Rechercher

Hommage des organisations juives à Gorbatchev, libérateur des Juifs soviétiques

L’ex-président laisse le souvenir d’un humaniste qui a permis aux Juifs de pratiquer librement leur religion et d’émigrer, ce qu’ils ont fait massivement, à son grand regret

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

George Bush et Mikhail Gorbatchev à la Conférence de paix de Madrid, en 1991. (Crédot : Pascal Le Segretain/Sygma via Getty Images)
George Bush et Mikhail Gorbatchev à la Conférence de paix de Madrid, en 1991. (Crédot : Pascal Le Segretain/Sygma via Getty Images)

Les organisations juives ont rendu hommage à Mikhaïl Gorbatchev, décédé mardi, rappelant que le dirigeant avait levé le rideau de fer et permis à quelque deux millions de Juifs soviétiques de pratiquer librement leur religion et d’émigrer, ce que la grande majorité avait fait.

Au pouvoir entre 1985 et 1991, Gorbatchev a mené la politique de la « glasnost » (ouverture), permettant aux Juifs soviétiques de pratiquer ouvertement leur foi, parler yiddish et hébreu, imprimer et distribuer des publications juives et étudier les textes juifs.

Il a fini par rouvrir l’Union soviétique au reste du monde et permis aux Juifs d’émigrer, en Israël, aux États-Unis, au Canada et en Europe.

Entre 1989 et 1999, ce sont plus de 750 000 Juifs soviétiques qui ont immigré en Israël, selon les données recueillies par le professeur Mark Tolts, de l’Université hébraïque. Selon lui, la population juive de l’ex-Union soviétique serait passée de plus de deux millions en 1970 à moins d’un quart de million en 2019. (À la suite de l’invasion russe de l’Ukraine cette année, le nombre aurait encore diminué de 31 0000.)

En tant que premier, dernier et unique président de l’Union soviétique – jusque-là dirigée par un président du Présidium du Soviet suprême – Gorbatchev a reconnu publiquement en 1991 ce que l’on savait depuis longtemps : l’Union soviétique avait un problème d’antisémitisme.

« Les germes venimeux de l’antisémitisme sont apparus sur le sol soviétique », avait écrit Gorbatchev dans un discours prononcé par son assistant, en 1991, à Babyn Yar en Ukraine, lieu d’un des plus grands massacres de Juifs de la Shoah.

Des participants à une manifestation de juifs soviétiques brandissent des pancartes dans une rue de Washington, le 6 décembre 1987 (Crédit : AP Photo/Ira Schwarz)

« La bureaucratie stalinienne, qui s’est publiquement dissociée de l’antisémitisme, l’a en fait utilisée comme un moyen d’isoler le pays de l’extérieur et de renforcer sa position dictatoriale à l’aide de réflexes chauvinistes », déclarait Gorbatchev dans ce qui était à l’époque la condamnation la plus franche et la plus véhémente de l’antisémitisme par un responsable soviétique.

Pour son rôle dans la renaissance du judaïsme dans l’Union des républiques socialistes soviétiques et l’autorisation donnée à la plupart des Juifs d’émigrer, Gorbatchev est salué comme un homme d’État humaniste par les principales organisations et dirigeants juifs.

« Repose en paix, Mikhaïl Gorbatchev, toi dont les efforts pour ouvrir la société soviétique ont contribué à mettre fin à la guerre froide et aux persécutions endurées par des millions de Juifs soviétiques, qui ne pouvaient ni vivre ouvertement ni émigrer librement », a déclaré William Daroff, PDG de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, dans une publication sur Twitter.

De son vivant, Gorbatchev a longtemps déploré que tant de Juifs soviétiques aient décidé de quitter le pays, persuadé que cela provoquerait une fuite des cerveaux.

A la veille de la première visite de Mikhaïl Gorbatchev aux Etats-Unis en 1987, 250000 activistes ont défilé sur Washington DC pour réclamer la liberté pour les juifs soviétiques. (Avec l’aimable autorisation de la Conférence nationale sur les juifs soviétiques)

« Nous avons rétabli le droit d’émigrer. Mais, pour être parfaitement honnête, nous… nous regrettons grandement que nos compatriotes [juifs] partent, que le pays perde tant de gens talentueux, habiles et entreprenants », déclarait Gorbatchev lors de la commémoration de 1991 à Babyn Yar.

Le rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens et ancien grand rabbin de Moscou, a publié sur Twitter que « 3 millions de Juifs soviétiques devaient leur liberté » à [Gorbatchev].

L’American Jewish Committee, l’une des organisations les plus engagées dans le défense des intérêts de la communauté juive soviétique, a rendu hommage à Gorbatchev pour avoir accordé une plus grande liberté au peuple soviétique, libéré des prisonniers politiques et permis aux Juifs soviétiques d’émigrer.

« Le Congrès juif mondial pleure la mort de Mikhaïl Gorbatchev, grand homme d’État, défenseur de la liberté et des droits de l’homme, et véritable ami du peuple juif qui, par ses actions, a permis à d’innombrables Juifs soviétiques de retrouver leur identité profonde. J’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille », a déclaré le président du Congrès juif mondial, Ronald S. Lauder, dans un communiqué.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...