GB : Sauver la fresque d’une église peinte par un artiste juif fuyant les nazis
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GB : Sauver la fresque d’une église peinte par un artiste juif fuyant les nazis

“La Crucifixion" de George Mayer-Marton, né en Hongrie, est laissée sur un mur désaffecté de l'église du Saint Rosaire ; son arrière-petit-neveu espère qu'elle sera préservée

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

La peinture murale "La Crucifixion" dans l'église du Saint Rosaire à Oldham par l'artiste George Mayer-Marton. (Succession de George Mayer-Marton)
La peinture murale "La Crucifixion" dans l'église du Saint Rosaire à Oldham par l'artiste George Mayer-Marton. (Succession de George Mayer-Marton)

En Grande-Bretagne, des militants de la conservation font campagne pour sauver une fresque murale ornant une église et créée par un artiste juif ayant échappé aux nazis.

George Mayer-Marton a été chargé de créer la fresque centrale « La Crucifixion » pour l’église du Saint Rosaire à Oldham, une ville qui fait partie du Grand Manchester dans le nord de l’Angleterre. Elle a été achevée en 1955.

Les efforts pour préserver l’œuvre ont été multipliés après que l’arrière-petit-neveu de Mayer-Marton, Nick Braithwaite, a pu déterminer que les dommages sur une partie de la fresque murale pouvaient être réparés, la restaurant ainsi en une œuvre complète, a déclaré le groupe Save Britain’s Heritage au Times of Israel dans un courriel.

La représentation de Jésus en pierre et en verre, haute de huit mètres, est flanquée de deux fresques représentant Marie et Saint Jean. L’église étant cloisonnée et inutilisée, les militants craignent qu’elle ne soit démolie ou vendue. C’est l’une des deux seules fresques ecclésiastiques de Mayer-Marton qui ont survécu à leur emplacement d’origine.

Une demande de 2017 pour que la fresque soit inscrite au patrimoine officiel du Royaume-Uni a été rejetée « parce qu’on pensait qu’elle n’était que partiellement intacte », a écrit Henrietta Billings, directrice de Save Britain’s Heritage, dans un courriel.

« Cependant, il est apparu que l’élément de la fresque est en fait sous la peinture d’émulsion, et peut, selon les restaurateurs, être restauré avec succès », a déclaré Billings. « Notre principale préoccupation est que la fresque murale soit sauvée de la démolition ou d’éventuels actes de vandalisme ou de négligence. Save aimerait que la peinture murale soit conservée si possible dans l’église – à défaut, [nous aimerions] une nouvelle maison pour l’ensemble de la pièce. »

Photo non datée de l’artiste George Mayer-Morton travaillant à son bureau à Vienne. (Succession de George Mayer-Marton)

En août, Braithwaite, avec le soutien de Save, a soumis de nouveau une demande d’inscription à Historic England, un organisme gouvernemental chargé de préserver l’histoire et le patrimoine du pays, demandant que la grande fresque soit classée comme œuvre d’art protégée.

Le dommage à la peinture a été causé dans les années 1980 lorsqu’un prêtre a peint par-dessus les deux fresques, apparemment lors d’une tentative de réaménagement de l’intérieur de l’église, a déclaré Braithwaite au journal The Guardian.

« Moins on en dit, mieux c’est », a déclaré Braithwaite, qui a décrit la fresque, qu’il a vue de ses propres yeux, comme « très impressionnante en raison de sa taille et de son sens du sublime. »

Mayer-Marton était un juif hongrois qui s’est fait un nom dans le monde artistique viennois de l’entre-deux-guerres. Il a fui l’Autriche après l’annexion du pays par l’Allemagne et a pu obtenir un visa pour le Royaume-Uni.

Les nazis ont ensuite décrété son exclusion de la Chambre nationale des beaux-arts, déclarant qu’il « ne possédait pas l’engagement et la fiabilité nécessaires pour promouvoir la culture allemande », selon l’article.

En Grande-Bretagne, il s’est installé dans la région de St. John’s Wood, au nord de Londres, mais son atelier a été touché pendant le blitz, détruisant l’œuvre de sa vie. Après la guerre, il a enseigné au Liverpool College of Art et a accepté des commandes de peintures murales dans des églises et des écoles. L’une d’entre elles, « La Pentecôte », est exposée dans la cathédrale métropolitaine de Liverpool.

Le Saint Rosaire a été fermé en 2017 dans le cadre d’un plan de restructuration du diocèse catholique local.

« Cela a été un grand choc pour moi », a déclaré Braithwaite au Guardian. « Nous avons demandé au diocèse de ne pas fermer l’église et de garantir que la fresque ne serait pas détruite, mais il n’y avait aucune garantie. »

Le bâtiment est actuellement utilisé comme entrepôt. Il risque d’être endommagé par des fuites d’eau « et il y a toujours la menace de vandalisme », a-t-il dit.

La peinture murale « La Crucifixion » dans l’église du Saint Rosaire à Oldham par l’artiste George Mayer-Marton. (Succession de George Mayer-Marton)

« Depuis la fermeture de l’église du Saint Rosaire en 2017, la protection de l’œuvre d’art rare de George Mayer-Marton a été d’une importance capitale pour nous », a déclaré le diocèse de Salford dans une déclaration au Guardian. « Nous avons pris des mesures pour améliorer la sécurité de l’édifice afin de garantir la sûreté de l’œuvre et nous avons coopéré avec les parties qui ont manifesté un intérêt pour celle-ci. »

Le diocèse « s’est engagé à trouver un nouveau domicile pour l’œuvre d’art, et nous continuons à explorer les possibilités de trouver un endroit où elle pourra être exposée en permanence et mise à la disposition du public pour les années à venir », selon la déclaration.

Au début de ce mois, Braithwaite a écrit au comité du patrimoine de l’église catholique pour l’avertir que le diocèse ne pourrait déplacer que la peinture murale et non sauver les fresques.

Une décision de Historic England sur l’inscription de la fresque devrait être prise d’ici la fin de l’année, selon l’article.

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