Israël, la cible habituelle au débat de l’ONU
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Israël, la cible habituelle au débat de l’ONU

Alors que les réfugiés syriens affluent en Europe et que la Russie étend son influence, l'Etat juif attire tous les regards

La président du Brésil, Dilma Rousseff, à la 70e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 28 Septembre 2015 à New York (Crédit : AFP / KENA BETANCUR)
La président du Brésil, Dilma Rousseff, à la 70e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 28 Septembre 2015 à New York (Crédit : AFP / KENA BETANCUR)

NEW YORK – Le conflit israélo-palestinien n’a peut-être pas été au centre du dialogue entre les grandes puissances lors de la session d’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies de cette année, mais discours après discours lors du débat général à l’ONU, les chefs d’Etat ont rappelé aux auditeurs que, malgré l’urgence pressante de la guerre civile syrienne, la propagation de l’État islamique et l’expansion de l’influence russe en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, la conduite d’Israël demeurait encore une préoccupation majeure.

Contrairement aux années précédentes, le sujet a à peine été évoqué par les dirigeants européens – et l’évocation d’Israël était notamment absente des discours des chefs d’Etat les plus puissants, y compris de celui de la Russie, des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la Chine.

Cela ne veut pas dire pour autant que le conflit a été ignoré.

Dans le discours d’ouverture d’un dirigeant mondial, lundi matin, la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a déclaré aux délégués que « nous ne pouvons plus retarder … la création d’un État palestinien, coexistant pacifiquement et harmonieusement avec Israël ».

« Dans la même veine, l’expansion des colonies dans les territoires occupés ne peut pas être tolérée », a-t-elle ajouté.

Les représentants des Etats de la Ligue arabe étaient – comme à leur habitude – véhéments dans leur critique à l’égard d’Israël.

Amir Tamim Bin Hamad Al-Thani du Qatar s’est livré à une longue diatribe au sujet de la politique d’Israël, faisant valoir que « la solution juste et durable à la cause palestinienne, qui reste un problème de personnes déplacées de leur terre, et qui sont encore sous le joug de l’occupation, ne peut pas être retardée jusqu’à la prochaine génération ».

« La conclusion d’un arrangement juste et durable qui mettra fin à l’occupation israélienne des territoires palestiniens et la création d’un État palestinien exige un partenaire israélien pour la paix », a-t-il dit. « Pour le moment, il n’y a ni un partenaire israélien pour une paix juste, ni même un [partenaire] pour un arrangement ».

Décrivant le conflit comme « la dernière question coloniale de facto de l’histoire moderne », al-Thani a appelé à une action internationale, citant « l’activité mouvementée de colonisation condamnée » ainsi que « les violations persistantes de la sainteté de la mosquée al-Aqsa, qui est une indication claire non seulement de l’absence de la volonté d’Israël pour la paix, mais aussi la domination des éléments nationalistes fondamentalistes ultra-orthodoxes sur la politique israélienne ».

« La continuation de la cause palestinienne sans une solution permanente et juste est un stigmate sur le visage de l’humanité », a-t-il soutenu.

« La communauté internationale ne parvient pas à arriver à moins d’une solution juste, elle n’a même pas réussi à forcer la reconstruction de la bande de Gaza à la suite de l’agression ».

Al-Thani s’est plaint qu’en Israël « les forces politiques des extrémistes religieux ont tendance à compter sur des interprétations littérales des versions de texte datant de milliers d’années afin de profaner les sanctuaires d’autres personnes, d’occuper leurs terres et à s’installer dessus ».

« Est-ce que cela n’équivaut pas à un fondamentalisme religieux ? Est-ce que cette violence n’est pas un acte de terrorisme perpétré par des forces religieuses radicales ? », a-t-il demandé.

Il a appelé le Conseil de sécurité à prendre des mesures pour forcer Israël à arrêter ses activités de « colonisation », et à lever son blocus sur Gaza, « et de s’engager à mettre en œuvre les résolutions de la légitimité internationale qui reconnaissent le droit du peuple palestinien de recouvrer leurs droits nationaux légitimes, et établir un Etat palestinien indépendant selon les frontières de 1967, selon le principe de la solution à deux Etats ».

Le  président égyptien Abdel Fattah Sissi à l'Assemblée générale des Nations unies le 28 Septembre 2015 à New York où les dirigeants du monde se sont réunis pour la 70e session de l'assemblée annuelle. (Crédit : John Moore / Getty Images / AFP)
Le président égyptien Abdel Fattah Sissi à l’Assemblée générale des Nations unies le 28 Septembre 2015 à New York où les dirigeants du monde se sont réunis pour la 70e session de l’assemblée annuelle. (Crédit : John Moore / Getty Images / AFP)

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a déclaré aux délégués que « la résolution de ce conflit, donner le pouvoir au peuple palestinien à exercer leur droit à l’autodétermination et un Etat indépendant dans [les lignes de 1967], avec Jérusalem-Est comme capitale, aura pour effet d’éliminer l’un des facteurs les plus importants contribuant à l’instabilité de la région et l’un des prétextes les plus dangereux utilisés pour justifier l’extrémisme et le terrorisme ».

Comme al-Thani et le roi Abdallah II de Jordanie, Sissi a spécifiquement cité les récentes tensions sur le mont du Temple comme une préoccupation majeure.

Mais il n’y avait pas que les représentants de la Ligue arabe qui ont pointé le doigt sur Israël.

Robert Mugabe du Zimbabwe a changé de thème en passant de la mise en garde contre de « nouveaux droits » – une référence à la critique à laquelle son gouvernement a dû faire face pour ses politiques anti-gays – au plaidoyer pour la cause palestinienne.

« Au Moyen-Orient, la souffrance du peuple palestinien se poursuit sans relâche », s’est plaint Mugabe.

« Nous réitérons notre soutien indéfectible à la juste cause du peuple palestinien. Nous avons aussi réaffirmé que la paix durable au Moyen-Orient ne peut être réalisée que par des négociations afin de parvenir à une solution à deux Etats sur la base des frontières d’avant 1967 ».

David Harris de l’American Jewish Committee (AJC), qui s’entretiendra avec plusieurs des représentants de dizaines de pays au cours de l’Assemblée générale, a déclaré que les références au conflit israélo-palestinien sont souvent le résultat d’une habitude.

« Un grand nombre de pays sont en pilote automatique quand il s’agit de leur discours à l’Assemblée générale », a-t-il suggéré.

« Indépendamment de tout ce qui se passe dans le monde, il y a ce besoin compulsif de se référer au conflit ».

Harris a noté que les deux tiers de tous les Etats membres des Nations unies appartiennent à des organisations qui ont soutenu des programmes hostiles à Israël, y compris la Ligue arabe, le Mouvement des non-alignés et l’Organisation de la coopération islamique.

Dans les deux premiers jours des discours, de nombreux Etats – dont la Namibie, l’Afghanistan, la Tanzanie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, le Koweït, le Mali et le Nigeria – ont tous déclaré leur soutien à la cause palestinienne.

L’organisation de Harris a lancé une campagne pour attirer l’attention sur le parti pris anti-Israël dans un certain nombre d’institutions des Nations unies.

Le jour de l’ouverture du débat général, l’AJC a publié une annonce dans le Wall Street Journal montrant la discrimination institutionnelle au sein de l’organisme mondial – en particulier au Conseil des droits de l’Homme basé à Genève – qui a publié plus de condamnations à l’encontre d’Israël que de tous les autres Etats membres combinés et consacre un point entier (le point n ° 7) pour scruter Israël.

Au sujet du débat général, Harris a déclaré que l’accent mis sur Israël était « presque comme cette réponse pavlovienne ».

« Voilà l’une des tristes réalités », a-t-il élaboré. « Il y a des années où il doit être mentionné. Lorsque les accords sont signés et il qu’y a de l’espoir dans l’air et un sentiment de progrès, alors il est logique que de nombreux pays se réfèrent au conflit et espèrent une résolution – mais d’utiliser ce langage standard est un genre d’action par réflexe ».

Harris a dit que dans une certaine mesure, les fréquentes références découlaient d’années de mauvaises analyses – ce qu’il a décrit comme « la croyance que le conflit israélo-palestinien est la clé de toute la région – pour résoudre le conflit – qui, dans les termes de l’ONU signifient mettre la pression sur Israël – et vous avez résolu l’ensemble [des troubles] du Moyen-Orient ».

« Maintenant c’est assez clair pour tous, sauf ceux qui font preuve d’aveuglement volontaire, qu’il n’est pas la clé pour l’ensemble du Moyen-Orient », a-t-il poursuivi.

« Oui, c’est un conflit, mais il y a des problèmes plus importants à portée de main ici. Ils ont du mal à essayer de se reprogrammer. C’est non seulement un processus intellectuel, mais aussi politique. Ils doivent dire au reste du monde, oops. C’était un problème, mais Israël n’est pas la racine du problème ».

Pour certains dirigeants, la déduction que le conflit israélo-palestinien était à l’origine des troubles dans la région est restée un point pertinent.

Après avoir félicité l’Assemblée générale pour avoir « donné une voix aux sans-voix et aux opprimés » et en citant la résolution permettant de hisser le drapeau palestinien mercredi, le président sud-africain Jacob Zuma a déclaré qu’ « il ne peut y avoir de paix, la sécurité et le développement dans Moyen-Orient sans la résolution de la question palestinienne ».

« Une solution est urgente autrement si nous tardons, dans la prochaine décennie, nous pourrions ne plus avoir un lopin de terre pour justifier la solution à deux Etats », a-t-il averti.

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