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Face aux critiques, Gantz répète que l’accord avec le Liban protège Israël

L' opposition évoque une "capitulation" ; Nir Barkat affirme que le gouvernement intérimaire n'a pas le mandat nécessaire pour signer l'accord sur les frontières maritimes

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Yair Lapid, à droite, et le ministre de la Défense Benny Gantz lors d'une cérémonie de commémoration des soldats tombés au combat lors de la guerre de Yom Kippour au cimetière militaire du mont  Herzl, le 6 octobre 2022. (Crédit :  Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre Yair Lapid, à droite, et le ministre de la Défense Benny Gantz lors d'une cérémonie de commémoration des soldats tombés au combat lors de la guerre de Yom Kippour au cimetière militaire du mont Herzl, le 6 octobre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Peu après l’annonce, mardi, de la conclusion d’un accord « historique » sur les frontières maritimes entre Israël et le Liban, le ministre de la Défense Benny Gantz a devancé un torrent de critiques de la part de l’opposition, répétant que l’accord ne compromettait en rien la sécurité du pays.

Israël « n’a pas abandonné et n’abandonnera pas un millimètre en matière de sécurité », a-t-il déclaré. « Nous étions déterminés à ce que l’accord garantisse les intérêts sécuritaires d’Israël. »

Gantz a aussi écarté l’idée que l’État juif ait voulu conclure un accord à la hâte en raison des menaces proférées par le groupe terroriste libanais du Hezbollah.

« L’accord a avancé malgré les menaces de l’organisation terroriste du Hezbollah qui a tenté de saboter ce processus – et non pas à cause de ces mêmes menaces », a-t-il ajouté. « Nous continuerons à répondre à nos exigences en matière de sécurité dans tous les scénarios et à garantir que les citoyens israéliens seront en sécurité. »

Gantz a aussi promis que l’accord protégerait les droits économiques d’Israël, notant que ses dispositions seraient présentées au public dans leur intégralité.

Le Premier ministre Yair Lapid avait précédemment déclaré que l’accord « renforcera la sécurité d’Israël, injectera des milliards de shekels dans l’économie et assurera la stabilité à la frontière nord ».

Le député du Likud Nir Barkat lors d’une conférence à Jérusalem, le 2 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cet accord mettra fin à un conflit déjà ancien qui portait sur une zone de quelque 860 kilomètres carrés en mer Méditerranée qui couvre les gisements gaziers de Karish et de Cana.

Mardi matin, Israël a reçu une version de l’accord et a estimé que ce projet répondait à ses revendications économiques, sécuritaires et juridiques.

Les membres de l’opposition se sont pour leur part insurgés.

Nir Barkat, député élu sous l’étiquette du Likud, a confié au micro de la station de radio 103FM que le gouvernement transitoire placé sous l’autorité de Lapid n’avait pas la légitimité nécessaire pour signer un tel accord.

« C’est une réelle capitulation », a commenté Barkat. « Un gouvernement faible, qui est prêt à la reddition. Il n’a aucun mandat, il n’a pas l’autorité nécessaire pour signer un tel accord : c’est un gouvernement de transition. »

Jurant de se tourner vers la Cour suprême pour stopper l’accord, Itamar Ben-Gvir, député du parti HaTzionout HaDatit d’extrême-droite, a écrit sur Twitter que « Lapid n’a rien à vendre donc il vend le pays pour pouvoir présenter ‘un résultat’ avant les élections ».

Robert Satloff, directeur exécutif du Washington Institute for Near East Policy. (Crédit : AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

Certains experts ont salué l’accord. Le directeur exécutif du Washington Institute, Robert Satloff, a appris la nouvelle avec joie, écrivant sur Twitter que l’accord « n’apportera peut-être pas la paix mais il apporte ce qu’il y a de plus précieux après la paix – il apporte la preuve que, à une époque hyper-politisée, le compromis au service de l’intérêt national reste possible ».

De son côté, Eugene Kontorovich, directeur du département de droit international au sein de l’organisation Kohelet Policy Forum, a affirmé que « c’est la première fois qu’un gouvernement israélien abandonne un territoire sans le soutien de la Knesset, et c’est la première fois qu’un gouvernement minoritaire ose le faire ».

« Ce qui signifie que c’est le Hezbollah qui remplace dorénavant la démocratie israélienne », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre rencontrera le Conseil de sécurité mercredi, puis le Conseil des ministres lors d’une réunion extraordinaire pour approuver l’accord, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

Cette annonce des autorités israéliennes a fait suite à celle du président libanais Michel Aoun qui, sur Twitter, a écrit que « la version finale de l’accord satisfait le Liban, puisqu’elle répond à ses exigences et qu’elle garantit ses droits sur ses ressources naturelles ».

Le Hezbollah, le puissant groupe terroriste chiite qui avait menacé Israël sur ses potentielles activités d’extraction gazières, s’est dit favorable aux dispositions de l’accord et il considère dorénavant que les négociations sont terminées, a noté Reuters.

Des combattants du Hezbollah lèvent le poing alors que leur chef Hassan Nasrallah s’exprime via liaison vidéo lors d’un rassemblement pour marquer la journée de Jérusalem ou journée Al-Quds, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 29 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

La conclusion de cet accord est à mettre au crédit du médiateur américain, Amos Hochstein, qui est parvenu à concilier les revendications des deux parties.

« Toutes nos revendications sont satisfaites, les changements que nous avions demandés ont été inclus. Nous avons veillé à ce que soit garantie la sécurité d’Israël et sommes maintenant en bonne voie pour conclure un accord historique », a déclaré Eyal Hulata, conseiller à la sécurité nationale et négociateur en chef des pourparlers, dans un communiqué.

Ses propos ont fait suite à une déclaration du négociateur libanais, qui a assuré que la nouvelle mouture du projet présentée par les États-Unis respectait les revendications de son pays et pourrait entraîner la conclusion de ce qui est d’ores et déjà présenté comme un « accord historique ».

Les négociations s’étaient intensifiées, il y a une semaine, sur la base du précédent projet proposé par Hochstein, dont la mission était d’apporter une solution au différend portant sur le contrôle de plusieurs gisements de gaz au large des côtes d’Israël et du Liban – deux pays officiellement en guerre et sans frontière maritime officiellement convenue entre les deux parties.

Le conseiller national à la sécurité Eyal Hulata s’exprime lors de la conférence annuelle de l’Institut de politique anti-terroriste à l’université Reichman à Herzliya, le 13 septembre 2022. (Crédit : Gilad Kavalerchik)

Si les détails de l’accord n’ont pas encore été rendus publics, des responsables ont indiqué qu’il accorderait à Jérusalem la reconnaissance internationale de sa frontière, matérialisée en l’an 2000 par des bouées situées à cinq kilomètres au large des côtes de la ville de Rosh Hanikra, dans le nord. La frontière d’Israël suivrait ensuite la ligne sud de la zone contestée connue sous le nom de ligne 23.

Le Liban pourrait ainsi bénéficier des avantages économiques du secteur situé au nord de la ligne 23 – y-compris du gisement gazier de Cana. Toutefois, le haut-responsable israélien qui a donné aux journalistes les détails de l’accord a précisé que Jérusalem recevrait une compensation pour avoir cédé une partie de ses droits sur Cana, et notamment la reconnaissance du statut israélien de ces eaux.

Jérusalem s’était rapidement dite ouverte à la précédente version du projet d’accord, finalement rejetée par le Liban en raison de réserves sur la reconnaissance officielle de la frontière unilatéralement matérialisée par des bouées israéliennes.

Carte illustrant les revendications sur la frontière maritime entre Israël et le Liban (Crédit : AFP)

Le Liban se serait également opposé à ce qu’Israël perçoive une part des revenus gaziers du gisement de Cana.

Jeudi dernier, les médias israéliens avaient indiqué que le directeur du ministère israélien de l’Énergie avait déclaré, lors du Conseil des ministres, que les estimations des quantités de gaz extractibles à Cana – le gisement au cœur du différend maritime – étaient bien inférieures aux projections initiales.

Des militants libanais naviguant près d’un navire de la marine israélienne lors d’une manifestation réclamant le droit du Liban à des champs pétroliers et gaziers maritimes contestés, près de Naqoura, au Liban, le 4 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/ Mohammed Zaatari)

Il est possible que cette déclaration ait eu pour objectif de persuader les ministres encore réticents de se rallier à ce projet d’accord, en soulignant que le compromis portait sur des réserves somme toute limitées, en contrepartie de la reconnaissance internationale sur d’autres gisements en Méditerranée, nettement plus rentables.

À l’issue d’une conversation téléphonique avec Hochstein, dimanche, le président libanais Michel Aoun s’était dit optimiste, concernant la finalisation d’un accord « dans les tout prochains jours ».

« Les négociations ont beaucoup avancé et les problèmes ont été réglés la semaine passée », avait-il ajouté.

Le président libanais Michel Aoun s’exprime lors d’un discours à la nation au palais présidentiel, à Baabda, à l’est de Beyrouth, au Liban, le 21 novembre 2019. (Crédit : Dalati Nohra/AP)

Samedi, les autorités israéliennes ont donné à Energean le feu vert pour commencer les tests sur l’oléoduc de Karish, avec la perspective de commencer le travail d’exploitation dans les prochaines semaines. Israël avait indiqué que le pays n’attendrait pas la conclusion d’un accord pour lancer ses activités à Karish mais l’État juif n’a, dans les faits, autorisé Energean qu’à effectuer un travail préparatoire.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait menacé à plusieurs reprises de s’en prendre à Israël si l’exploration gazière à Karish commençait avant la conclusion d’un accord. À l’occasion de récentes négociations, le Liban avait revendiqué la souveraineté sur Karish en plus de Cana. Cette revendication avait été rapidement écartée, Israël insistant sur le fait que ses droits sur Karish n’étaient en aucune manière négociables.

Israël et le Liban n’ont pas davantage délimité ensemble leur frontière terrestre, s’en tenant à une « ligne bleue » de cessez-le-feu imposée par l’ONU et laissant dans le flou pendant longtemps leur zone économique exclusive en mer.

L’absence de frontière maritime avait commencé à poser problème il y a une dizaine d’années, lorsque des gisements de gaz avaient été découverts en Méditerranée orientale, redessinant l’avenir économique de la région.

Les administrations américaines successives auront tenté de négocier un accord maritime : Hochstein avait d’ailleurs déjà négocié sur la question pour le compte de l’administration Obama. Cette initiative, reprise quelques années plus tard lors de la présidence de Donald Trump, était restée dans l’impasse.

L’AFP et Jacob Magid ont contribué à la rédaction de cet article.

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