Implantations : HRW et Kerem Navot pressent Booking.com d’imiter Airbnb
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Implantations : HRW et Kerem Navot pressent Booking.com d’imiter Airbnb

"Des Israéliens et des étrangers peuvent louer des logements dans les colonies, ce qui est dans la pratique interdit aux détenteurs de papiers palestiniens", selon les deux ONG

Le logo de Booking.com (Autorisation)
Le logo de Booking.com (Autorisation)

L’ONG américaine Human Rights Watch et l’ONG israélienne Kerem Navot ont appelé mardi le site de tourisme Booking.com à suivre l’exemple d’Airbnb et à cesser de proposer des locations de logements dans les implantations israéliennes de Cisjordanie.

Les implantations civiles israéliennes sont illégales au regard du droit international et la communauté internationale les considère comme un des principaux obstacles à la paix entre Palestiniens et Israéliens, ce que conteste le gouvernement israélien.

« Booking.com et d’autres entreprises contribuent à pérenniser un régime discriminatoire en Cisjordanie en poursuivant leurs activités en Cisjordanie », écrivent Human Rights Watch (HRW) et Kerem Navot dans un rapport publié mardi et intitulé « Bed and Breakfast en terre volée ».

La plate-forme de réservation de logements en ligne Airbnb a annoncé lundi qu’elle renonçait à faire des offres dans les implantations de Cisjordanie, provoquant la colère et les menaces de sanctions israéliennes.

« Des Israéliens et des étrangers peuvent louer des logements dans les colonies, ce qui est dans la pratique interdit aux détenteurs de papiers d’identité palestiniens », écrivent les deux ONG. Elles disent n’avoir connaissance d’aucune autre situation semblable dans le monde dans laquelle les propriétaires listés par Airbnb n’ont « pas d’autre choix que de pratiquer la discrimination à l’encontre de leurs hôtes en raison de leur origine nationale ou ethnique ».

Elles dénoncent le fait que des propriétaires palestiniens de terrains ne peuvent pas séjourner dans un logement bâti sur leur propre terre.

Le rapport a répertorié 139 logements proposés par Airbnb dans des implantations de Cisjordanie entre mars et juillet 2018 et 26 annonces pour Booking.com.

Dix-sept de ces logements ont été construits sur des terrains dont les autorités israéliennes ont reconnu qu’ils appartenaient à des Palestiniens avant d’être saisis, dit le rapport.

Interrogé par courrier électronique par l’AFP sur l’éventualité d’imiter Airbnb, Booking Holdings, basé aux Etats-Unis et propriétaire de Booking.com, n’a pas indiqué si sa politique allait être modifiée, affirmant que « la mission de Booking.com est de permettre à chacun de voyager à travers le monde » et ceci, « toujours en conformité avec les lois du pays ».

En août, la compagnie hollandaise Booking.com avait temporairement classé Jérusalem, comme une implantation.

Fondé en 1997, Booking.com propose maintenant plus de 28 millions de logements dans plus de 138 000 destinations de 229 pays et territoires à travers le monde. Plus d’1,5 million de chambres sont réservées quotidiennement sur la plate-forme, selon l’entreprise.

La plupart des pays du monde ne reconnaissent pas Jérusalem comme la capitale d’Israël, même après la reconnaissance américaine en décembre 2017. La souveraineté israélienne sur la partie occidentale de la ville est cependant reconnue internationalement. Le contrôle d’Israël sur le partie Est, que l’Etat juif a annexée dans les années 1980, est contesté et est considéré comme illégal par de nombreux pays et organisations internationales, y compris l’Union européenne (UE) et les Nations unies.

Yariv Levin, ministre du Tourisme, le 24 juillet 2012. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Le ministre israélien du Tourisme, Yariv Levin (Likud), a de nouveau évoqué des sanctions contre Airbnb mardi sur la radio publique, à la suite de la décision « hypocrite et révoltante » de cette plate-forme. Il a brandi la menace de plaintes qui seraient déposées aux Etats-Unis contre Airbnb dans les Etats où cela est possible.

Le gouvernement israélien combat depuis des années tout ce qui ressemble à une entreprise de boycott, qu’il assimile à une menace stratégique et dénonce comme une remise en cause de la légitimité d’Israël.

Moria Shapira, une Israélienne habitant l’avant-poste d’Adei Ad en Cisjordanie et propriétaire d’un appartement qu’elle loue sur Airbnb, se dit « sous le choc » après la décision de la plate-forme.

« Juste à côté de nous, à Ramallah et Rawabi, il y a des annonces de location sur Airbnb et ça ne me pose aucun problème », déclare-t-elle à l’AFP. « Mais on ne doit pas m’interdire de faire de même ».

Nati Rom, un avocat israélien vivant dans l’avant-poste d’Esh Kodesh, souligne que la région a vu affluer des touristes depuis l’Italie, la Suède ou encore Singapour.

« C’est dommage de voir des organisations israéliennes nous causer du tort et encore plus dommage de voir Airbnb se soumettre à cette pression antisémite », a-t-il déploré, faisant référence à l’ONG Kerem Navot.

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