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Institut Weizmann: Les édulcorants artificiels ne devraient plus être considérés comme sûrs

Des chercheurs ont découvert que certains substituts au sucre modifiaient les bactéries intestinales et pourraient nuire à la capacité de traiter le glucose

Illustration : Une personne ajoutant de l'édulcorant à son café. (Crédit : Nensuria via iStock by Getty Images)
Illustration : Une personne ajoutant de l'édulcorant à son café. (Crédit : Nensuria via iStock by Getty Images)

Un scientifique israélien affirme que les édulcorants artificiels ne devraient plus être considérés comme sûrs, après que son laboratoire a publié des recherches suggérant qu’ils pourraient en réalité augmenter les niveaux de sucre dans le corps.

Le professeur Eran Elinav, immunologue à l’Institut Weizmann des sciences, a déclaré au Times of Israel qu’à moins qu’il ne soit prouvé que les inquiétudes de son équipe soient infondées, « nous ne devrions pas supposer qu’ils sont sans danger ».

Selon l’étude, publiée dans la revue Cell, la consommation de saccharine et de sucralose nuit à la capacité des adultes en bonne santé à éliminer le glucose de leur organisme.

Il s’agit d’une recherche sur l’homme attendue depuis longtemps par l’équipe israélienne qui avait tiré la sonnette d’alarme sur les édulcorants artificiels il y a huit ans, à partir d’une étude faite sur des rongeurs.

À l’époque, les scientifiques avaient fait valoir que les substituts au sucre avaient été introduits pour satisfaire les envies de sucré tout en étant moins nocifs pour le taux de glucose, mais qu’ils « pouvaient avoir directement contribué à renforcer le phénomène qu’ils étaient, à l’origine, censés combattre ».

Aujourd’hui, ils ont largement corroboré leur étude sur les rongeurs en suivant des dizaines d’adultes, qui normalement évitent assidûment les édulcorants artificiels, lorsqu’ils en consomment.

« Notre essai a montré que les édulcorants non nutritifs peuvent altérer les réponses au glucose en modifiant notre microbiote », a déclaré Elinav.

Iillustration : Des bactéries intestinales, qui aident à contrôler la digestion intestinale. (Crédit : iStock via Getty Images)

Ces résultats remettent fortement en question l’hypothèse selon laquelle les édulcorants apportent un goût sucré inoffensif sans aucune conséquence sur notre santé, a ajouté Elinav.

La recherche a été menée par le Dr Jotham Suez, ancien étudiant diplômé d’Elinav et désormais chercheur principal à la faculté de médecine de l’université John Hopkins, avec Yotam Cohen, étudiant diplômé du laboratoire d’Elinav, et le professeur Eran Segal de l’Institut Weizmann.

Les scientifiques ont mené leur expérience en s’appuyant sur les quatre édulcorants les plus courants : la saccharine, le sucralose, l’aspartame et la stévia. Les deux premiers ont semblé altérer de manière significative la réponse au glucose, mais tous ont provoqué des changements dans les bactéries intestinales, le microbiote.

Les niveaux de glucose chez les participants à l’essai qui ont pris différents édulcorants, et chez ceux qui faisaient partie des groupes témoins. Les groupes de contrôle sont étiquetés « contrôle » et « véhicule ». (Crédit : Institut Weizmann des sciences)

Elinav a déclaré qu’ils ont « constaté que la composition et la fonction des microbes intestinaux changent en réponse à la consommation des quatre édulcorants, ce qui signifie qu’ils ne sont pas sans conséquences pour le corps humain ».

Ces changements n’ont pas été détectés chez les autres volontaires qui faisaient partie des groupes de contrôle et qui ne consommaient donc pas d’édulcorants.

Eran Elinav. (Crédit : Eran Elinav)

Les scientifiques ont transplanté des matières fécales de certaines des personnes participant à l’expérience chez des rongeurs élevés pour ne pas avoir de bactéries intestinales propres. Ils ont constaté que les souris ayant reçu des excréments de personnes dont la tolérance au glucose était la plus affectée par les édulcorants avaient également une capacité réduite à éliminer le glucose.

Ils affirment que cela a renforcé leur théorie selon laquelle les édulcorants affectent le microbiote, et qu’un microbiote modifié peut avoir un impact sur la tolérance au glucose – de façon si significative qu’il a cet effet même s’il est transplanté dans une autre espèce.

« Nos résultats actuels suggèrent fortement que les édulcorants artificiels ne sont pas inertes pour le corps humain ou pour le microbiote, comme on le pensait auparavant, et qu’ils peuvent potentiellement provoquer des changements chez les individus, vraisemblablement de manière très personnalisée en raison des populations uniques de microbes intestinaux de chaque personne », a déclaré Elinav.

« À mon avis, en tant que médecin, une fois qu’il a été constaté que les édulcorants non nutritifs ne sont pas sans conséquences pour le corps humain, la charge de la preuve pour démontrer ou réfuter leurs impacts potentiels sur la santé humaine incombe à ceux qui promeuvent leur utilisation, et nous ne devrions pas supposer qu’ils sont sûrs jusqu’à preuve du contraire. Jusque-là, la prudence est de mise », a-t-il déclaré.

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