Faux comptes Internet : Netanyahu « vole les élections »
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Faux comptes Internet : Netanyahu « vole les élections »

Un observatoire découvre des centaines de faux profils, avec 2,5 millions de visites, en lien avec le Premier ministre ; Kakhol lavan exige une enquête ; le Likud nie être impliqué

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'un événement du Likud à l'occasion de Hanoukka, le 2 décembre 2018. (Capture d'écran : Facebook)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d'un événement du Likud à l'occasion de Hanoukka, le 2 décembre 2018. (Capture d'écran : Facebook)

Le parti Kakhol lavan a demandé lundi matin à la police d’enquêter sur le financement de faux comptes de réseaux sociaux faisant la promotion de Benjamin Netanyahu et répandant des calomnies sur ses concurrents. Il a accusé le Premier ministre « d’essayer de voler les élections. »

En outre, le parti a appelé la commission centrale électorale à ordonner « la cessation immédiate de cette horrible campagne de fausses nouvelles, » faisant référence aux révélations rapportées dans le New York Times et le quotidien israélien Yedioth Ahronoth lundi matin sur des centaines de faux comptes Twitter et Facebook qui propagent une campagne pro-Netanyahu.

Le chef du parti travailliste Avi Gabbay a aussi appelé à l’ouverture immédiate d’une enquête. « La toile de tromperie et de fraude de Bibi a été découverte », a-t-il dit. « Enquêtez maintenant, pour que la gouvernance d’Israël ne soit pas volée. Netanyahu franchira toutes les lignes rouges pour empêcher son inculpation. »

Les enquêteurs ont identifié un réseau qui comprenait 154 comptes utilisant de faux noms et 400 autres comptes soupçonnés d’être faux, selon un nouveau rapport du projet israélien de surveillance des médias sociaux Big Bots, cité par les journaux américains et israéliens. Les comptes semblent fonctionner de manière coordonnée, en partageant les messages des uns et des autres, et avec une tendance claire, leur activité en ligne a presque quintuplé après l’annonce des élections en décembre de l’année dernière.

« Le réseau se livre à des manipulations, des calomnies, des mensonges et répand des rumeurs, » a déclaré le rapport, qui a été compilé en coopération avec l’Alliance israélienne, une organisation libérale israélienne, et a été financé par le biais de Drove, un site israélien en ligne de financement participatif.

Selon le site web de l’Alliance israélienne, le groupe reçoit son propre financement de la Tides Foundation, un fonds caritatif américain qui compte actuellement comme seul partenaire israélien l’ONG de gauche Adalah – le Centre juridique pour les droits des minorités arabes en Israël.

Un compte, appartenant à « Moshe, » mais avec la photo de profil du mannequin grec Theo Theodoridis, a seulement publié 18 fois pendant les trois premiers mois de 2018, mais il a bondi à 2 856 publications au cours du premier trimestre de cette année.

Au total, le réseau a publié 130 000 messages – tous en hébreu – qui ont enregistré en tout plus de 2,5 millions de visites, selon le rapport.

Benny Gantz lors d’un événement de son parti Kakhol lavan à Ashdod, le 30 mars 2019. (Flash90)

Les comptes ont permis de diffuser un large éventail de messages critiques – et dans certains cas diffamatoires – et de rumeurs qui se sont concentrées sur l’ancien chef de Tsahal Benny Gantz et son parti Kakhol lavan, les principaux concurrents du Netanyahu lors des prochaines élections du 9 avril, d’après le rapport.

Les comptes ont également accordé une attention particulière aux messages du fils du Premier ministre, Yair Netanyahu, partageant ses commentaires via les réseaux sociaux. Une attention similaire a également été accordée à d’autres personnes, parmi lesquelles des personnalités de haut rang lors de la campagne électorale du Likud.

Les enquêteurs ont identifié un seul compte lié aux autres et sont remontés jusqu’à son propriétaire, Yitzhak Haddad, un habitant de la ville d’Ashdod, qui organise apparemment des campagnes de promotion en ligne. Le rapport ne permet pas de savoir clairement si Haddad est considéré comme l’initiateur du réseau.

Selon Yedioth, un détective privé a parlé à Haddad qui, pour expliquer le type de campagne de réseau qu’il opère, a dit que cela impliquait « beaucoup d’argent. » Il a également dit à l’enquêteur qu’il avait des liens avec « des personnalités très haut placées du Likud. »

Le même enquêteur s’est également entretenu dimanche avec le directeur de la campagne électorale du Likud, Yonatan Urich, qui a admis connaître Haddad et travailler avec lui. Plus tard, Urich a précisé qu’il ne connaissait Haddad que par Facebook et ne l’avait jamais rencontré, a précisé Yedioth.

Kakhol lavan a déclaré que le rapport « révèle que l’opération de diffamation la plus répugnante de l’histoire d’Israël est gérée directement par Netanyahu. »

Le parti a dit que le Premier ministre essaie de manipuler illégitimement l’électorat parce qu’il craint de perdre contre Gantz.

« Après 13 ans de règne, Netanyahu a perdu le contrôle. Après avoir réalisé qu’il est sur le point de perdre les élections, il essaie de gagner avec la fraude. Si elle réussit, Israël cessera d’être une démocratie, » a déclaré le communiqué, annonçant que les dirigeants de Kakhol lavan tiendront une conférence de presse lundi après-midi sur cette question.

« Les citoyens d’Israël doivent savoir ce matin que le Likud verse des fonds massifs du budget de l’Etat sur l’industrie du mensonge et de la diffamation contre le 20e chef d’état-major du pays. Tout citoyen décent d’Israël, de droite ou de gauche, doit s’opposer à la tentative de détruire nos fondements démocratiques », a ajouté le parti, en faisant probablement référence aux fonds publics fournis aux partis politiques en place pour les campagnes électorales.

Yair Netanyahu, fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Flash90)

Dans un communiqué en réponse au rapport, le Likud a nié tout lien avec le réseau de comptes ou avec Haddad.

« Le Likud n’est en aucune façon lié au réseau en question, » a déclaré le parti. « En général, le Likud n’exploite aucun réseau de robots, avatars, faux profils, etc. Il est presque le seul parti qui n’utilise pas ces moyens. »

« Les activités numériques du Likud sont tout à fait légales et sont rapportées comme il se doit, en toute transparence au contrôleur de l’État et aux organismes compétents, » ajoute le communiqué.

Haddad, poursuit la déclaration publique, « n’est pas employé par le Likud » et « le Likud est en lien avec lui. La grande popularité du parti et du Premier ministre sur Internet ne repose que sur les grandes réalisations du Premier ministre Netanyahu pour les citoyens d’Israël et l’Etat. »

Un communiqué au nom de Yair Netanyahu a également nié toute connaissance du réseau de faux comptes.

« Yair Netanyahu ne fait pas partie de la campagne du Likud, ne connaît pas les gens du réseau et n’est pas impliqué dans ses activités, de quelque façon qu’il soit, » selon le communiqué, publié par un porte-parole de la famille Netanyahu.

Un avocat de Haddad a rejeté les allégations portées contre son client. David Elbaz a dit à la radio militaire qu’Haddad envisageait une action en justice.

En réponse au rapport, le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël a déclaré qu’il avait demandé au procureur général, à la police et au contrôleur de l’État d’enquêter sur ces faux comptes.

« Il en ressort une situation des plus troublantes, selon laquelle des éléments prétendument criminels s’unissent dans le seul but d’induire le public en erreur et de détourner les résultats des élections, dans le but de tromper et d’influencer l’opinion publique, » a déclaré le mouvement dans un communiqué.

Jusqu’à présent, les élections ont été entachées d’allégations d’infox diffusées par l’intermédiaire des réseaux sociaux, en particulier en faveur de Netanyahu, propagées à la fois par des bots (messageries automatisées) et des trolls (personnes, parfois payées, qui diffusent des contenus incendiaires).

Certains des bots présumés du Likud mentionnés dans les rapports du New York Times et de Yedioth Ahronoth se sont exprimés lundi.

L’un des utilisateurs de Twitter nommé dans le rapport comme étant un faux compte a dit à la station de radio 103FM que son compte était en ligne depuis 2010. Ziv Knobler nie faire partie d’une campagne organisée du Likud ou recevoir de l’argent du parti. Knobler dit qu’il envisage de poursuivre le journal pour la publication du rapport.

Un autre internaute, Giora, dont le compte Twitter s’appelle « Captain George », a dit à la station : « Je ne suis pas un bot, je ne suis pas un robot, j’ai 63 ans et je vais bientôt fêter mon 64e anniversaire.

« Sur mon profil, on peut voir que je suis actif depuis décembre 2017 », dit Giora. Il nie également avoir reçu un paiement ou faire partie d’un réseau de campagne.

Les reportages ont cité un rapport du Big Bots Project, organisme israélien de surveillance des réseaux sociaux. Dirigé par les militants et experts techniques Noam Rotem et Yuval Adam, Big Bot Project a organisé plusieurs hackathons pour découvrir les réseaux de robots visant à influencer l’élection.

La semaine dernière, une société de médias a rapporté que les fausses informations avaient atteint un nouveau sommet, la plupart d’entre elles étant favorables à Netanyahu et défavorables à Gantz.

Dans son neuvième rapport hebdomadaire consécutif sur les fausses nouvelles, Vocativ, dirigé par l’investisseur technologique israélien Mati Kochavi, a constaté que les SMS téléphoniques censés provenir de partis politiques sont devenus un vecteur important de désinformation pendant la période du 20 au 26 mars.

Les fausses nouvelles au sujet de Gantz ont atteint une audience potentielle de plus de 1,1 million de personnes.

Répondant aux appels en faveur d’une transparence accrue des campagnes en ligne, le juge de la Cour suprême Hanan Melcer, président de la commission centrale électorale, a déclaré que la loi électorale (Propaganda Methods), qui remonte à 1959, avait besoin de manière « criante » d’être réactualisée.

Le Likud a cependant résisté à toutes les tentatives d’amendements en ce sens, arrêtant un projet de loi avant son dernier vote en séance plénière et devenant le seul parti, en janvier, à rejeter un appel de Melcer à appliquer des normes de transparence de base aux campagnes en ligne.

Sue Surkes et Raoul Wootliff ont contribué à cet article.

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