France : L’étudiante en médecine victime d’antisémitisme renonce aux poursuites
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France : L’étudiante en médecine victime d’antisémitisme renonce aux poursuites

Sa plainte avait été classée sans suite pour "infraction insuffisamment caractérisée" alors même qu’elle a fourni à la police des captures d'écran des propos antisémites concernés

Le campus de Bobigny. (Crédit photo : capture d’écran du site univ-paris13.fr)
Le campus de Bobigny. (Crédit photo : capture d’écran du site univ-paris13.fr)

En octobre dernier, une étudiante à l’université de Bobigny, en deuxième année de médecine, avait déposé plainte contre harcèlement à caractère antisémite. La plainte visait huit étudiants qui, sous couvert « d’humour », alternaient saluts hitlériens et blagues sur Auschwitz.

La plainte avait finalement été classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée » en janvier dernier, alors même que l’étudiante avait fourni à la police des captures d’écran des propos antisémites concernés.

Un seul des étudiants avait été visé par une procédure disciplinaire par l’université ; les autres bénéficiant de non-lieu de la part de l’établissement, qui a considéré que les messages relevaient de la sphère privée.

L’étudiante avait par la suite été transférée à l’université de Paris-Descartes. Elle avait également annoncé par l’intermédiaire de son avocat son intention de saisir un juge d’instruction afin d’ouvrir une autre procédure.

La semaine dernière, le magazine Le Point a annoncé que le juge saisi avait ordonné une expertise psychologique de l’étudiante. « Épuisée », elle renonçait finalement à la poursuite de son combat judiciaire.

Elle explique aujourd’hui avoir été mise à l’écart par ses camarades suite à sa plainte. « Je suis allée à l’université avec un nœud dans l’estomac. Ma mère devait m’accompagner à la salle de conférence. Je n’osais même pas aller aux toilettes toute seule », affirme-t-elle. « Je mangeais seule à la cafétéria. J’étais le traître, j’étais complètement isolée. À 21 ans, j’étais devenue un cadavre socialement. »

« Je n’ai pas envie de rester assise à poser d’autres questions, » dit-elle. « J’en ai assez. Je suis crevée. »

Dans la foulée du dépôt de plainte, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal avait, dans un communiqué publié le 29 octobre, défini ces faits comme « profondément inacceptables ».

Elle avait « salué le fait que l’université Paris-13 ait pris les décisions qui s’imposaient dès que les faits ont été connus » – en dépit des faibles sanctions décidées par la suite.

Le professeur Jean Sibilia (Crédit photo : Reseau-CHU.org)

En mars dernier, le professeur Jean Sibilia tirait la sonnette d’alarme face à « une recrudescence d’actes racistes et antisémites » dans les campus.

Le mois précédent, la Conférence des doyens des facultés de médecine françaises avait publié un communiqué évoquant sa préoccupation face à « une recrudescence d’actes racistes et antisémites perpétrés à l’encontre des enseignants, des autorités et des étudiants de confession juive ».

Selon Sibilia, interrogé par le magazine Le Point, le phénomène serait similaire à « ce qui se passe dans le reste de la société française. Nos universités ne sont pas isolées du monde ». Il faisait état de la hausse de
 74 % des actes antisémites entre 2017 et 2018.

« Les propos antisémites se multiplient aussi dans nos facultés de santé. Les agressions également. Ce sont plus souvent des inscriptions que des altercations », avait-il souligné. Et de condamner : « Nous ne pouvons pas l’accepter. Pas plus tard que la semaine dernière, j’animais un séminaire dans un amphithéâtre de Strasbourg. Et mon voisin m’a montré une inscription antisémite sur une table. Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis dit : ça suffit ! »

Les facultés de santé « doivent réaffirmer les valeurs qui les fondent : valeurs de tolérance, d’ouverture aux autres et d’humanisme », avait-il ajouté. Elles entendent « lutter avec la même énergie contre toutes les formes d’intolérance : qu’il s’agisse de l’antisémitisme, de l’homophobie ou du sexisme. Le racisme n’a pas sa place sur nos campus. »

Dans un sondage IFOP pour l’UEJF publié en mars, 89 % des étudiants juifs de France déclaraient avoir subi un acte antisémite sur le campus de leur université par le biais d’insultes, de stéréotypes, de blagues sur la Shoah et autres. Le sondage avait été réalisé sur un panel de 405 étudiants juifs.

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