Israël et l’UE luttent contre le crime organisé, le cyber-crime et le terrorisme
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Israël et l’UE luttent contre le crime organisé, le cyber-crime et le terrorisme

Dans un contexte de crise des relations bilatérales, Europol a signé son tout premier accord avec les forces de police d'un état non-membre de l'UE

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le commissaire de la police israélienne  Roni Alsheich avec la directrice générale d'Europol Catherine De Bolle à La Haye, le 17 juillet 2018 (Autorisation : Europol)
Le commissaire de la police israélienne Roni Alsheich avec la directrice générale d'Europol Catherine De Bolle à La Haye, le 17 juillet 2018 (Autorisation : Europol)

Dans un contexte de crise continue des liens bilatéraux, Israël a signé mercredi un accord avec l’agence chargée de l’application de la loi au sein de l’Union européenne dont l’objectif est de renforcer la coopération dans le combat conjoint contre le terrorisme et le crime organisé.

Cet « accord de travail » a été ratifié par le commissaire de police Roni Alsheich et la directrice générale d’Europol, Catherine De Bolle, à La Haye.

C’est la première convention de ce type qu’Europol signe avec un état qui n’est pas membre de l’Union européenne.

« L’accord va permettre à la division des enquêtes et des renseignements de la police nationale israélienne d’améliorer ses capacités pour affronter, de la meilleure manière possible, les nouvelles menaces dans les domaines du crime organisé, de la cyber-criminalité, qui est exploitée par les criminels internationaux et les éléments terroristes et permettra également de lutter contre le terrorisme sous ses formes variées et contre le crime transfrontalier dans le secteur des économies sociales », a déclaré Alsheich, selon un communiqué émis par Europol.

L’accord vise en priorité à élargir la coopération « dans la lutte contre les activités criminelles transfrontalières », selon le communiqué de presse. Il prévoit l’échange « d’informations stratégiques » et la planification conjointe d’opérations.

Une fois qu’il sera mis en oeuvre, l’accord renforcera les initiatives bilatérales prises pour combattre « les sections criminelles prioritaires », notamment les fraudes, la cyber-criminalité et le terrorisme, a précisé le communiqué.

« Les enquêtes menées au sein de l’Union européenne ont occasionnellement établi des liens avec Israël en ce qui concerne le crime financier. Alors qu’Europol aide les états-membres de l’UE à identifier les liens transfrontaliers, la contribution israélienne dans de telles affaires continue à être de la plus haute importance ».

Les instances policières internationales expriment depuis longtemps leur frustration face à l’inaction israélienne dans le domaine de la fraude financière. La signature de cet arrangement semble refléter une avancée qui permettra d’améliorer cette situation.

Au cours de la dernière décennie, Israël est devenu un pôle mondial des escroqueries aux investissements, employant plus de 10 000 citoyens – de nouveaux immigrants parlant des langues étrangères, pour un grand nombre d’entre eux – dans des centres d’appel de tous le pays, vendant des options binaires, du Forex, des CFD (contrat de différence) et des crypto-devises par téléphone et via Internet à des acheteurs vivant à l’étranger.

Les victimes, trompées, sont amenées à souscrire, par la ruse, à des investissements, et la vaste majorité d’entre elles perd son argent. Lorsque la victime proteste, la plupart du temps, le « négociateur » disparaît avec les fonds.

La fraude aux options binaires, qui aurait rapporté, selon des estimations, entre 5 et 10 milliards de dollars il y a encore un an, a été interdite par une loi adoptée par la Knesset au mois d’octobre dernier et qui est entrée en vigueur le 26 janvier, suite à une série de reportages réalisés par le Times of Israel.

Certains vendeurs d’options binaires ont simplement ignoré cette interdiction et continuent à offrir ce produit depuis Israël, tandis que d’autres se sont reconvertis dans les investissements frauduleux liés au Forex ou aux crypto-devises. D’autres ont déplacé leurs opérations à l’étranger dans certains pays, notamment la Russie, l’Ukraine, les Philippines, Panama, la Pologne, l’Albanie, la Bulgarie, Chypre et la Serbie.

De Bolle a déclaré que l’accord de mardi était « une avancée majeure vers le renforcement » de la relation entre les forces de police israéliennes et de l’UE.

« Cet arrangement va aider à multiplier les contacts à tous les niveaux et ouvrir la porte à une coopération plus étroite, ce qui améliorera la sécurité dans l’Union européenne et en Israël ».

Cet accord marque un développement positif rare dans les liens unissant l’Etat juif et l’UE, qui ont connu une grave crise ces dernières semaines.

Dans la matinée de mardi, le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan s’en est ainsi pris publiquement à la cheffe de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, accusant les pays européens de soutenir des groupes qui font la promotion du boycott d’Israël et qui sont affiliés à des mouvements terroristes.

La semaine dernière, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a convoqué l’ambassadeur de l’UE en Israël, Emanuele Giaufret, au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem où il a été réprimandé après un reportage diffusé à la télévision qui citait des propos tenus par l’envoyé au sujet du projet de loi controversé de l’Etat juif qui, selon lui, présentait « des relents de racisme ».

Giaufret a nié avoir tenu un langage insultant pour qualifier cette législation.

Au mois de juin, Netanyahu a également refusé de rencontrer Mogherini à Jérusalem, l’obligeant à annuler son voyage prévu au sein de l’Etat juif.

Simona Weinglass a contribué à cet article.

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