Israël condamne la ministre jordanienne qui a marché sur son drapeau
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Israël condamne la ministre jordanienne qui a marché sur son drapeau

Le Premier ministre Omar Razzaz a évité la colère d'Israël en évitant de marcher dessus et en empruntant un autre chemin ; l'envoyé jordanien convoqué

Jumana Ghunaimat, ministre des Affaires des médias et des Communications et porte-parole du gouvernement, à droite,  marche sur le drapeau israélien à l'entrée du siège du syndicat d'Amman, en décembre 2018 (Capture d'écran  : Jamuna TV)
Jumana Ghunaimat, ministre des Affaires des médias et des Communications et porte-parole du gouvernement, à droite, marche sur le drapeau israélien à l'entrée du siège du syndicat d'Amman, en décembre 2018 (Capture d'écran : Jamuna TV)

Jérusalem a protesté avec force après qu’une ministre jordanienne a été aperçue en train de marcher sur un drapeau israélien alors qu’elle se rendait à une réunion du gouvernement pendant le week-end.

Cette réunion a eu lieu au fief du syndicat du pays – une instance profondément opposée à la normalisation des relations avec Israël, malgré un traité de paix signé entre les deux pays en 1994.

Le syndicat a placé un dessin du drapeau israélien au sol, à l’entrée de son immeuble, agrémenté de traces de pas, encourageant ainsi les visiteurs à marcher dessus en signe de protestation contre l’Etat juif.

Jumana Ghunaimat, ministre des Affaires des médias et des Communications et porte-parole du gouvernement, a été saluée sur les réseaux sociaux pour avoir, parmi d’autres intervenants à la réunion, marché sur le drapeau.

Une vaste majorité des résidents du pays sont d’origine palestinienne et fermement opposés à Israël.

Pour sa part, le Premier ministre Omar Razzaz a choisi de pénétrer dans le bâtiment par une entrée de service, évitant de marcher sur ce symbole israélien. Il a été critiqué dans les médias jordaniens pour cette initiative.

Les militants politiques l’ont également interpellé durant son discours prononcé au siège syndical, l’accusant d’hypocrisie dans son « soutien à l’entité sioniste ».

Omar Razzaz, alors ministre de l’Education, suite à une réunion au palais royal d’Amman, en Jordanie, le 15 janvier 2015 (Crédit : Khalil Mazraawi, Pool via AP, File)

Les médias n’ont pas précisé si d’autres ministres et hauts-responsables avaient marché sur le drapeau ou choisi de pénétrer dans l’immeuble via l’entrée de service.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a protesté avec force auprès de la Jordanie suite à l’incident, faisant part de ses récriminations aux responsables gouvernementaux à Amman comme à l’ambassade du royaume hachémite à Tel Aviv.

L’émissaire jordanien Mohammed Hamiyad à Jérusalem a été convoqué pour s’expliquer sur ce qu’il s’est passé lundi au ministère des Affaires étrangères.

Ghassan Majali, l’ambassadeur de Jordanie en Israël nouvellement nommé, est actuellement en déplacement à l’étranger.

Même si les deux pays ont signé un traité de paix, les liens entretenus avec Israël ne sont guère populaires au sein de l’opinion publique en Jordanie.

Dans un communiqué, le ministère jordanien des Affaires étrangères a réagi en réaffirmant « le respect du gouvernement jordanien pour le traité de paix avec Israël ».

Selon le porte-parole de ce ministère, Majed al-Qatarneh, des responsables israéliens ont été informés par leurs homologues jordaniens que l’immeuble où s’est passée la scène « était une propriété privée et que la ministre y était entrée via l’accès principal pour se rendre à une réunion ».

Amman a signé la paix avec son voisin israélien en 1994 et est le seul pays arabe, avec l’Egypte, à entretenir des relations diplomatiques avec l’Etat hébreu.

Le roi Abdallah II de Jordanie, septembre 2013 (Crédit : Capture d’écran Youtube/PBSNews)

Le mois dernier, le roi Abdallah II de Jordanie a annoncé qu’il ne renouvellerait pas une partie du traité de paix conclu en 1994 qui permettait à Israël d’exploiter de petits terrains agricoles situés le long de la frontière.

Abdallah II a dit qu’il reviendrait sur deux petites annexes figurant dans le traité qui louaient à l’Etat juif ces terres aux Jordaniens pendant 25 ans. Ce bail expirera l’année prochaine.

Abdallah II n’a pas justifié sa décision mais il avait été soumis à des pressions, dans le pays, pour mettre un terme à ces locations. Sont concernées des terres situées à Naharayim, dans le nord, et dans l’enclave de Tzofar, au sud du désert d’Arava, et qui reviendront donc entre les mains des Jordaniens d’ici une année.

Amman a subi des pressions intenses pour mettre un terme à ces baux, et notamment de la part de 80 députés qui avaient signé un courrier adressé au gouvernement pressant cette annulation des annexes.

Une étoile de David peinte sur le sol d’une cour de justice à Amman, lieu de travail du juge Raed Zeiter (Crédit : Michal Shmulovich)

En mars 2014, la mort de Raed Zeiter, âgé de 38 ans et juge au tribunal d’instance d’Amman, était à l’origine d’une étoile de David peinte sur le sol du tribunal où travaillait Zeiter. Zeiter voyageait de la capitale jordanienne vers sa ville d’origine en Cisjordanie, Naplouse. Il a été tué par balle sur sa route, par un soldat israélien, suite à une échauffourée. Les employés du tribunal pensaient aussi qu’il était judicieux de marcher sur l’étoile de David.

Les symboles nationaux israéliens et juifs sont souvent la cible de pas ou de groupes antisémites et anti-Israël – à l’instar de l’Iran qui brûle souvent le drapeau de l’État hébreu.

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