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Et si les partis ultra-orthodoxes lâchaient Netanyahu…

Yahadout HaTorah et Shas, certes très attachés à la tradition incarnée par Benjamin Netanyahu, vivent très mal leur relégation sur les bancs de l'opposition

Un juif ultra-orthodoxe se prépare à voter sous le regard d'enfants lors des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019 à Jérusalem. (Menahem Kahana/AFP)
Un juif ultra-orthodoxe se prépare à voter sous le regard d'enfants lors des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019 à Jérusalem. (Menahem Kahana/AFP)

Les partis ultra-orthodoxes alliés de Benjamin Netanyahu peuvent-ils créer la surprise et s’unir à l’un de ses opposants ? La réponse à cette question pourrait être la clé des législatives israéliennes du 1er novembre si l’ex-Premier ministre n’arrive pas à former une coalition.

Depuis une quinzaine d’années, les deux partis ultra-orthodoxes, Yahadout HaTorah (ashkénaze) et Shas (séfarade), se sont rangés aux côtés du Likud (droite) de Netanyahu au point d’être considérés comme ses alliés naturels.

Mais ces partis vivent mal leur relégation sur les bancs de l’opposition à la suite des élections de 2021 qui avaient abouti à la formation d’une coalition hétéroclite, aujourd’hui menée par le Premier ministre Yaïr Lapid.

Si les ultra-orthodoxes jugent M. Lapid trop laïc, voire anti-religieux, ils pourraient toutefois être tentés, si leur bloc avec le Likud et l’extrême droite ne parvient pas à rallier une majorité de 61 députés, de joindre une coalition dirigée par le ministre de la Défense Benny Gantz à la tête d’une formation de centre-droit, composée d’un ancien du Likud, Gideon Saar, estiment des analystes.

Le ministre de la Justice Gideon Saar et le ministre de la Justice Benny Gantz lors d’une conférence de presse annonçant la fusion de leur parti, le 10 juillet 2022. (Crédit: Tomer Neuberg/Flash90)

Gantz a joué dans cette cinquième campagne la carte du rapprochement avec les religieux, mettant en avant les candidats de sa liste portant une kippa ou apparaissant, sur une vidéo, dans une ronde sur fond de musique hassidique lors d’un mariage ultra-orthodoxe.

« Je suis le seul capable de former une coalition et les ultra-orthodoxes se joindront à moi », affirmait récemment celui qui veut empêcher le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu pour ce cinquième scrutin en trois ans et demi, sur fond d’échec des partis à former des coalitions ou les maintenir.

« Après quatre échecs, il y a une possibilité que ces partis (orthodoxes, NDLR) abandonnent Netanyahu si ce dernier n’arrive pas à former une coalition », explique Gilad Malach spécialiste de la communauté ultra-orthodoxe à l’Institut pour la démocratie en Israël (IDI).

« L’adhésion des partis haredim (« craignant Dieu ») au bloc de droite est récente, ils ont longtemps été dans des coalitions dirigées par des Premiers ministres de gauche », ajoute M. Malach. « Gantz fera des concessions importantes pour rallier les haredim ce que Lapid ne peut pas faire sans se mettre à dos son électorat ».

Le Premier ministre Yair Lapid, chef de la faction Yesh Atid, s’exprime pendant une réunion de faction à Tel Aviv, le 18 octobre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

En termes démographiques, les ultra-orthodoxes forment aujourd’hui 13 % de la population et, suivant les consignes de leurs rabbins, ils se rendent massivement aux urnes ce qui confère à leurs deux partis une quinzaine de sièges, essentiels à tout retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu, qui a dirigé le pays de 1996 à 1999 et de 2009 à 2021.

« Il n’existe aucun scénario dans lequel nous faisons partie d’une coalition avec Gantz », rétorque à l’AFP Yitzhak Pindrus, député du parti Yahadout HaTorah.

« Nous ne pouvons pas être partenaires des partis de la coalition actuelle car nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Ce qui prime pour nous, c’est le respect des traditions et c’est avec Netanyahu que nous irons car il est celui qui assure la pérennité de l’Etat juif », assure-t-il.

Du côté de chez Shas, même son de cloche. Ou presque.

Yossi Taieb (à droite) et des olim francophones à leur arrivée en Israël, à l’aéroport Ben Gurion, le 24 février 2021. (Crédit : Yossi Taieb / Facebook)

« Shas ne participera jamais à un gouvernement dirigé par Gantz qui est de gauche quoi qu’il en dise, mais si Gantz accepte les conditions fixées par le bloc de droite, il pourrait intégrer la coalition », affirme le député franco-israélien Yossi Taieb à l’AFP et pour qui la question de l’aide aux immigrants juifs de France est une priorité.

Pour les haredim, la coalition actuelle a « mis en péril » un statu quo religieux avec par exemple le projet de la ministre travailliste Merav Michaeli d’autoriser les transports publics pendant Shabbat, la journée de repos hebdomadaire.

Les partis haredim exigent également de pouvoir bénéficier d’importantes aides de l’Etat dans le domaine éducatif. Or, la coalition veut conditionner ces subventions à l’enseignement obligatoire de matières comme les mathématiques et l’anglais, qui ne sont pas dans le cursus de la plupart des écoles ultra-orthodoxes.

« Les offres financières de la gauche ne suffiront pas pour que nous soutenions Gantz ou un autre », assure le député Pindrus.

Le député de Yahadout HaTorah Yitzhak Pindrus lors d’une commission à la Knesset, le 25 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ils disent qu’ils ne le feront pas (me soutenir) mais ils ne veulent pas non plus rester dans l’opposition, j’assume qu’ils vont reconsidérer leurs options après les résultats. En fait, je le sais », déclare à l’AFP Benny Gantz.

De nombreux haredim estiment que rester dans l’opposition les affaiblirait et, à terme, mettrait en péril leur mode de vie, à l’instar de Shmouel, un père de famille de Jérusalem.

« On ne peut pas rester en dehors du cercle des décisions et se priver des budgets pour nos écoles et nos institutions », estime-t-il.

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