Israël expulse le directeur de Human Rights Watch pour « soutien actif au BDS »
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Israël expulse le directeur de Human Rights Watch pour « soutien actif au BDS »

Le directeur de l'ONG Omar Shakir est accusé par les autorités israéliennes de "soutenir le boycott d'Israël"

Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Les autorités israéliennes ont indiqué avoir donné deux semaines au directeur local de Human Rights Watch (HRW) pour quitter le pays, l’accusant de « soutenir le boycott d’Israël », ce que l’ONG a démenti.

« Suite aux recommandations du ministère des Affaires stratégiques, contenant des informations selon lesquelles (Omar) Shakir est depuis des années un militant du BDS soutenant le boycott d’Israël de manière active, le ministère a décidé de mettre fin (à son) permis de résidence », dit un communiqué du ministère de l’Intérieur consulté mercredi par l’AFP.

Le BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions), l’une des bêtes noires des autorités israéliennes, est une campagne internationale de boycott économique, culturel ou scientifique d’Israël. Le gouvernement israélien combat farouchement tout ce qui ressemble à une entreprise de boycott.

Omar Shakir a 14 jours pour quitter le pays, selon ce communiqué.

Omar Shakir, le directeur de Human Rights Watch (HRW) pour Israël et la Palestine, s’est vu accorder un visa de travail d’un an en avril 2017 par le ministère de l’Intérieur après que les autorités israéliennes ont refusé de lui accorder un permis de travail deux mois plus tôt, accusant son organisation de faire de la « propagande » palestinienne.

Sabine Hadad, porte-parole de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières (PIBA), a déclaré que la décision de révoquer le visa de Shakir était due au fait qu’il aurait « soutenu activement » le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) contre Israël.

« Il est inacceptable qu’un militant du boycott obtienne un permis de séjour en Israël afin de pouvoir agir de toutes les manières possibles pour nuire à l’État. Je m’efforcerai d’expulser ces personnes d’Israël par tous les moyens à ma disposition et Omar Shakir quittera donc Israël », a déclaré le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, dont le bureau supervise la PIBA.

Le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan, qui a recommandé la révocation du visa de Shakir, a déclaré que son bureau « démasque le vrai visage des militants du boycott ».

« Même lorsqu’ils se font passer pour des ‘militants des droits de l’homme’, nous démontrerons l’hypocrisie et la distorsion morale de leurs actions et nous leur ferons payer le prix de leur activité contre Israël », a déclaré M. Erdan.

Avant de rejoindre Human Rights Watch en 2016, Shakir était juriste au Center for Constitutional Rights, une organisation qui a intenté des poursuites pour crimes de guerre contre l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon et l’ancien directeur du service de sécurité du Shin Bet, Avi Dichter, membre actuel de la Knesset.

Dans une lettre de HRW datée de mardi, il est indiqué que la décision « ne constitue pas un refus de principe ou un refus catégorique pour l’organisation d’employer un expert étranger », mais se rapporte plutôt spécifiquement à Shakir.

L’ONG de défense des droits de l’Homme en Israël et dans les Territoires palestiniens a démenti que son directeur ait soutenu le BDS, et a affirmé vouloir saisir la justice israélienne.

« Ce n’est pas de Shakir qu’il s’agit, mais bien de museler HRW afin de faire taire les critiques contre les violations des droits de l’Homme en Israël », a déclaré HRW dans un communiqué. « Constituer des dossiers sur les défenseurs des droits de l’homme et les expulser est la façon de faire des services de sécurité russes ou égyptiens ».

« Ni HRW ni M. Shakir n’ont soutenu le boycott d’Israël comme nous l’avons certifié dans une lettre au ministère de l’Intérieur », dit-elle.

Cependant, la décision du ministère de l’Intérieur de février 2017 de lui refuser un permis de travail a bien visé l’organisation, affirmant que « ses activités publiques et ses comptes rendus étaient engagés politiquement au service de la propagande palestinienne, tout en brandissant faussement la bannière des ‘droits de l’homme' ». Le ministère a ensuite changé de cap, accordant à HRW un permis en mars 2017 et délivrant à Shakir un visa de travail d’un an le mois suivant.

Les autorités israéliennes ont pris des mesures de répression contre les groupes considérés comme soutenant la campagne mondiale pour le BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), qui vise à faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à son occupation des territoires palestiniens.

L’année dernière, la Knesset a adopté une loi interdisant aux boycotteurs d’Israël et des implantations en Cisjordanie d’entrer dans le pays. Toutefois, la loi laisse encore au ministre de l’Intérieur une marge de manœuvre pour faire des exceptions.

Israël, ses défenseurs et même certains de ses détracteurs ont accusé à plusieurs reprises HRW d’avoir un parti pris anti-israélien – une critique à laquelle le fondateur de l’organisation, Robert L. Bernstein, s’est joint dans un éditorial inattendu qu’il a publié en 2009 dans le New York Times. Bernstein a réitéré sa critique l’année suivante lors d’une conférence dans une université du Nebraska.

Si l’ONG a affirmé que ni elle ni Shakir ne promeut le boycott d’Israël, elle a toutefois reconnu avoir exhorté les entreprises à cesser leurs activités dans les implantations de Cisjordanie.

Quinze organisation israéliennes de défense des droits de l’Homme ont dénoncé la décision israélienne. « Israël essaie d’empêcher ses propres citoyens et le monde entier de voir ce qu’il fait », ont-elles déclaré dans un communiqué.

Amnesty International a exprimé sa « solidarité totale » avec M. Shakir. « C’est un signe supplémentaire et alarmant de l’intolérance grandissante (d’Israël) à l’égard de ceux qui le critiquent », a affirmé l’ONG dans un communiqué.

« Interdire l’accès à ceux qui répertorient les atteintes aux droits de l’Homme ne dissimulera pas les violations massives commises par Israël dans le contexte de plus de cinquante ans d’occupation » des Territoires palestiniens, a-t-elle dit.

Sur fond de persistance du conflit israélo-palestinien, HRW et Amnesty se montrent très critiques envers Israël.

Jacob Magid et JTA ont contribué à cet article.

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