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Analyse

Épuisé, le Hamas passe à des tactiques d’insurrection à Gaza

Le passage d'une confrontation directe à des embuscades et des attentats à la bombe pourrait prolonger les combats pendant des mois, sans aucune solution rapide à l’horizon

Des soldats de l’armée israélienne en opération, dans la bande de Gaza, sur une photo non datée publiée le 6 juin 2024. (Crédit : Armée israélienne)
Des soldats de l’armée israélienne en opération, dans la bande de Gaza, sur une photo non datée publiée le 6 juin 2024. (Crédit : Armée israélienne)

WASHINGTON – Le Hamas a vu la moitié de ses effectifs anéantis en huit mois de guerre et s’appuie sur des tactiques d’insurrection pour contrecarrer les tentatives d’Israël de prendre le contrôle de la bande de Gaza, ont déclaré à Reuters des responsables américains et israéliens.

Le groupe terroriste palestinien au pouvoir dans l’enclave, compte désormais entre 9 000 à 12 000 éléments, selon trois hauts fonctionnaires américains au fait de l’évolution du champ de bataille, contre 20 000 à 25 000 selon les estimations américaines avant le conflit. En revanche, Israël déclare avoir perdu près de 300 soldats dans l’Opération « Épées de fer » à Gaza.

Les terroristes du Hamas évitent désormais largement les affrontements prolongés avec les soldats israéliens qui se rapprochent de Rafah, la ville la plus méridionale, et s’appuient plutôt sur des embuscades et des bombes improvisées pour atteindre des cibles souvent situées derrière les lignes ennemies, a indiqué l’un des responsables.

Plusieurs habitants de Gaza, dont Wissam Ibrahim, ont déclaré qu’ils avaient eux aussi observé un changement de tactique.

« Au cours des mois précédents, les combattants [terroristes] du Hamas interceptaient, engageaient le combat et tiraient sur les troupes israéliennes dès qu’elles pénétraient sur leur territoire », a déclaré Ibrahim à Reuters par téléphone. « Mais aujourd’hui, on observe un changement notable dans leur mode d’opération. Ils attendent que [l’armée israélienne] se déploie pour lancer leurs embuscades et leurs attaques. »

Les responsables américains, qui ont requis l’anonymat pour discuter de ces questions sensibles, ont déclaré que de telles tactiques pourraient soutenir l’insurrection du Hamas pendant des mois, avec l’aide d’armes introduites clandestinement dans Gaza par des tunnels et d’autres récupérées sur des munitions non explosées ou volées auprès de l’armée israélienne.

Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du groupe terroriste palestinien du Hamas, participant à un défilé dans la ville de Gaza, le 25 juillet 2019. (Crédit : Hassan Jedi/Flash90)

Tzahi Hanegbi, le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’est fait l’écho de ce type de calendrier prolongé en déclarant la semaine dernière que la guerre pourrait durer au moins jusqu’à la fin de l’année 2024.

Aucun porte-parole du Hamas n’a répondu aux demandes de commentaires sur la stratégie du groupe terroriste palestinien sur le champ de bataille.

Dans un effort de propagande parallèle, certains terroristes du groupe filment leurs embuscades contre les soldats israéliens, avant de les éditer et de les publier sur Telegram et d’autres applications de réseaux sociaux.

Le lieutenant-colonel (Rés.) Peter Lerner, porte-parole de Tsahal, a déclaré à Reuters qu’il restait encore du chemin à parcourir pour détruire le Hamas, qui, selon lui, a perdu environ la moitié de sa force de frappe.

Lerner a déclaré que l’armée s’adapte au changement de tactique du groupe terroriste et a reconnu qu’Israël ne pouvait pas éliminer tous les éléments du Hamas ni détruire tous ses tunnels.

« L’objectif n’est jamais de tuer chaque terroriste sur le terrain. Ce n’est pas un objectif réaliste », a-t-il déclaré. « Anéantir le Hamas en tant qu’autorité dirigeante est un objectif militaire réalisable et atteignable », a-t-il ajouté.

Les dirigeants du Hamas Sinwar et Deif

Netanyahu et son gouvernement sont soumis à la pression de Washington pour accepter un plan de cessez-le-feu afin de mettre fin à la guerre, qui a débuté le 7 octobre lorsque le Hamas a conduit quelque 3 000 terroristes à l’assaut du sud d’Israël, tuant près de 1 200 personnes et prenant 251 otages, dont 120 sont toujours détenus à Gaza – parmi lesquels 41 seraient morts selon l’armée.

Les dirigeants du Hamas, Mohammed Deif (à gauche) et Yahya Sinwar. (Crédit : HO/AFP ; Mahmud Hams/AFP)

Plus de 36 500 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

L’ONU indique que quelque 24 000 victimes ont été identifiées dans les hôpitaux à ce jour. Le reste du chiffre total est basé sur des « informations médiatiques » plus obscures du Hamas.

Israël dit avoir tué 15 000 terroristes au combat. Tsahal affirme également avoir tué un millier de terroristes à l’intérieur du pays le 7 octobre.

Selon des responsables israéliens et américains, entre 7 000 et 8 000 éléments du Hamas seraient retranchés à Rafah, dernier bastion important du groupe terroriste palestinien. Les principaux dirigeants, Yahya Sinwar, son frère Mohammed et le commandant en second de Sinwar, Mohammed Deif, sont toujours en vie et se cacheraient dans des tunnels entourés d’otages israéliens.

Un jeune Palestinien poussant un vélo, dans une décharge dans le camp de réfugiés d’al-Maghazi, dans le centre de la bande de Gaza, le 5 juin 2024. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Le groupe terroriste palestinien a montré sa capacité à se retirer rapidement après les attaques, à se mettre à l’abri, à se regrouper et à réapparaître dans des zones qu’Israël croyait débarrassées des éléments du Hamas, a déclaré un responsable de l’administration américaine.

Lerner a reconnu qu’Israël était confronté à une bataille de longue haleine pour vaincre le Hamas, qui dirige la bande de Gaza depuis qu’il s’est emparé de l’enclave en 2007 aux dépens de l’Autorité palestinienne (AP) lors d’un coup d’État sanglant qui a fait plus de 600 morts.

« Il n’y a pas de solution miracle après 17 ans de renforcement de leurs capacités », a-t-il déclaré.

Le Hamas a construit une ville souterraine de 500 kilomètres de tunnels au fil des ans. Ce labyrinthe, surnommé « le métro de Gaza » par l’armée israélienne, représente environ la moitié de la longueur du métro de New York. Équipé d’eau, d’électricité et de ventilation, il abrite des dirigeants du Hamas, des centres de commandement et de contrôle, ainsi que des entrepôts d’armes et de munitions.

Tunnel de contrebande du Hamas à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, sur une image tirée d’une vidéo diffusée le 5 juin 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Tsahal a indiqué la semaine dernière avoir pris le contrôle de l’ensemble de la frontière terrestre entre Gaza et l’Égypte afin d’empêcher la contrebande d’armes. Une vingtaine de tunnels utilisés par le Hamas pour acheminer des armes dans la bande de Gaza ont été découverts dans cette zone.

Le service d’information de l’État égyptien n’a pas encore répondu à une demande de commentaire sur les allégations d’Israël concernant la contrebande d’armes à partir du pays. Les autorités égyptiennes ont déjà nié l’existence d’un tel commerce clandestin, assurant avoir détruit les réseaux de tunnels menant à Gaza il y a plusieurs années.

Échos de l’insurrection de Falloujah

Cette guerre à Gaza est le conflit le plus long et le plus violent qu’Israël ait connu depuis qu’il a envahi le Liban pour chasser l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1982.

Des véhicules militaires israéliens, à proximité de la frontière entre Israël et Gaza, au sud d’Israël, le 4 juin 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Netanyahu a défié les appels nationaux et internationaux à présenter un plan d’après-guerre pour Gaza. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a averti que l’absence d’une telle feuille de route pourrait entraîner l’anarchie dans l’enclave. Le ministre du cabinet de guerre, Benny Gantz, a donné au Premier ministre jusqu’à la fin de la semaine pour présenter un tel plan, faute de quoi il retirera son parti, HaMahane HaMamlahti, du gouvernement.

Un responsable arabe a déclaré à Reuters que des gangs criminels avaient déjà émergé à Gaza dans le contexte de cette absence de gouvernement, s’emparant des livraisons de nourriture et se livrant à des vols à main armée.

Ce responsable et deux autres sources gouvernementales arabes, qui ont toutes requis l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement, ont déclaré que l’armée pourrait être confrontée à des menaces similaires à celles rencontrées par l’Amérique dans la ville de Falloujah en 2004-2006, à la suite de l’invasion de l’Irak par les États-Unis.

Une vaste insurrection à Falloujah a gonflé les rangs d’Al-Qaïda, puis de l’État islamique (EI), plongeant l’Irak dans un conflit et un chaos dont il n’est pas encore totalement sorti vingt ans après.

Des troupes de l’armée américaine dégageant des rouleaux de barbelés à lames de rasoir de l’entrée principale de Falloujah, en Irak, le 30 avril 2004. (Crédit : Anja Niedringhaus/AP)

Washington et ses alliés arabes ont déclaré qu’ils travaillaient sur un plan d’après-guerre pour Gaza, qui prévoit un calendrier et une voie irréversible vers la création d’un État palestinien.

Lorsque ce plan, qui fait partie d’un « grand marché » envisagé par les États-Unis et qui vise à normaliser les relations entre l’Arabie saoudite et Israël, sera achevé, Washington entend le soumettre à Israël, ont déclaré les responsables américains.

Un fonctionnaire des Émirats arabes unis ayant une connaissance directe des discussions a déclaré qu’une invitation palestinienne était nécessaire pour que les pays aident Gaza dans une opération d’urgence, ainsi que la fin des hostilités, le désengagement complet d’Israël et la clarté sur le statut juridique de Gaza, y compris le contrôle des frontières.

Le processus d’urgence pourrait durer un an et être potentiellement renouvelable pour une autre année, selon le fonctionnaire des Émirats arabes unis qui a précisé que l’objectif était de stabiliser l’enclave plutôt que de la reconstruire.

Pour que la reconstruction puisse commencer, une feuille de route plus détaillée vers une solution à deux États est nécessaire, a-t-il ajouté, ainsi qu’une réforme sérieuse et crédible de l’AP.

La manière dont les États-Unis entendent surmonter le rejet répété par Netanyahu d’une solution à deux États, que Ryad considère comme une condition sine qua non à la normalisation des relations, n’est pas claire.

David Schenker, ancien secrétaire d’État adjoint américain pour les affaires du Proche-Orient, a rejeté toute idée de retrait pur et simple de l’armée israélienne de la bande de Gaza.

« Israël affirme qu’il va maintenir le contrôle de la sécurité, ce qui signifie qu’il va constamment faire voler des drones au-dessus de Gaza. Et ils ne seront pas limités s’ils voient le Hamas réapparaître, ils y retourneront », a déclaré Schenker, membre du groupe de réflexion Washington Institute, basé aux États-Unis.

Des soldats de la Brigade Givati en opération, à Rafah, dans le sud de Gaza, sur une photo publiée le 2 juin 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Gadi Eisenkot, un ancien chef militaire israélien qui est observateur au sein du cabinet de guerre de Netanyahu, a proposé une coalition internationale dirigée par l’Égypte comme alternative à la domination du Hamas à Gaza. Eisenkot, membre du parti HaMahane HaMamlahti de Gantz, a perdu un fils et un neveu dans la guerre en cours à Gaza.

La semaine dernière, lors d’une réunion à huis clos de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, il a insisté sur la nature complexe de la guerre anti-militantisme.

« Il s’agit d’une lutte religieuse, nationaliste, sociale et militaire sans coup de grâce, mais plutôt d’une guerre prolongée qui durera de nombreuses années », a-t-il déclaré.

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