de le renverser « à tout prix ».

Des contre-manifestations ont également été organisées par des partisans de la droite de l’échiquier politique.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse Sara sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illicites de la part de bienfaiteurs milliardaires, notamment des cigares et du champagne pour un montant de plusieurs centaines de milliers de shekels de la part du producteur de Hollywood Arnon Milchan, né en Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 3 janvier 2018. (Yonatan Sindel / Flash90)

L’Affaire 2000 implique un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable.

Netanyahu a nié toute malversation dans les deux dossiers.

Le procureur général et le procureur de l’Etat ont nié traîner les pieds dans ces dossiers, affirmant que les enquêtes prennent du temps.

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