Furieux face à l’expansion palestinienne, les habitants d’implantations veulent remanier les priorités d’Israël
Rechercher

Furieux face à l’expansion palestinienne, les habitants d’implantations veulent remanier les priorités d’Israël

Fustrés depuis longtemps par les réductions de construction imposées par les Etats-Unis, les leaders de droite craignent que les plans de construction de 14 000 unités de logements à Qalqilya signifient que rien n'a changé

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Qalqilya, vue depuis la barrière de sécurité en Cisjordanie, en 2009. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)
Qalqilya, vue depuis la barrière de sécurité en Cisjordanie, en 2009. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Les membres des mouvements pro-implantation sont furieux. Même si cet état de fait peut ne pas être inhabituel chez un lobby qui a su perfectionner l’art de mettre la pression sur le gouvernement, ce qui est unique, dans l’indignation actuelle, c’est qu’elle concerne des permis de construire octroyés aux Palestiniens, et non aux Israéliens.

Rappelons que le chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, a ainsi émis un communiqué le 14 juin dénonçant l’approbation par le cabinet sécuritaire d’un plan de construction visant 14 000 unités de logement dans la ville palestinienne de Qalqilya, en Cisjordanie.

« Les échelons politiques accordent à la ville terroriste de Qalqilya l’ultime récompense pour la terreur », a-t-il accusé, en disant que le gouvernement avait « perdu toute retenue » et qu’il était devenu « complètement fou ». Des déclarations émanant d’autres chefs d’implantation ont fait écho à ce point de vue, même s’ils se vont avérées être moins hautes en couleurs.

« Nous appelons le Premier ministre et les ministres du cabinet à corriger immédiatement cette distorsion et à approuver les nombreux plans de construction juifs qui attendent un permis en Judée et Samarie ainsi que dans la vallée du Jourdain », a également établi à ce moment-là un communiqué du Conseil Yesha, organisation-cadre regroupant les municipalités des implantations.

Yossi Dagan, président du Conseil régional de Samarie, pendant la 14e conférence annuelle de l'association Besheva à Jérusalem, le 12 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yossi Dagan, président du Conseil régional de Samarie, pendant la 14e conférence annuelle de l’association Besheva à Jérusalem, le 12 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le 18 juin, après la dénonciation du plan par plusieurs ministres de droite, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pour sa part cherché à minimiser son rôle dans cette approbation, disant – selon des informations – aux législateurs du Likud qu’il ne pouvait se rappeler que la question ait été soulevée devant le cabinet. Cédant rapidement aux pressions, il a ajouté qu’un autre débat aurait lieu sur la suite à donner à l’autorisation de l’expansion de Qalqilya.

Tandis que Netanyahu devait démentir ultérieurement les informations disant qu’il avait feint d’ignorer ce qu’était ce plan, il n’a pas manqué d’en attribuer la responsabilité au ministre de la Défense Avigdor Liberman, disant que ce dernier avait échoué à présenter au cabinet sécuritaire tous les détails de cette initiative d’expansion potentiellement explosive.

Dans la foulée, Liberman s’est défendu contre ces accusations, affirmant qu’un document consacré aux constructions de Qalqilya avait été distribué à tous les ministres par la Commission de planification de son ministère avant approbation. Le ministre des Finances Moshe Kahlon a appuyé les dires de Liberman, déclarant que la question avait été en effet débattue et que personne n’avait été laissé dans l’ombre.

Atténuer les détails

Ce qui semble avoir échappé à beaucoup, dans ce tumulte, c’est que ce plan n’est pas une nouveauté. Il a été approuvé par le cabinet en septembre 2016 dans le cadre de la politique « de la carotte et du bâton » prônée par Liberman qui cherche à sanctionner les Palestiniens qui soutiennent le terrorisme et à faciliter l’existence de ceux qui ne le soutiennent pas. « Qalqilya a été l’une des villes les plus tranquilles durant la dernière vague de terrorisme », a rappelé Liberman, justifiant l’initiative, lors d’une réunion, en juin, des législateurs issus de sa faction de Yisrael Beytenu.

Même si les détails exacts de la construction ont été gardés secrets pour éviter de mettre en colère les chefs d’implantations, un reportage publié par Haaretz au mois d’octobre avait spécifié que ce que le cabinet avait autorisé était en effet une extension de la ville. L’information était donc présente pour ceux qui souhaitaient y accéder.

Mais des sources proches du Conseil régional de Samarie avaient clamé par la suite qu’elles n’avaient pas été tenues au courant et que Dagan n’avait découvert les cartes du plan de Qalqilya que par hasard, au cours d’une réunion organisée au siège de l’Administration civile – un organisme du ministère de la Défense chargé des autorisations des constructions en Cisjordanie.

Une carte de la ville palestinienne de Qalqilya. La zone colorée représente le projet d'extension. (Crédit :autorisation du Conseil régional de Samarie)
Une carte de la ville palestinienne de Qalqilya. La zone colorée représente le projet d’extension. (Crédit :autorisation du Conseil régional de Samarie)

Alors que le plan évoque en effet 14 000 logements, le nombre est, est-il précisé, le maximum projeté de constructions pouvant être réalisées dans les limites légales des règles de planification strictes en Israël. Le plan spécifie donc un chiffre plus « réaliste » de 6 187 unités, qui ne devraient être terminées qu’à l’horizon 2035.

De plus, le plan indique qu’approximativement 1 000 unités de logement ont d’ores et déjà été construites et qu’elles recevront simplement une approbation rétroactive.

Tous les terrains qui seront utilisés pour la construction sont des propriétés privées appartenant à des Palestiniens et sont tous presque entièrement entourés par la barrière de sécurité d’Israël. Evoquant la recrudescence de critiques de la part des membres des mouvements pro-implantation et des législateurs de droite, Liberman a souligné qu' »aucun Israélien n’entre de toute façon dans ces zones ».

‘Un écran de fumée’

Les mises en garde variées atténuant la substance du plan soulèvent une question légitime : Les clameurs autour de Qalqilya concernent-elles véritablement Qalqilya ?

Hagit Ofran, de l’observatoire anti-implantation Peace Now le dit avec insistance : La réaction de Dagan et d’autres chefs d’implantations tourne à vide. « Le plan n’impacte aucun habitant d’implantations. Les constructions auront entièrement lieu dans le cadre de la barrière qui entoure Qalqiliya. Il ne s’agit que de racisme et d’une autre tentative qui vise à mettre la pression sur Netanyahu, afin d’approuver davantage de constructions au sein des implantations », dit-elle.

Une affirmation rejetée par les principaux intéressés. Le porte-parole du Conseil Yesha, Yigal Dilmoni, estime qu’autoriser les constructions dans la zone C contrôlée par Israël alors que les Palestiniens ont déjà le droit de construire dans les zones A et B en raison de leur emprise administrative sur les deux secteurs, est une grave erreur. « Il importe peu qu’il s’agisse de 14 000 ou de 6 000 logements. On nous empêche de construire tout en laissant toute liberté de le faire aux Palestiniens », dit-il.

Dilmoni évoque ce que les leaders d’implantations ont estimé être le nombre insuffisant de projets de construction au sein des implantations qui a été avancé par le sous-comité de planification de l’Administration civile au début du mois de juin. Sur les plus de 3 000 unités de logement ayant franchi les stades variés de procédure, 102 appartiendront à la nouvelle implantation d’Amichai qui sera destinée à accueillir les évacués de l’avant-poste illégal d’Amona – la toute première implantation ayant reçu l’appui gouvernemental en 25 ans.

Yossi Dagan, à gauche; président du conseil régional de Samarie, pendant une manifestation aux abords de Qalqilya, appelant le gouvernement à annuler un plan d'expansion de la ville palestinienne par l'AP, le 18 juin 2017.  (Crédit : conseil régional de Samarie)
Yossi Dagan, à gauche; président du conseil régional de Samarie, pendant une manifestation aux abords de Qalqilya, appelant le gouvernement à annuler un plan d’expansion de la ville palestinienne par l’AP, le 18 juin 2017. (Crédit : conseil régional de Samarie)

Mais les chefs d’implantation citent l’approbation de 66 unités de logement seulement en direction du Conseil régional de Samarie et de zéro pour le Conseil régional de Gush Etzion comme preuve que la construction pour leurs résidents est dans l’impasse.

Entourée sur trois côtés par la barrière de sécurité israélienne, Qalqilya se trouve à l’opposé de la région centrale du pays à seulement quelques kilomètres de Kfar Saba, au nord de Tel Aviv. L’autoroute trans-israélienne, la Route 6, passe juste à côté de la ville, où les 53 000 habitants subissent d’ores et déjà un surpeuplement extrême, la municipalité s’étendant sur 400 hectares seulement. Le gouverneur du district, Rabih Khandakji, a déclaré à la Deuxième chaîne que les chiffres indiquaient un niveau de congestion plus sévère que dans la bande de Gaza.

Dilmoni a recommandé que les habitants de Qalqilya inquiets par cette surpopulation « déménagent ailleurs », même s’il a plus tard précisé qu’ils devraient plutôt « construire au-dessus qu’à côté ».

L’expansion de Qalqilya fait également de l’annexion de la Zone C – une promesse déterminante de la campagne du parti Habayit HaYehudi de Naftali Bennett – une tâche plus décourageante, puisqu’elle impliquerait l’inclusion de 60 000 Palestiniens supplémentaires sous gouvernance israélienne selon les chiffres du plan.

Mais Yoaz Hendel, président de l’Institut de stratégies sionistes – plutôt à droite – et ancien directeur de communications de Netanyahu, affirme que tandis que les inquiétudes des membres du mouvement pro-implantation face à Qalqilya sont justifiées, ils citent les mauvaises raisons.

Il explique que la proximité de la ville avec la Ligne verte rend problématique l’expansion, non seulement pour les habitants d’implantations favorables à l’annexion, mais également pour ceux qui se trouvent moins à l’extrême droite de l’échiquier et qui sont en quête d’une solution similaire à un « presque-état » – comme Netanyahu s’y était référé – pour les Palestiniens. Sous les termes d’un tel plan, qui verrait Israël garder un contrôle sécuritaire à long-terme sur une grande partie de la Cisjordanie, il serait également dans l’intérêt de l’Etat juif de limiter l’expansion palestinienne dans la Zone C, selon Hendel.

Yoaz Hendel (Autorisation de l'Institut pour les stratégies sionistes)
Yoaz Hendel (Autorisation de l’Institut pour les stratégies sionistes)

Il compare la tempête politique suscitée par le projet comme à un « écran de fumée » empêchant les politiciens de gérer la question réelle : l’avenir, dans un sens plus large, de la Cisjordanie.

« Qalqilya amène les partisans des implantations à se focaliser sur la tactique plutôt que sur la stratégie et ils perdent de vue la situation appréhendée dans son ensemble », estime-t-il.

Hendel explique que si les partisans pro-implantations croient que la vision de deux états sur la base des lignes de 1967 est irréaliste, alors ils devraient s’intéresser à présenter leur alternative plutôt que de parler en permanence de la question de Qalqilya.

La voie sans issue de Trump

Comme Ofran de Peace Now, Hendel souligne que l’indignation publique a été probablement motivée par le désir de voir une intensification de la construction d’unités de logement en Cisjordanie. « Les membres du mouvement pro-implantations s’inquiètent de l’éventuelle répétition des huit années passées sous Obama », dit-il, se référant à la précédente administration américaine qui s’était ouvertement déclarée contre les constructions dans les implantations.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à droite, à l'aéroport international Ben Gurion avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Koby Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump, à droite, à l’aéroport international Ben Gurion avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Koby Gideon/GPO)

Cette panique, selon Hendel, émane de l’idée qu’après avoir survécu à huit ans d’une administration belliqueuse, les membres du mouvement pro-implantations ont eu le sentiment qu’ils vivraient une pause avec l’élection de Donald Trump pour constater que dorénavant, la politique du gouvernement israélien sur les constructions n’a finalement que peu changé et que le président américain veut à tout prix conclure « l’accord ultime » avec les Palestiniens.

Hendel évoque ce qu’il considère comme une « impasse » apparue avec le nouveau président, auquel « il est difficile de dire non parce qu’il nous cajole si étroitement ».

« Tous ceux qui pensaient que Trump serait une sorte de messie », dit-il, « ont réalisé il y a déjà un moment que ce ne serait pas le cas ».

Ce qui est vrai, c’est que chaque partie dans ce débat interne israélien envisage les chiffres des constructions à travers des verres d’observation singulièrement différents. Le 19 juin, lorsque le Bureau central des Statistiques avait diffusé le bilan des données de construction de l’année dernière, Peace Now avait émis un communiqué de presse déplorant l’augmentation de 70% du lancement de construction en Cisjordanie. Pour leur part, les partisans des implantations avaient déploré la baisse de 25% des déclarations de fin de travaux.

En ce qui concerne Dagan et la droite idéologique en particulier, cette observation du verre à moitié vide semble également déborder dans leur vision du plan d’extension de Qalqilya.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...