GB : le Mouvement juif travailliste soutient Lisa Nandy pour diriger le parti
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GB : le Mouvement juif travailliste soutient Lisa Nandy pour diriger le parti

Sévère critique des politiques israéliennes à l'égard des Palestiniens, Lisa Nandy a déclaré avoir "honte" de l'antisémitisme au sein du parti

Lisa Nandy, candidate à la présidence du parti travailliste britannique, en janvier 2019 (Capture d'écran : YouTube)
Lisa Nandy, candidate à la présidence du parti travailliste britannique, en janvier 2019 (Capture d'écran : YouTube)

Vendredi, la députée du Parti travailliste britannique Lisa Nandy a reçu le soutien du Mouvement Juif travailliste (JLM) dans la course à la présidence pour remplacer Jeremy Corbyn, chef sortant et très controversé.

Nandy s’est déclarée « honorée » du soutien du JLM.

Le JLM, l’un des plus anciens groupes affiliés au parti, n’a pas envoyé ses membres faire campagne pour les candidats travaillistes avant les élections de décembre dernier. Corbyn a mené les travaillistes vers une cuisante défaite électorale, dans le contexte de tensions sur sa gestion d’accusations d’antisémitisme au sein de sa formation.

Dans le même temps, la ministre des Affaires étrangères du cabinet fantôme, Emily Thornberry, a été éliminée de la course vendredi, après ne pas avoir réussi à obtenir assez de nominations de circonscriptions locales. L’élection se jouera donc entre les trois candidats restants : Nandy, le secrétaire au Brexit, Keir Starmer, et la secrétaire au Trésor, Rebecca Long-Bailey, du cabinet fantôme.

(G-D) Les candidats à la présidence du parti Travailliste, Emily Thornberry, Jess Phillips, Rebecca Long-Bailey, Keir Starmer et Lisa Nandy prennent la pose avant d’exposer leur vision pour le parti lors d’un débat organisé à Liverpool le 18 janvier 2020. (Photo par Paul ELLIS / AFP)

Keir Starmer est actuellement considéré comme favori à l’élection, qui sera décidée le 4 avril. Lisa Nandy a peu de chances de l’emporter. Tous deux sont des candidats centristes, tandis que Rebecca Long-Bailey fait partie du cercle rapproché de Corbyn. Elle est la candidate préférée de l’aile gauche du parti.

Keir Starmer est arrivé de peu en deuxième position lors du vote du JLM, remportant 45 % des suffrages contre 51 % pour Lisa Nandy. Emily Thornberry n’a obtenu que 1,9 % des voix et Rebecca Long-Bailey, 1,4 %.

Jeudi, au cours d’un débat télévisé, tous les candidats se sont excusés auprès des membres juifs du parti pour la gestion de l’antisémitisme au sein de la formation politique. Ils ont reconnu qu’il fallait en faire beaucoup plus pour traiter le problème. Tous ont promis qu’il s’agirait d’une véritable priorité pour eux s’ils étaient élus.

Le député du parti Travailliste Meir Starmer parle aux médias après le lancement de sa campagne pour succéder à Jeremy Corbyn à la tête du parti, à Stevenage en Angleterre, le dimanche 5 janvier 2020. (Aaron Chown / PA via AP)

Lisa Nandy a déclaré avoir « honte » du racisme du parti. Elle a qualifié le problème de menace « existentielle » et ajouté qu’elle avait envisagé de quitter son poste chez les travaillistes à cause de cela. « Nous avons donné le feu vert aux antisémites, a-t-elle déploré. Je ne veux plus jamais aller faire du porte-à-porte avec des membres du parti et être traitée de raciste ».

Elle est aussi la cheffe du groupe parlementaire des Amis travaillistes de la Palestine et du Moyen-orient. Le groupe compte actuellement 91 des 202 députés travaillistes à la Chambre des communes. Keir Starmer et Rebecca Long-Bailey en sont également membres.

Elle a accusé Israël de violer le droit international et les droits humains en Cisjordanie et à Gaza. Elle a qualifié les politiques israéliennes de « déconstruction délibérée des espoirs d’une génération ».

Les travaillistes sont encore sous le choc de leur pire défaite électorale depuis 1935. Le successeur du socialiste Corbyn aura la charge de lutter contre les efforts du Premier ministre Boris Johnson de reformer l’économie britannique après avoir fait sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne, le 31 janvier.

Les accusations d’antisémitisme au sein des rangs du parti ont gangrené le Labour sous la direction de Corbyn. Ces accusations ont été perçues comme un facteur important de la défaite retentissante aux élections de décembre.

Le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, quitte son domicile à Islington, au nord de Londres, le 16 décembre 2019. (Isabel Infantes/PA via AP)

Un certain nombre d’anciens cadres du parti ont accusé ce dernier et ses alliés d’avoir interféré dans les efforts pour traiter le problème, selon un reportage diffusé cet été par la BBC. Corbyn a fait l’objet d’attaques continues – au sein même de sa formation – pour avoir permis à l’antisémitisme de s’y répandre et pour avoir refusé d’adopter la définition intégrale de l’antisémitisme par l’Alliance Internationale pour la Mémoire de la Shoah (IHRA) dans le nouveau règlement intérieur du parti.

Les craintes sur la capacité de Corbyn à diriger le parti se sont développées après des révélations sur des déclarations passées qui ont refait surface depuis qu’il a pris la tête du Parti travailliste. Il avait notamment décrit le Hamas et le Hezbollah comme des « amis », défendu une peinture murale antisémite à East London et avait semblé proche d’antisémites, de terroristes et de négationnistes de la Shoah.

Le virage à gauche brutal des travaillistes opéré lors du mandat de quatre ans de Corbyn a vu le parti s’engager en décembre sur ce qui a été officiellement surnommé « le [programme électoral] le plus radical des temps modernes ».

Le parti avait également absorbé une nouvelle vague d’adhérents qui soutenaient le socialisme et rejetaient la position plus modérée des « Nouveaux Travaillistes » de l’ancien Premier ministre Tony Blair.

Au final, ces nouveaux membres ont décidé de ne pas prendre du tout position sur le Brexit – un choix qui visait à apaiser à la fois les syndicats euro-sceptiques et les électeurs pro-UE autour de Londres.

Les études post-électorales ont montré que les électeurs avaient attribué la défaite des travaillistes à leur indécision concernant le Brexit et à son incapacité à traiter l’antisémitisme.

Rebecca Long-Bailey, secrétaire du cabinet fantôme britannique pour les entreprises, lors d’une conférence du Parti travailliste au Brighton Centre à Brighton, Angleterre, 24 septembre 2019. (AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

Keir Starmer était un membre important du cabinet fantôme de Corbyn et a prononcé un discours clef lors de la dernière conférence du parti en septembre.

« Ne jetez pas à la poubelle le dernier gouvernement travailliste et ne jetez pas à la poubelle les quatre années passées », avait-il exhorté en janvier.

Rebecca Long-Bailey a été étiquetée par les médias comme la candidate de la « continuité de Corbyn » et est soutenue par la gauche dure du parti.

Elle a reconnu que « nous n’avons pas bien fait passer le message » et que « nous n’avons pas traité [l’antisémitisme] efficacement ».

Keir Starmer et elle ont appelé à l’unité du parti et fustigé les neuf dernières années de règne des Conservateurs.

Les prochaines élections générales britanniques auront normalement lieu dans cinq ans.

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