Esther Hayut dénonce les députés qui alimentent un « discours violent »
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Esther Hayut dénonce les députés qui alimentent un « discours violent »

Face aux critiques de la droite, la président de la Cour suprême dénonce la condamnation des députés qui "frôlent parfois l'incitation"

La présidente de la Cour suprême Esther Hayut prend la parole lors d'une cérémonie de prestation de serment pour un nouveau juge de la Cour suprême à la résidence du président à Jérusalem, le 9 août 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
La présidente de la Cour suprême Esther Hayut prend la parole lors d'une cérémonie de prestation de serment pour un nouveau juge de la Cour suprême à la résidence du président à Jérusalem, le 9 août 2018. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La présidente de la Cour suprême, Esther Hayut, a attaqué mardi les députés au sujet des récentes critiques contre la Cour, affirmant que leurs propos frisaient souvent l’incitation et alimentaient un « discours violent » dans le public israélien.

Tout en reconnaissant que « comme toute autre autorité gouvernementale, nous ne sommes pas à l’abri des critiques », Mme Hayut a déploré que de telles attaques contre le tribunal n’aient été ni condamnées ni réprimées.

« Lorsque des critiques sont formulées contre nous, les juges – des remarques qui sont loin d’être décentes et pertinentes – nous pourrions nous attendre à ce que certains les condamnent au nom de l’Etat », a déclaré Hayut lors d’un événement marquant les 70 ans du système judiciaire israélien à la résidence du président à Jérusalem.

« Malheureusement, cette condamnation ne vient pas, même si les propos en question frôlent parfois l’expression d’une véritable incitation et viennent, entre autres, des élus », a-t-elle dit.

Hayut a fait valoir que les propos virulents tenus par certains députés se répandaient dans le public et empoisonnaient le discours politique du pays.

« Il n’est donc pas surprenant que certains citoyens y voient une licence et la permission d’utiliser le même langage désobligeant et sévère. En conséquence, un discours violent se répand parmi nous, il prend le dessus à tous les niveaux de notre vie », a-t-elle dit.

Le président Reuven Rivlin et la présidente de la Cour suprême Esther Hayut à la résidence du président à Jérusalem le 23 octobre 2018. (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Hayut n’a pas fait mention de propos désobligeants en particulier, mais a fait allusion à une décision rendue la semaine dernière autorisant une étudiante américaine accusée de soutenir le boycott d’Israël à entrer dans le pays, après quoi un ministre du Likud a accusé la cour de « continuer à œuvrer contre la démocratie ».

« Il est très regrettable de constater ces derniers temps qu’il y a des gens pour qui le fonctionnement du système [judiciaire] en tant que système indépendant, non lié à une autre autorité, est répugnant. Ces mêmes personnes sont allées encore plus loin et l’ont qualifié d’anti-démocratique, d’anti-sioniste et même de dictature judiciaire qu’il faut démanteler », a déclaré Hayut mardi.

« Celui qui se donne pour objectif de porter atteinte à l’indépendance de l’autorité judiciaire portera dangereusement atteinte au régime démocratique en Israël. »

Le président Reuven Rivlin, qui a également pris la parole lors de l’événement, a appelé à garantir l’indépendance judiciaire.

« L’indépendance de la justice est le fondement de la décision de chaque juge, qu’il soit conservateur ou activiste. Le principe de l’indépendance de la justice, ou l’impartialité des juges, est un principe fondamental sans lequel il n’y a pas de loi, pas de justice et pas de vérité », a-t-il déclaré.

M. Rivlin a ajouté que « l’indépendance de la justice ne signifie pas l’activisme judiciaire », un postulat que de nombreuses personnes de la droite israélienne accusent depuis longtemps la Cour suprême d’appliquer.

Hayut a déjà dénoncé ce qu’elle considère comme des efforts visant à saper l’indépendance de la Cour, notamment en mai lorsqu’elle a parlé d’un projet de loi qui limiterait le pouvoir de la Cour suprême de rejeter une loi de la Knesset qui, à son avis, constituait une « agression sans précédent » de l’appareil judiciaire.

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