Gideon Saar, du Likud, fustige la loi sur l’immunité de Netanyahu
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Gideon Saar, du Likud, fustige la loi sur l’immunité de Netanyahu

La législation "offre zéro bénéfice et entraîne des dégâts maximaux", a averti l'influent député, des propos vertement critiqués par les responsables du Likud

Gideon Saar, membre du parti du Likud, pendant la campagne électorale, durant une visite du marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 4 avril 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Gideon Saar, membre du parti du Likud, pendant la campagne électorale, durant une visite du marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 4 avril 2019 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Un député influent du Likud qui a déjà eu l’occasion d’affronter, dans le passé, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a vivement critiqué jeudi l’initiative prise par le parti d’adopter une loi spéciale qui accorderait l’immunité au Premier ministre face aux poursuites judiciaires tant qu’il resterait à son poste.

« Cette législation n’offre aucun bénéfice et entraîne des dégâts maximaux », a averti le député Gideon Saar lors d’une interview avec la Douzième chaîne, alors que des informations laissent entendre que le Premier ministre aurait prôné un tel texte et qu’il donnerait actuellement des instructions aux députés du Likud sur la manière de le vendre à l’opinion publique.

Netanyahu devrait être inculpé dans les prochains mois dans trois enquêtes pour corruption sous réserve d’une audience organisée par le procureur général Avichai Mandelblit.

Alors que Saar n’a pas fait savoir quel serait son vote sur une telle législation sur l’immunité, il a noté que « nous avons dit au cours de la récente campagne électorale que nous ne ferions pas cela. Je pense qu’une telle loi va nuire au Likud et qu’elle ne viendra pas en aide au Premier ministre. »

Saar a ajouté qu’il « n’est pas le seul à être inquiet » parmi les hauts-responsables de son parti.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux de Jérusalem, le 31 décembre 2017 (AFP PHOTO / POOL / GALI TIBBON)

Netanyahu avait indiqué le 24 mars, à l’apogée de la campagne électorale, qu’il était « hors de question » de faire adopter une loi sur l’immunité parlementaire, et il avait insisté sur le fait qu’il avait rejeté des initiatives prises par des députés de droite dans le passé qui avaient essayé de faire adopter de tels textes.

Netanyahu n’a pas nécessairement besoin d’une nouvelle loi pour tenter de se protéger, a répété Saar à plusieurs reprises au cours de son interview. En vertu de la loi existante, les membres de la Knesset peuvent bénéficier d’une immunité si une majorité des députés sont convaincus que la personnalité mise en cause a été injustement traitée ou que les accusations à son encontre ont été basées sur une discrimination ou qu’elles ont été lancées « de mauvaise foi ».

« La Knesset peut lui accorder l’immunité si elle est convaincue qu’il a été victime d’une vendetta – c’est ce que pense Netanyahu », avait expliqué l’expert juridique Mordechai Kremnitzer au Times of Israel à la fin de l’année dernière.

Toutefois, si la Knesset devait accorder l’immunité à Netanyahu face aux poursuites, cette initiative entraînerait sans aucun doute des plaintes devant la Cour suprême israélienne. Netanyahu aurait par ailleurs réfléchi à une loi visant à limiter les capacités d’intervention de la plus haute instance judiciaire israélienne dans de tels dossiers.

Même s’il a fustigé la loi sur l’immunité, jeudi, Saar a également défendu le droit de Netanyahu à continuer à occuper son poste de Premier ministre s’il devait être inculpé.

La loi israélienne autorise un Premier ministre à rester en poste jusqu’à ce qu’il soit condamné par un tribunal pour un crime catégorisé comme relevant de la « turpitude morale ». Il ne doit par ailleurs quitter ses fonctions que seulement lorsque tous les appels ont été épuisés.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu salue ses sympathisants après la clôture du scrutin des élections générales israéliennes à Tel Aviv, Israël, le mercredi 10 avril 2019. (AP Photo/Ariel Schalit)

« Il est indubitable que la loi dit explicitement qu’il peut conserver sa fonction », a dit Saar, soulignant que les électeurs avaient voulu de lui malgré ses déboires judiciaires, ce qui avait été confirmé par les résultats obtenus le 9 avril par le Likud.

« Le public, qui connaissait les soupçons, a voté malgré tout pour Netanyahu, alors je ne pense pas qu’il y ait ici quelque chose qui empêche le Premier ministre de servir », a-t-il dit. « Je pense que le choix démocratique effectué par les électeurs pèse très lourd dans cette situation. »

Saar s’est immédiatement attiré les foudres – anonymes – de sources au sein du parti du Likud.

« Saar est un tartufe et il s’attelle encore à saper Netanyahu », aurait dit l’une d’elle après la diffusion de l’entretien, des propos repris par la Douzième chaîne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serre la main de Gideon Saar à son arrivée au centre du patrimoine Menachem Begin à Jérusalem, le 11 mars 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ce n’est pas un hasard si les médias de gauche cajolent sans arrêt Gideon Saar, parce qu’il ne rate aucune occasion de saper Netanyahu pour tenter de le renverser », a continué un autre.

Netanyahu, pendant longtemps, est entré en conflit avec les politiciens du Likud jouissant d’une certaine popularité qu’il considérait comme des adversaires futurs potentiels. La liste est longue et elle inclut plusieurs législateurs et activistes qui ont finalement quitté les rangs du Likud pour prendre la direction d’autres partis de droite susceptibles de siéger au sein de la coalition. Parmi eux, HaBayit HaYehudi, Koulanou et Yisrael Beytenu.

L’une de ces querelles publiques les plus longues aura opposé le Premier ministre à Saar, ancien numéro deux du parti. Netanyahu aura activement et ouvertement tenté d’entraver sa campagne lancée lors de la constitution de la liste du Likud, avant les élections du mois d’avril.

Mercredi, la Douzième chaîne a fait savoir que Netanyahu avait mis un terme à des semaines « d’indécision » et qu’il s’était engagé à faire adopter une loi qui garantirait qu’il ne serait pas poursuivi en justice tant qu’il resterait Premier ministre.

Mandelblit avait annoncé au mois de février son intention d’inculper Netanyahu, sous réserve d’une audience, pour fraude et abus de confiance dans trois dossiers et pour pots-de-vin dans l’un d’entre eux.

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d’une conférence à l’Université Bar-Ilan à Ramat Gan, le 28 mars 2019. (Flash90)

Le Premier ministre a nié de manière répétée toute malversation et clamé que ces enquêtes relevaient d’une tentative de la part des médias et de la gauche israélienne de le déchoir du pouvoir, avec le soutien d’une équipe d’enquêteurs « malhonnêtes », supervisée par un procureur général « médiocre ».

Dans l’Affaire 1 000, qui implique des cadeaux et des avantages dont aurait bénéficié Netanyahu de la part de bienfaiteurs milliardaires – et notamment du producteur hollywoodien né en Israël Arnon Milchan – en échange de faveurs diverses, Mandelblit a fait savoir qu’il avait l’intention d’inculper Netanyahu pour fraude et abus de confiance.

Dans l’Affaire 2 000, dans laquelle le président du Likud est accusé d’avoir tenté de conclure un accord de compromis avec le propriétaire du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, pour affaiblir une publication rivale contre une couverture plus positive des actions du Premier ministre dans le Yedioth, Mandelblit réclamera l’inculpation de Netanyahu pour fraude et abus de confiance et celle de Mozes pour corruption.

Dans l’Affaire 4 000 – considérée comme la plus grave – le Premier ministre est accusé d’avoir prôné des décisions de régulation qui auraient profité à Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire du géant des télécommunications Bezeq, pour des centaines de millions de dollars en échange d’une couverture positive de ses actions sur le site d’information Walla. Dans ce dossier, Mandelblit a fait savoir qu’il voulait inculper les deux hommes pour corruption.

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