Fermeture d’une entreprise destinée aux victimes de fraudes aux options binaires
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Fermeture d’une entreprise destinée aux victimes de fraudes aux options binaires

Tous les salariés de Wealth Recovery International ont été licenciés, 3 mois après que le propriétaire a plaidé coupable de complot en vue de commettre une fraude électronique

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Une capture d'écran de la page d'accueil de Wealth Recovery International, comme elle apparaissait le 10 juin 2019.
Une capture d'écran de la page d'accueil de Wealth Recovery International, comme elle apparaissait le 10 juin 2019.

Trois mois après que son propriétaire a plaidé coupable de fraude aux Etats-Unis, le bureau israélien de Wealth Recovery International a fermé, ont déclaré plusieurs de ses anciens employés au Times of Israël.

L’entreprise Wealth Recovery International était l’une des sociétés israéliennes qui proposaient aux victimes de fraudes aux options binaires de récupérer l’argent perdu, en échange de frais versés à l’avance plus un pourcentage de la somme récupérée. Mercredi, on a annoncé aux employés de l’entreprise, qui étaient plus de 20, que l’entreprise allait fermer et qu’ils ne seraient pas payés pour leur dernier mois de travail, laissant des milliers de clients internationaux de l’entreprise dans l’incertitude.

En mars, Austin Smith (qui se fait aussi appeler Avi Smith), le propriétaire de Wealth Recovery International, a plaidé coupable aux Etats-Unis de complot en vue de commettre une fraude électronique en lien avec son ancien emploi en tant que vendeur pour les marques d’options binaires BigOption et BinaryBook, mais aussi pour son activité chez Wealth Recovery International. Smith a été libéré sous caution (près de 300 000 euros) et placé sous la garde de ses parents. Il connaîtra sa peine le 3 septembre 2019.

Les accusations du ministère de la Justice contre Smith concernent principalement la période d’août 2015 à janvier 2016, quand il était employé dans le secteur des options binaires. Smith n’a jamais caché y avoir travaillé, et assurait à ses clients de Wealth Recovery International qu’il avait vraiment changé et qu’il se consacrait désormais à l’aide aux victimes de ces fraudes.

Mais le ministère de la Justice a aussi accusé Smith d’avoir, au moins une fois, empoché une belle commission de la part d’un client qu’il avait personnellement contribué à escroquer.

Austin Smith, propriétaire de Wealth Recovery International qui propose de récupérer l’argent des victimes d’options binaires. (Capture d’écran Facebook)

Selon les documents du tribunal, Smith a reçu 115 000 euros en honoraires et commissions pour les services de Wealth Recovery International de la part d’au moins un client, qu’il avait directement escroqué alors qu’il était employé à BinaryBook. L’escroc avait caché ce fait à son client.

En mars, Tammi Hamm, l’avocat de Wealth Recovery International, a déclaré au Times of Israël que l’entreprise avait récupéré près de 8 millions d’euros pour ses clients et qu’une grande partie d’entre eux étaient satisfaits des services de la firme.

D’anciens employés de l’entreprise ont déclaré au Times of Israël que seule une minorité de clients avaient récupéré leurs fonds, et que le travail de l’entreprise était compliqué en raison de l’application laxiste de la loi en Israël.

« Les propriétaires d’entreprises d’options binaires n’ont pas vraiment peur des autorités israéliennes », assure un ancien salarié, « alors nous n’avons presque aucun moyen de faire pression sur eux. Ils pourraient peut-être accepter de rendre l’argent à quelqu’un une fois ou deux, mais après cela, cela ne fonctionnera plus ».

Selon son site internet, qui est toujours en ligne, Wealth Recovery International dispose d’un deuxième bureau à New York. Le nom de la marque a été enregistré au nom d’Emilie Smith, la mère d’Austin Smith.

Une option binaire est un contrat d’option dont le rendement dépend du prix d’un autre produit, comme de l’or, du blé ou des actions d’Apple. Si le propriétaire de l’option devine bien l’évolution de la valeur du produit au moment de l’expiration du contrat, il gagne une somme d’argent prédéterminée, sinon il perd l’agent « investi ».

Pourtant, dans le cas des options binaires israéliennes, les entreprises qui offraient ces contrats étaient toutes, quasiment sans exception, frauduleuses. Elles trompaient des victimes dans le monde entier pour leur faire croire que leur investissement était gagnant, les encourageant à déposer encore plus d’argent sur leurs comptes, jusqu’à ce que l’entreprise finisse par couper définitivement le contact avec les investisseurs et qu’elle disparaisse avec tout, ou presque tout, leur argent.

Au pic de son activité, le secteur comptait des centaines d’entreprises en Israël, employant des milliers des personnes, qui ont escroqué un grand nombre de victimes dans le monde, à hauteur de plusieurs milliards de dollars.

La Knesset a fini par interdire l’industrie des options binaires en octobre 2017, en grande partie grâce à de nombreux articles réalisés sur cette industrie frauduleuse par le Times of Israël. Pourtant, certaines entreprises continuent à opérer même après l’interdiction, en vendant des monnaies virtuelles frauduleuses, forex ou autres produits. Alors que l’on pense que plus de 10 000 Israéliens sont impliqués dans cette activité criminelle, les autorités israéliennes n’en ont poursuivi que trois.

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