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HaTzionout HaDatit, une force montante dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem

Si les partis haredi restent dominants, un électeur de Har Nof affirme que "le parti d'extrême droite a du pouvoir" : "Ce qu'ils disent qu'ils feront, ils le font"

Un panneau d'affichage communautaire présente des affiches électorales dans le quartier haredi de Har Nof, e jour des élections, le 1er novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)
Un panneau d'affichage communautaire présente des affiches électorales dans le quartier haredi de Har Nof, e jour des élections, le 1er novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)

Sur la clôture à l’extérieur d’un bureau de vote de Har Nof, à quelques centaines de mètres de la maison du défunt chef spirituel du parti Shas, le rabbin Ovadia Yosef, la couleur jaune accrocheuse des affiches de campagne de Shas et le vert profond des affiches de Yahadout HaTorah contrastaient avec le petit nouveau du quartier : le bleu foncé de HaTzionout HaDatit.

Les votes exprimés dans ce quartier ultra-orthodoxe du nord-ouest de Jérusalem sont traditionnellement répartis entre le Shas, de la part des électeurs séfarades et Yahadout HaTorah, que les partisans – les orthodoxes ashkénazes – appellent simplement Gimmel, du nom de la lettre hébraïque figurant sur les bulletins de vote.

Plus de 12 000 bureaux de vote ont ouvert dans tout le pays mardi matin pour permettre à environ 6,8 millions d’électeurs israéliens de voter, alors que les citoyens se rendent aux urnes pour la cinquième fois en moins de quatre ans.

Un habitant de Har Nof, qui s’est présenté sous le seul nom de Zik, a expliqué que depuis la mort, en mars, du rabbin Chaim Kanievsky, le rabbin le plus puissant de la communauté haredi lituanienne non hassidique, « les gens ont le sentiment de ne pas avoir de rabbin qui leur dise quoi faire, et pourraient donc changer leur vote ».

Il a ajouté que la plupart de ces électeurs étaient attirés par le parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, dirigé par Bezalel Smotrich et comprenant le controversé mais de plus en plus populaire Itamar Ben Gvir, qui se décrit comme un disciple du rabbin extrémiste et ancien député Meir Kahane, dont le parti Kach a été interdit et classé comme groupe terroriste en Israël et aux États-Unis. Comme feu Kahane, Ben Gvir a été condamné pour de multiples accusations de terrorisme, bien qu’il insiste également sur le fait qu’il s’est modéré ces dernières années et qu’il ne partage pas les mêmes croyances que le fondateur de Kach.

Ephraim Laniardo, qui a déclaré avoir déjà voté à la fois pour Shas et Yahadout HaTorah a déclaré au Times of Israel qu’il avait voté pour HaTzionout HaDatit mardi parce que « les gens voient qu’il y a du pouvoir là-bas. Ce qu’ils disent qu’ils vont faire, ils le font. Pas de si ou de mais… c’est prouvé par des actions ».

Comme une grande partie de la population haredi, Laniardo ne se considère pas comme un sioniste, bien qu’il ait voté pour un parti qui revendique son sionisme jusque dans son appellation. « Ces gens croient en l’État, et ils veulent le réformer de l’intérieur, pour influencer le système juridique et la sécurité », a-t-il dit, ajoutant que, pour sa communauté, le caractère juif de l’État prime sur les valeurs démocratiques.

Un panneau d’affichage situé à proximité – le support joue un rôle primordial dans la communication au sein d’une société où l’accès à Internet est strictement contrôlé – affichait une photo du défunt rabbin Yosef avec les mots « Je vous en supplie ! » ainsi que la question « Qui pourrait résister aux larmes de notre rabbin ? ».

Une famille sort d’un bureau de vote de la rue Hakablan, dans le quartier Har Nof de Jérusalem, le jour des élections, le 1er novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)

Une autre pancarte, en yiddish, montrait la photo d’un dirigeant de la mouvance hassidique Vizhnitz, ainsi qu’un appel à voter non pas pour la « gloire des dirigeants » mais « pour la gloire du Ciel ».

Malgré les signes de changements politiques au sein de la société haredi, la plupart de ses membres restent fermement attachés aux partis pour lesquels ils ont toujours voté.

Lorsqu’on leur a demandé pour qui ils allaient voter, une famille, à l’unisson, s’est fièrement exclamée « Gimmel ! ». La mère, qui a demandé à rester anonyme, a ajouté que « rien n’a changé » pour influencer leur vote. « Seulement Gimmel », a-t-elle réaffirmé.

Un autre électeur, qui n’a donné que son prénom – Yaakov – et était vêtu d’une tenue traditionnelle haredi, a déclaré qu’il était venu par avion des États-Unis spécialement pour voter pour la première fois en 40 ans.

« Ils essaient de faire disparaître le judaïsme ici – cela ne peut pas arriver. J’ai voté pour le bloc de droite, avec l’aide de Dieu », a-t-il déclaré. « Le bloc de droite est pour Dieu. Tout le monde doit voter pour Dieu. C’est le travail de tous les Juifs, qu’ils soient religieux ou simplement traditionalistes. »

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