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Interpellation de 6 hommes recherchés aux USA pour une fraude de 148 M de $

Ces anciens employés du centre d’appels de Yukom Communications ont été placés en détention, 4 ans après avoir été inculpés par un grand jury américain. L'extradition doit suivre

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Des employés de Yukom Communications (Courtoisie)
Des employés de Yukom Communications (Courtoisie)

La police israélienne a interpellé, la semaine passée, six hommes inculpés d’escroquerie dans le cadre d’une procédure d’extradition vers les États-Unis.

Mardi dernier, Ori Maymon, 36 ans, Nissim Alfasi, 37 ans, Afik Tori, 30 ans, Oron Montgomery, 41 ans, Dave Barzilay, 44 ans et Gilad Mazugi, 39 ans, ont été arrêtés et placés en détention. Leurs avocats contestent la demande d’extradition du gouvernement américain.

Les six hommes étaient directeurs ou agents de vente chez Yukom Communications à Césarée, centres d’appels adossés aux sites Internet frauduleux Bigoption.com et Binarybook.com.

Ils ont été inculpés par un grand jury américain en février 2019, accusés de fraude électronique et de complot en vue de commettre une fraude électronique.

Ils auraient contribué au détournement de 148 millions de dollars, volés à des milliers d’investisseurs à travers le monde, entre 2014 et 2017, par la vente frauduleuse d’options binaires, instrument financier au cœur d’une escroquerie israélienne de grande ampleur.

Selon l’acte d’accusation, ils auraient conspiré pour obtenir le maximum de fonds de la part des investisseurs, avant de vider leurs comptes ou de bloquer les fonds.

Selon la même source, ils auraient convaincu des investisseurs de déposer des fonds en ne leur disant pas la vérité sur le possible conflit d’intérêts entre investisseurs et commerciaux, les rendements attendus, leur identité, localisation et expérience professionnelle, et la possibilité pour les investisseurs de récupérer leurs fonds.

Le procureur israélien Avi Kronenberg a déclaré mercredi au tribunal que les accusés présentaient un fort risque de fuite, alors même que les accusations étaient de notoriété publique depuis plus de trois ans.

Nissim Alfasi et Afik Tori sur une photo non datée (Source anonyme)

« Il existe un risque qu’ils cherchent à s’enfuir maintenant qu’ils savent que les États-Unis veulent mettre la main sur eux », a déclaré Kronenberg au tribunal de Jérusalem lors de l’audience consacrée à la mise en détention provisoire des accusés.

Kronenberg a également rappelé que le système judiciaire américain infligeait des peines beaucoup plus sévères que le système israélien.

« Les procédures américaines sont différentes des procédures en Israël. Ils savent qu’ils sont passibles de lourdes peines et n’ignorent pas ce qui est arrivé à l’une des autres accusées », a-t-il ajouté, référence à la PDG de Yukom Communications, Lee Elbaz, condamnée à 22 ans de prison par un tribunal du Maryland en décembre 2019.

Alors même qu’un tribunal du Maryland a émis des mandats d’arrêt contre les six hommes dès février 2019, ils ont tous continué à vivre sans être inquiétés en Israël, du moins jusqu’à leur arrestation surprise, mardi matin.

Certains ont fondé des familles et créé des entreprises depuis, ont déclaré leurs avocats.

« Personne ne les a jamais contactés et on ne leur a jamais rien demandé en ce sens », ont déclaré l’avocat de Maymon et Alfasi lors de l’audience de mise en détention provisoire.

Certains avocats souhaitaient qu’ils soient autorisés à attendre la fin du processus d’extradition à leur domicile, dans la mesure où cela pourrait « prendre des mois ».

Un ancien fonctionnaire du ministère américain de la Justice, qui s’est entretenu avec le Times of Israel, a déclaré qu’il était fort peu probable que les procureurs américains aient oublié les accusés.

Il attribue le retard à « une forte charge de travail, un retard diplomatique, la volonté de les interpeller sur place ou la poursuite d’une autre enquête ».

Un septième accusé, le directeur du centre d’appels Elad Bigelman, s’était déjà rendu aux autorités américaines, a expliqué Kronenberg au tribunal. Il a plaidé coupable et a été condamné à trois ans de prison, a-t-il ajouté.

Fin 2019, Bigelman s’était plaint à la police israélienne du fait que ce qu’il présentait comme un membre du crime organisé avait tenté de lui extorquer de l’argent après avoir appris combien d’argent Yukom Communications lui avait rapporté.

Elad Bigelman de Yukom Communications (Facebook)

Les procureurs israéliens n’ont pas joint la demande d’extradition américaine à la série de documents judiciaires accessibles au public, mais ont déclaré qu’elle comprenait des affidavits de juillet 2021 du procureur fédéral Jesse Alexander-Hoeppner et de l’agent du FBI Jeremy Desor, ainsi que de nombreux courriels internes de Yukom, des conversations enregistrées entre les accusés et le témoignage d’anciens employés qui ont témoigné au procès d’Elbaz, en juillet 2019.

La demande d’extradition a été soumise en février 2022, a fait savoir le procureur israélien, trois ans après l’inculpation des six hommes.

L’arrestation de ces hommes est le dernier événement en date dans le procès intenté par la justice américaine à 21 personnes, propriétaires, gestionnaires ou employés de la société israélienne d’options binaires Yukom Communications.

BinaryBook et BigOption étaient deux des centaines de sites Internet d’options binaires gérés depuis Israël.

Cette pratique a été interdite par une loi de la Knesset d’octobre 2017, suite à une série de reportages du Times of Israel lancée par un article de mars 2016 intitulé
« Les loups de Tel Aviv ».

Au paroxysme des options binaires, des centaines d’entreprises israéliennes s’étaient lancées dans cette industrie frauduleuse qui employait des milliers d’Israéliens pour dépouiller des victimes de milliards de dollars dans le monde entier.

Ces entreprises trompaient leurs victimes en leur faisant croire qu’elles investissaient et gagnaient de l’argent, les encourageant à déposer toujours plus de fonds, jusqu’à ce que l’entreprise coupe le contact avec l’investisseur et disparaisse avec tout l’argent ou presque.

Gilad Mazugi de Yukom Communications (Facebook)

Nombre de ces agents frauduleux ont, depuis, transféré leurs activités à l’étranger, ou sont passés à d’autres escroqueries, dans ce cas, toujours depuis Israël.

La grande majorité d’entre eux se sont enrichis aux dépens de leurs victimes en toute impunité et en subissant finalement assez peu de stigmatisation sociale.

En septembre 2017, la PDG de Yukom, Elbaz, a été arrêtée à New York, où elle s’était rendue pour un anniversaire.

En 2018 et 2019, le FBI a arrêté cinq autres anciens employés de Yukom et de sociétés apparentées qui s’étaient rendus aux États-Unis : Liora Welles, Shira Uzan, Lissa Mel, Yair Hadar et Austin Smith. Tous les cinq ont plaidé coupable et tous, sauf Mel, ont témoigné contre Elbaz lors de son procès en juillet-août 2019.

D’autres inculpés, parmi lesquels Anog Maarek, Yousef Bishara et Nir Erez ont depuis plaidé coupable, tandis que les propriétaires de Yukom Communications, Yossi Herzog et Yakov Cohen, sont introuvables.

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