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Herzog accueilli à Ankara avec la garde d’honneur

Recep Tayyip Erdogan a récemment dit s'attendre à ce que la visite du président israélien "ouvre un nouveau chapitre" dans leurs rapports

Le président Isaac Herzog et le président turc Recep Tayyip Erdoğan devant le complexe présidentiel à Ankara, le 9 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le président Isaac Herzog et le président turc Recep Tayyip Erdoğan devant le complexe présidentiel à Ankara, le 9 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le président Isaac Herzog a atteri à Ankara où il va effectuer la première visite d’un chef d’Etat israélien depuis 2007, avec pour ambition « relancer » des relations bilatérales qui s’étaient tendues ces dix dernières années.

Herzog s’est rendu mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le père fondateur de la Turquie moderne pour la première étape de sa visite en Turquie en déposant une gerbe

Herzog et son épouse ont également visité le musée Anıtkabir Atatürk, où le président écrit le message suivant dans le livre d’or du Mémorial.

« C’est un grand privilège de visiter ce site historique, qui immortalise le grand visionnaire Mustafa Kemal Atatürk. Puissions-nous suivre la sagesse de l’héritage de progrès et de paix de ce grand leader, en choisissant hardiment la voie de la collaboration et en accueillant les nombreux fruits à récolter de la promesse d’un monde plus sûr et plus stable pour nos nations, nos croyances, notre région et le monde », écrit-il en anglais.

Le président Isaac Herzog dépose une gerbe au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le père fondateur de la Turquie moderne, le 9 mars 2022 (Crédit : Haim Zach/GPO.)
La note laissée par le président Isaac Herzog dans le livre d’or du Mémorial Mustafa Kemal Atatürk en Turquie le 9 mars 2022. (Haim Zach/GPO)

Il termine ensuite par une citation hébraïque du livre des Psaumes, chapitre 34.

« Éloigne-toi du mal, et fais le bien ; cherche la paix, et poursuis-la ».

Il a ensuite pris la direction du complexe présidentiel où il a été accueilli par le président turc Recep Tayyip Erdogan avec une garde d’honneur.

M. Herzog, dont le poste est largement honorifique, doit rencontrer à Ankara son homologue qui s’est fait ces dernières années l’ardent défenseur de la cause palestinienne, compliquant les relations avec l’Etat hébreu.

« Nous ne serons pas d’accord sur tout, et les relations entre Israël et la Turquie ont certainement connu des hauts et des bas et des moments difficiles ces dernières années, mais nous allons essayer de relancer les relations et de les construire de manière mesurée et prudente », a déclaré M. Herzog quelques minutes avant de décoller pour Ankara.

Herzog a affirmé que les objectifs diplomatiques de sa visite sont entièrement coordonnés avec le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid.

La visite, préparée depuis des semaines, intervient alors que les deux pays ont lancé séparément une médiation entre la Russie et l’Ukraine et le conflit pourrait s’immiscer dans leur entretien.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président israélien Isaac Herozg. (Crédit : montage AP)

Mais les questions bilatérales vont probablement dominer la rencontre, après plus de 10 ans de froid diplomatique.

Les relations sont tendues depuis l’affaire du Mavi Marmara en 2010, lorsque des forces israéliennes ont lancé un assaut meurtrier sur un navire turc tentant d’acheminer de l’aide à la bande de Gaza, enclave palestinienne sous blocus israélien.

Les deux pays avaient ensuite rappelé leurs ambassadeurs en 2018 après la mort de manifestants palestiniens à Gaza.

Recep Tayyip Erdogan a récemment dit s’attendre à ce que la visite de M. Herzog, avec lequel il s’est entretenu à plusieurs reprises depuis l’investiture de l’Israélien en juillet, « ouvre un nouveau chapitre » dans leurs rapports.

A la mi-novembre, il avait échangé avec son homologue israélien et le Premier ministre de l’Etat hébreu, Naftali Bennett – le premier entretien entre un Premier ministre israélien et M. Erdogan depuis 2013 -, quelques heures après la libération et le retour dans leur pays d’un couple de touristes israéliens accusés d’espionnage et détenus en Turquie.

Le Premier ministre Naftali Bennett (g) et le président turc Recep Tayyip Erdogan. (Crédit montage : AP)

Cet incident s’est avéré être « un tournant » car il a permis de « générer un dialogue entre les parties israélienne et turque et a créé une opportunité pour de meilleures relations », note Gallia Lindenstrauss, analyste israélienne à l’Institut des études stratégiques à Tel-Aviv.

« Modération » 

Selon des responsables israéliens, MM. Herzog et Erdogan pourraient discuter de la possibilité d’exporter du gaz israélien vers l’Europe via la Turquie, une question au centre de l’actualité alors que les Européens cherchent à réduire leur dépendance au gaz russe.

Israël avait conclu en 2020 un accord avec Chypre et la Grèce portant sur la construction d’un gazoduc devant acheminer du gaz vers l’Europe, un projet qui avait suscité l’opposition de la Turquie.

Israël, Chypre et la Grèce, trois alliés en Méditerranée orientale ayant multiplié les rencontres trilatérales ces dernières années, partagent une même animosité envers Ankara.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’exprime avant la huitième réunion Grèce-Chypre-Israël aux côtés du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis (à gauche) et du président chypriote Nicos Anastasiades. (Crédit ; Amos Ben Gershom/GPO)

Les trois pays participent également au Forum du gaz de la Méditerranée orientale avec d’autres pays de la région, mais qui exclut la Turquie.

En janvier, le président turc s’était dit prêt à coopérer avec Israël sur le projet de gazoduc, marquant la volonté d’Ankara de renouer les liens.

Pour la Turquie, la frustration découlant de son exclusion des discussions sur le gaz, ainsi qu’une crise économique domestique et des rapports qui se sont récemment distendus avec Washington, poussent à vouloir reprendre contact avec Israël, décrypte Mme Lindenstrauss.

Le président israélien s’est rendu fin février à Athènes pour une visite destinée à rassurer son allié grec avant le déplacement en Turquie.

Pour Gallia Lindenstrauss, le réchauffement des relations entre Israël et la Turquie pourrait « se révéler être une bonne nouvelle pour la Grèce et Chypre aussi, s’il se traduit par plus de modération dans la politique étrangère turque ».

Isaac Herzog doit également rencontrer jeudi des membres de la communauté juive à Istanbul avant son retour en Israël.

Tal Schneider a contribué à cet article.

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