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Érythréens en Israël : Netanyahu envisage des expulsions

Suite aux émeutes, le cabinet a approuvé les détentions administratives, envisagent de retirer les permis de travail et s'efforceront aussi "d'expulser tous les autres infiltrés"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présidant une réunion ministérielle suite aux émeutes de migrants dans le sud de Tel Aviv, à Jérusalem, le 3 septembre 2023. (Crédit : Haïm Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présidant une réunion ministérielle suite aux émeutes de migrants dans le sud de Tel Aviv, à Jérusalem, le 3 septembre 2023. (Crédit : Haïm Zach/GPO)

Une commission ministérielle, spécialement convoquée dimanche à la suite d’intenses émeutes entre érythréens dans les rues de Tel Aviv au cours du week-end, a autorisé des arrestations massives, permettant à la police d’utiliser une procédure administrative particulière – qui exige moins de preuves pour placer un tiers en détention.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que l’immigration en provenance des pays africains constituait « une réelle menace pour le caractère et l’avenir d’Israël en tant qu’État juif et démocratique ».

Environ 30 000 migrants africains, originaires pour la plupart du Soudan et de l’Érythrée, se trouveraient dans le pays, nombre d’entre eux affirmant qu’ils sont des réfugiés de la guerre et de l’oppression. La plupart des demandeurs d’asile sont arrivés en Israël par l’Égypte entre 2007 et 2012, avant qu’Israël ne construise une barrière le long de la frontière désertique. Peu de migrants sont arrivés depuis lors.

Une cinquantaine de ressortissants érythréens ont été placés en détention à la suite des combats de rue de samedi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir préconisant davantage d’arrestations « administratives », ont rapporté les médias israéliens.

La détention administrative est généralement utilisée lorsque les autorités disposent de renseignements permettant de lier un suspect à un crime, mais qu’elles n’ont pas suffisamment de preuves pour que les accusations puissent être retenues devant un tribunal.

Netanyahu, qui a présidé la réunion ministérielle, a déclaré que le gouvernement « cherche à prendre des mesures énergiques contre les émeutiers, notamment l’expulsion immédiate de ceux qui y ont pris part ».

Les ministres ont également décidé d’envisager l’annulation des permis de travail pour les migrants et de proposer une nouvelle Loi fondamentale quasi-constitutionnelle sur l’immigration.

Au-delà de la réponse aux émeutiers de samedi, Netanyahu a déclaré lors de la réunion qu’il avait convoqué l’équipe ministérielle « pour préparer un plan complet et actualisé visant à expulser d’Israël tous les autres infiltrés illégaux ».

La droite israélienne rejette largement les demandes d’asile des migrants africains et qualifie régulièrement « d’infiltrés » – un terme commun au gouvernement et à l’armée pour désigner les personnes qui entrent illégalement en Israël – tous les migrants, quels que soient leurs motifs et les circonstances.

Des demandeurs d’asile érythréens opposés au régime en Érythrée et des activistes pro-régime se heurtant à des policiers, dans le sud de Tel Aviv, le 2 septembre 2023. (Crédit : Omer Fichman/Flash90)

Netanyahu a convoqué cette réunion, à laquelle participaient le ministre de la Justice, le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Sécurité nationale et le ministre de l’Intérieur, ainsi que d’autres hauts responsables juridiques et des forces de l’ordre, après que quelque 170 personnes ont été blessées lors des affrontements qui ont eu lieu samedi pendant plusieurs heures dans le sud de Tel Aviv entre partisans et opposants au gouvernement érythréen.

Une quinzaine de personnes ont été hospitalisées dans un état grave à la suite des rixes, et une cinquantaine de policiers ont été blessés alors qu’ils tentaient, en vain, de réprimer les émeutes.

Netanyahu a déclaré que la précédente menace – que représentait l’immigration incontrôlée en provenance d’Afrique – avait été bloquée par la construction de la barrière de la frontière sud.

« La construction de la barrière a nécessité de surmonter les objections des services de sécurité et de rivaux politiques », a-t-il poursuivi. « Nous avons complètement stoppé l’infiltration, et je suis fier que les gouvernements sous ma direction l’aient fait. »

Netanyahu a déclaré que si de nombreux migrants étaient partis au fil des ans, des dizaines de milliers d’entre eux restaient sur place. Il a déploré le fait que plusieurs « suggestions » du gouvernement visant à inciter les migrants à partir ont été bloquées par la Haute Cour de justice.

Dans le passé, la Cour avait bloqué l’emprisonnement des migrants pendant de longues périodes sans procès, et a également récemment annulé une mesure visant à les obliger à déposer 20 % de leur salaire dans un fonds, l’argent n’étant débloqué qu’à leur départ du pays.

« Une chose que nous n’avons pas suggérée, et c’est bien que nous ne l’ayons pas fait, c’est le plan de l’ONU », a déclaré Netanyahu.

Des demandeurs d’asile africains et des militants des droits de l’Homme protestant contre l’expulsion de demandeurs d’asile sur la place Rabin, à Tel Aviv, le 24 mars 2018. (Crédit : Gili Yaari/Flash90

Il faisait référence à un plan de 2018 qu’il avait lui-même conçu, en coopération avec les Nations unies et plusieurs nations européennes, qui aurait permis de réinstaller à l’étranger au moins la moitié des migrants africains demandant l’asile en Israël. Netanyahu a d’abord salué l’accord comme une réalisation historique, mais l’avait suspendu quelques heures plus tard, avant de l’annuler entièrement suite à d’intenses critiques de la droite pour avoir accepté de laisser certains rester et recevoir un statut temporaire dans le pays.

« Le plan de l’ONU aurait donné la citoyenneté à 16 000 infiltrés illégaux et aurait incité des centaines de milliers, voire des millions d’Africains, à entrer à nouveau en Israël, c’était donc une mauvaise solution », a-t-il déclaré dimanche.

Dans des commentaires ultérieurs, il a déclaré que le plan 2018 « aurait été un désastre, si nous l’avions accepté ».

Ce plan n’aurait pas octroyé la citoyenneté aux migrants, mais seulement le statut officiel de réfugié.

Les violences de samedi, a-t-il déclaré, « ont franchi une ligne rouge ». « C’était du hooliganisme, un bain de sang, un déchaînement que nous ne pouvons pas accepter. »

Netanyahu a déclaré qu’il espérait prendre rapidement une mesure visant à expulser les partisans du régime qui ont participé aux émeutes, soit « un millier » de personnes, selon ses dires.

« Ils ne peuvent évidemment pas prétendre à l’asile. Ils soutiennent ce régime. S’ils le soutiennent à ce point, ils peuvent bien certainement retourner dans leur pays d’origine », a-t-il déclaré.

Samedi soir, des membres de la coalition Netanyahu se sont également prononcés en faveur des expulsions.

« Israël est un État de droit. Ceux qui se livrent à des émeutes dans les rues, détruisent des magasins et agressent des policiers doivent être sévèrement punis et immédiatement expulsés », a déclaré le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar (Likud), dans un communiqué. « Tous ceux qui résident ici doivent respecter nos lois. »

« Demain matin, il devrait y avoir des files de bus pour les expulser ! », a écrit le député Nissim Vaturi (Likud) sur X – anciennement Twitter.

« Voilà pourquoi une refonte [du système judiciaire] est nécessaire !!! »

« Les émeutes de samedi n’étaient qu’un aperçu de ce qui nous attend si nous ne renvoyons pas les infiltrés dans leur pays d’origine », a déclaré le ministre des Finances, Bezalel Smotrich (HaTzionout HaDatit).

« La Haute Cour de justice est responsable de ces émeutes. C’est pourquoi nous proposons des amendements au système judiciaire qui permettront aux élus de prendre des décisions et de les exécuter. »

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich dirigeant une réunion de sa faction HaTzionout HaDatit, à la Knesset, à Jérusalem, le 17 juillet 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le ministre de la Justice, Yariv Levin (Likud), a également jugé que les émeutes avaient prouvé la nécessité de la refonte judiciaire.

« Nous nous battons pour que le pays soit juif et démocratique, pour que les habitants du sud de Tel Aviv et d’Eilat aient le droit de vivre en sécurité, pour que le sud de Tel Aviv ne devienne pas le Far West », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les demandeurs d’asile ont été accueillis avec réticence par les gouvernements israéliens successifs et sont confrontés à un avenir incertain, car l’État n’a reconnu le statut de réfugié que dans un nombre très limité de cas et a déployé des efforts constants pour leur rendre la vie difficile ou pour les expulser tout simplement.

La question est souvent citée par les partisans de la refonte judiciaire du gouvernement comme un exemple d’excès de pouvoir des tribunaux au mépris de la volonté publique, tandis que les opposants à la refonte citent les mêmes décisions comme preuve du rôle clé de la Cour dans la protection des droits de l’Homme.

Les partisans de la refonte judiciaire du gouvernement affirment que les migrants sont l’une des principales raisons pour lesquelles le projet doit aller de l’avant.

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid s’exprimant lors d’une audience de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset sur le projet de loi du « caractère raisonnable », le 11 juillet 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ce gouvernement a promis de gérer la crise de l’immigration. Comme d’habitude, la situation n’a fait qu’empirer et le chaos règne. Nous [le gouvernement précédent – dont Lapid était l’un des dirigeants] avons géré la situation discrètement, sans grandes déclarations, en reconnaissant la complexité du problème », a écrit le chef de l’opposition Yaïr Lapid sur X samedi.

« Ce gouvernement ne fonctionne pas. Après son départ, nous remettrons sur la table l’accord de l’ONU que Netanyahu a accepté puis annulé sous la pression de la ‘base’. Cela permettra de renvoyer la plupart des migrants du sud de Tel Aviv qui ne sont pas en danger de mort ».

Le chaos a éclaté lors d’une manifestation contre un événement officiel du gouvernement érythréen, marquant le 30e anniversaire de l’accession au pouvoir de l’actuel dirigeant, président autocratique Isaias Afwerki. Les opposants au régime, vêtus de bleu, sont arrivés sur les lieux pour manifester contre les partisans, qui portaient du rouge. Les rassemblements ont rapidement dégénéré en violences de rue qui ont duré plusieurs heures.

« Il s’agissait d’une violation de toutes les normes que nous autorisons, a déclaré Haïm Boublil, chef de la police du district de Yarkon. « Cela a créé une situation dans laquelle nous avons dû utiliser des moyens importants, y compris des tirs réels de la part des officiers de police. »

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