Fermer la Vieille Ville pourrait ramener un calme passager à Jérusalem
Rechercher

Fermer la Vieille Ville pourrait ramener un calme passager à Jérusalem

Les experts considèrent cette manœuvre comme une mesure palliative et qu'elle ne fonctionnera que sur du court-terme

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une bonne sœur marche près de la police israélienne tandis qu'ils montent la garde dans la rue Via Delarosa dans la Vieille Ville de Jérusalem le 4 octobre 2015 (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)
Une bonne sœur marche près de la police israélienne tandis qu'ils montent la garde dans la rue Via Delarosa dans la Vieille Ville de Jérusalem le 4 octobre 2015 (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)

La police a fermé la Vieille Ville de Jérusalem après une attaque fatale samedi soir, ce qui pourrait aider à calmer la situation affirme un expert, mais ce cercle vicieux de la violence ne pourra pas se briser avec cette seule mesure palliative.

Avec le mont du Temple au centre de la friction, il y a eu une escalade des attaques violentes en Israël au cours de ces dernières semaines, mais Kobi Michael, l’ancien directeur général adjoint et chef du bureau palestinien au ministère des Affaires stratégiques, est réticent à se référer à la situation comme à une « Intifada », ou un soulèvement palestinien, comme beaucoup de politiciens et de journalistes l’ont déjà fait.

« Utiliser le terme Intifada », soutient Michael, « donne conscience [des choses] et soulève des attentes ».

Malgré l’escalade de la violence – qui a connu un pic entre jeudi soir à dimanche matin où deux attaques terroristes meurtrières ont coûté la vie à quatre Israéliens, et où d’autres attaques ont fait de nombreux blessés – Michael a déclaré au Times of Israel dimanche qu’il était encore persuadé que le calme pouvait être restauré.

Il n’y a pas de façon claire et facile de faire entièrement face à cette large confrontation, selon Michael, actuellement chercheur à l’Institut d’études en sécurité nationale.

« Mais il y a des mesures qui peuvent être prises pour calmer les choses », a-t-il dit.

L’une de ces étapes a déjà été instaurée.

Fermer la Vieille Ville

La police a tenu une réunion dimanche pour évaluer la situation sécuritaire à Jérusalem et pour déterminer le prochain plan d’action.

Les hauts gradés ont décidé d’augmenter la présence policière déjà accrue dans la Vieille Ville et le reste de Jérusalem et de restreindre l’accès au mont du Temple et de n’autoriser que les hommes âgés de plus de 50 ans et femmes de tous âges d’entrer au mont du Temple et – le plus spectaculaire – fermer la Vieille Ville de Jérusalem à tous les Palestiniens qui ne vivent pas là.

« L’entrée dans la Vieille Ville n’est autorisée seulement aux résidents de la Vieille Ville – ce qui est significatif et important », a déclaré le porte-parole de la police Micky Rosenfeld.

« Des milliers de visiteurs juifs sont attendus dans la Vieille Ville », a ajouté le fonctionnaire de police, en raison de la fête de Souccot qui se poursuit dimanche et la fête de Simhat Torah qui a lieu lundi.

Bien que cette mesure soit efficace, cela ne peut être qu’une mesure palliative, précise Michael.

« Il va faire quelque chose en terme de sentiment de sécurité, mais c’est de l’Acamol [nom du médicament israélien à base de paracétamol] », a-t-il expliqué, se référant au médicament israélien en libre service contre la douleur.

Il y a des centaines de milliers de résidents arabes de Jérusalem-Est et plus de 40 000 dans la Vieille Ville seule, a-t-il ajouté. « Vous ne pouvez pas la fermer indéfiniment ».

Toutefois, a ajouté Michael, cela pourrait calmer la situation, jusqu’à ce qu’une solution plus viable à long terme soit trouvée.

Calmer la situation à Jérusalem, a poursuivi Michael, peut également contribuer à ramener le calme en Cisjordanie.

« Ce qui se passe à Jérusalem met le feu en Cisjordanie », a-t-il expliqué, faisant allusion aux manifestations violentes des Palestiniens au sommet du mont du Temple en réponse aux changements perçus du status quo des Israéliens envers le lieu saint. « Et ce qui se passe en Cisjordanie – la fusillade de la semaine dernière, par exemple – donne une raison à Jérusalem », a-t-il ajouté.

L’armée israélienne surveille la situation, mais n’a pas encore mis en place des restrictions supplémentaires sur les Palestiniens en Cisjordanie, a précisé une source sécuritaire.

La coopération avec les Palestiniens

Depuis la fusillade de jeudi soir près de l’implantation d’Itamar en Cisjordanie, au cours de laquelle un homme et son épouse ont été assassinés devant leurs enfants dans leur voiture, les politiciens et les experts ont dénoncé le président de l’AP Mahmoud Abbas qui n’a pas condamné la vague d’attentats. [Il a condamné Israël pour avoir tué les deux terroristes coupables des attaques.]

Une telle condamnation ne viendra pas. Un porte-parole officiel de l’Autorité palestinienne a dénoncé publiquement dimanche l’escalade israélienne de la violence – et non pas les actions des terroristes arabes.

La déclaration, publiée par l’agence de presse palestinienne, a appelé la communauté internationale à fustiger Israël pour « le meurtre de deux jeunes hommes dans la ville occupée de Jérusalem » – vraisemblablement les deux hommes qui ont attaqué des civils israéliens avec des couteaux samedi soir et dimanche matin, respectivement.

Mais même si l’AP condamnait les attaquants, a expliqué Michael, une condmanation du bout des lèvres ne serait pas utile. Nous avons besoin de « condamnation dans l’action, pas de mots » pour calmer Jérusalem et la Cisjordanie.

« Cet effort n’a pas encore été vu », a-t-il dit.

Les services de sécurité palestiniens ont aidé l’armée israélienne à maintenir le calme en Cisjordanie pendant toute l’opération à petite échelle de l’été dernier ‘L’opération Gardien des frères’ au cours de laquelle les forces de Tsahal ont menées des perquisitions et des arrestations suite à l’enlèvement et assassinat de trois adolescents israéliens. Les forces de l’Autorité palestinienne ont même aidé à maintenir un calme relatif pendant le conflit à grande échelle de Gaza, qui a suivi plus tard le même été.

Cependant, ce soutien s’est depuis asséché.

Cela peut s’esxpliquer par l’instabilité de la direction palestinienne, a analysé Michael. « Abu Mazen est devenu pas important, et l’Autorité palestinienne est plus important », a-t-il affirmé.

Le Hamas, quant à lui, a tenté de pousser plus loin son rival, l’Autorité palestinienne, pour qu’il se retrouve mis de côté.

Qais Saadi, un membre de l’aile militaire, les Brigades Ezzedine al-Qassam, du Hamas, que l’armée israélienne a tenté d’arrêter dans le camp de réfugiés de Jénine dimanche matin, a fustigé l’Autorité palestinienne, l’accusant de collaborer avec l’armée israélienne.

« Tout le monde est visé par l’Autorité palestinienne », a déclaré Saadi aux médias du Hamas de sa cachette le dimanche. « Si Dieu le veut, l’occupation de l’AP opérant sous l’occupation israélienne va disparaître ».

Sans le soutien des hauts gradés, les forces de l’ordre palestiniennes hésitent à s’impliquer dans le conflit. Si la direction palestinienne change, a expliqué Michael, ceux qui ont aidé les forces israéliennes pourraient être tués « sur la place du centre de la ville ».

Quand il n’y a pas de leadership politique fort, a-t-il poursuivi, vous obtenez ce genre de terrorisme que nous avons vu glisser à travers les mailles du filet.

Les réactions instinctives des politiciens

Dans les heures qui ont suivi l’attaque de samedi soir, les membres de la Knesset et de l’ensemble du spectre politique ont partgé des idées et des recommandations sur la façon de gérer l’escalade de la violence.

Le dirigeant de HaBayit HaYehudi et ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, a recommandé plus d’implantations et une main plus ferme face contre les Palestiniens.

Le ministre des Transports, Yisrael Katz, qui a servi comme Premier ministre par intérim pendant que Benjamin Netanyahu était à New York pour s’adresser à l’Organisation des Nations unies, a menacé de mettre en place d’un deuxième « Bouclier défensif », une référence à l’opération de 2002 au cours de laquelle l’armée israélienne s’est rendue dans six villes palestiniennes en Cisjordanie pour tenter de freiner la vague d’attentats-suicides qui s’était abattue en Israël dans les mois précédent l’action militaire.

« Abu Mazen et ses adjoints, non seulement ne dénoncent pas, ils soutiennent pour la plupart les attaques. Si en chemin pour le mur Occidental, les Juifs sont assassinés – Israël doit agir », a déclaré Katz sur la radio militaire dimanche matin.

Katz a même menacé de retirer certains des droits des résidents de Jérusalem-Est, y compris la liberté de circulation et les permis de travail.

« Ils devraient être enfermés dans leurs quartiers et ne pas être en mesure d’aller travailler dans les endroits les plus attrayants de la ville », a-t-il affirmé.

Ce que Katz pense qu’une population mécontente et avec un nouveau statut de chômeur ferait de leur temps nouvellement libre reste sans réponse.

« Vous ajouteriez des personnes au conflit », a mis en garde Michael. Avec plus de personnes impliquées dans les manifestations, « au lieu de blesser quelques Palestiniens, [les forces israéliennes] tueraient quelques Palestiniens. Et puis, il y aurait des représailles ».

Ce sont des recommandations qui viennent « d’instinct », a déclaré Michael, mais ne sont pas du tout des considérations sérieuses.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...