Galant aux juifs de France : « rentrez à la maison, immigrez en Israël »
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Galant aux juifs de France : « rentrez à la maison, immigrez en Israël »

Près d'une centaine de tombes juives ont été profanées en Alsace mardi, jour d'un rassemblement contre l'antisémitisme en France

Yoav Galant s'exprime lors d'une cérémonie de signature d'un accord pour la construction de nouveaux appartements à Haïfa, le 19 mars 2018. (Flash90)
Yoav Galant s'exprime lors d'une cérémonie de signature d'un accord pour la construction de nouveaux appartements à Haïfa, le 19 mars 2018. (Flash90)

Le ministre israélien de l’Immigration, Yoav Galant, a appelé mardi les juifs à émigrer pour l’Etat hébreu après la profanation d’un cimetière juif dans le nord-est de la France.

« Je condamne vigoureusement l’antisémitisme en France et en appelle aux juifs : rentrez à la maison, immigrez en Israël », a dit M. Galant sur Twitter.

« Environ 80 tombes » du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin), au nord-ouest de Strasbourg, ont été découvertes profanées mardi, a annoncé la préfecture du Bas-Rhin qui a condamné « avec la plus grande fermeté » un « acte antisémite odieux ». Un chiffre revu à la hausse dans l’après-midi – 96 tombes.

« Ce mardi 19 février, environ 80 sépultures du cimetière israélite de Quatzenheim ont été découvertes profanées », indique dans un communiqué la préfecture, alors que plusieurs rassemblements sont prévus mardi en France contre la hausse récente des actes antisémites.

Le parquet de Strasbourg, compétent dans cette affaire, a indiqué à l’AFP ouvrir une « enquête de flagrance » confiée à la section de recherches (SR) de la gendarmerie de la capitale alsacienne.

Selon un photographe de l’AFP, les tombes ont été marquées à la bombe de croix gammées bleues et jaunes. Une sépulture porte également l’inscription « Elsassisches Schwarzen Wolfe » (« Les loups noirs alsaciens »), possible référence à un groupe autonomiste alsacien actif dans les années 70.

« La profanation (de ce) cimetière réveille les images de périodes sombres dans l’histoire du peuple juif », a dit M. Galant. Il a indiqué qu’il avait rendu visite la semaine passée à la communauté juive de Paris. Celle-ci fait face à une « offensive antisémite et au processus d’assimilation », a-t-il dit.

« L’assimilation » – sociale ou culturelle à travers le mariage par exemple – de leurs coreligionnaires à leur milieu environnant est une préoccupation d’un certain nombre de juifs inquiets de la préservation de leur identité.

Une photo prise le 20 février 2019 à Quatzenheim montre des svastikas peintes sur des tombes dans un cimetière juif, le jour d’une marche nationale contre une recrudescence des attaques antisémites. – Environ 80 tombes ont été vandalisées dans un cimetière du village de Quatzenheim, près de la frontière avec l’Allemagne, dans la région Alsace. (Crédit : Frederick FLORIN / AFP)

D’autres croix gammées ont été marquées à la bombe sur le portail d’une maison, en lisière du cimetière, et sur le mur d’enceinte. L’accès au cimetière a été rapidement bouclé par la gendarmerie, les journalistes, photographes et caméramen étant tenus à distance.

Cité dans le communiqué de la préfecture, Jean-Luc Marx, préfet du Bas-Rhin, a condamné « avec la plus grande fermeté cet acte antisémite odieux et exprime son soutien le plus total à la communauté juive qui a une nouvelle fois été prise pour cible ». « L’antisémitisme porte atteinte aux valeurs de la République que tous les Français ont en partage. Aucune violence, aucune manifestation de haine ou d’intolérance ne doit mettre en péril le vivre ensemble », a-t-il ajouté.

« Ça ne s’arrête plus, c’est secousse après secousse. Je ne sais combien de temps on va tenir (…) J’ai envie de vomir », a indiqué à l’AFP Maurice Dahan, président du consistoire israélite du Bas-Rhin.

Isaac Herzog, président de l’Agence juive, organisation paragouvernementale chargée de l’immigration en Israël, a vu dans la profanation « une indication supplémentaire de l’antisémitisme rampant qui se répand à travers l’Europe et menace les juifs jusque dans la rue ». « Il est temps que les gouvernements se réveillent », a-t-il tweeté.

Isaac Herzog prend la parole devant un groupe d’experts lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018. (Crédit : autorisation)

Des appels comme celui de M. Galant ne sont pas une première. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait irrité les dirigeants français en 2015 en lançant aux juifs de France qu’Israël était leur « foyer », après l’assassinat de quatre juifs – Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham par un jihadiste à l’Hyper Cacher de Vincennes.

Il avait récidivé peu après, à la suite d’un assassinat au Danemark, en s’adressant aux juifs d’Europe pour leur dire qu’Israël les attendait « les bras ouverts ».

Le Premier ministre français de l’époque, Manuel Valls, avait estimé que la campagne électorale alors en cours en Israël – comme aujourd’hui – pour les législatives n’autorisait pas « n’importe quelle déclaration ».

En 2004, le Premier ministre Ariel Sharon avait agacé Paris en appelant les juifs de France à immigrer « immédiatement » en Israël à cause d’un « antisémitisme déchaîné ».

Israël, nation du peuple juif, s’est pour une large part construit comme un refuge. L’immigration des juifs en Israël (« alyah »), élément fondamental de la politique nationale, était encouragée par l’Agence juive avant même la création de l’Etat d’Israël en 1948.

Depuis 1948, plus de trois millions de juifs ont fait leur alyah pour échapper aux persécutions ou au nom de l’idéal sioniste.

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