Israël, les Palestiniens et le programme nucléaire iranien vus par Kamala Harris
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Israël, les Palestiniens et le programme nucléaire iranien vus par Kamala Harris

La première résolution proposée par la sénatrice condamnait effectivement l'abstention d'Obama sur la résolution anti-colonisation de l'ONU ; mais elle suivrait Biden sur Israël

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

La sénatrice Kamala Harris, (à gauche), accueillie par le Premier ministre israélien Netanyahu dans son bureau de Jérusalem, novembre 2017. (Amos Ben Gershom/GPO)
La sénatrice Kamala Harris, (à gauche), accueillie par le Premier ministre israélien Netanyahu dans son bureau de Jérusalem, novembre 2017. (Amos Ben Gershom/GPO)

NEW YORK – Dès l’instant où Kamala Harris a été désignée candidate à la vice-présidence du Parti démocrate en août, le président américain Donald Trump et le Parti républicain ont lancé une campagne visant à la faire passer pour une responsable politique « radicale » qui attirerait Joe Biden vers l’extrême-gauche.

En choisissant Harris, a déclaré M. Trump à ses partisans lors d’un rassemblement en septembre, Biden a conclu une « alliance contre nature avec les éléments les plus extrêmes et les plus dangereux de la gauche radicale ».

« Vous savez qui est plus à gauche que Bernie le fou ? » a-t-il poursuivi, comparant l’intéressée au sénateur du Vermont, Bernie Sanders.

Biden, 77 ans, élu samedi 46e président des États-Unis après quatre jours de dépouillement des votes, s’est décrit comme un candidat de « transition » et, en choisissant Harris, a placé assez nettement celle-ci en tête de la liste de ses successeurs.

Sur certaines questions, Harris est effectivement en désaccord avec le président élu, mais pas concernant Israël. En fait, le bilan de la vice-présidente élue sur l’État juif indique qu’elle est peut-être encore plus va-t-en-guerre que Biden, qui a cherché tout au long de la campagne à se différencier de l’aile progressiste, jugée trop à gauche, du Parti démocrate.

JNF plutôt que J Street

Harris n’est sur la scène nationale que depuis 2017, mais les positions qu’elle a prises depuis trois ans en tant que sénatrice la placent assez nettement dans le camp traditionnel des pro-Israéliens de son parti.

La première résolution qu’elle a co-parrainée en tant que sénatrice consistait effectivement à condamner la décision de l’administration Obama-Biden de s’abstenir sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant les implantations israéliennes en Cisjordanie.

Harris a rappelé cette résolution dans un discours prononcé en 2017 lors de la conférence du lobby pro-israélien de l’AIPAC, déclarant que cela contribuerait à « combattre le parti pris anti-Israël aux Nations unies et à réaffirmer que les États-Unis recherchent une solution à deux États, juste, sûre et durable ».

La sénatrice Kamala Harris D-Calif. s’exprime lors de la conférence politique de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) de 2017, le 28 mars 2017, au Washington Convention Center à Washington. (AP/Jose Luis Magana)

« Ayant grandi dans la Bay Area, [la région de la baie de San Francisco], je me souviens avec affection de ces boîtes du Fonds national juif [KKL] que nous utilisions pour collecter des dons afin de planter des arbres en Israël », a-t-elle confié plus tard dans le discours en faisant référence au JNF, dont la branche sœur en Israël, KKL-JNF, a été impliquée dans des batailles juridiques visant à expulser des familles palestiniennes de leurs maisons à Jérusalem-Est.

Ce discours n’était qu’une des trois fois où la sénatrice a pris la parole à l’AIPAC, qui a perdu la faveur d’un nombre croissant de démocrates. La plupart d’entre eux ont tendance à préférer le lobby progressiste J Street, qui estime qu’il est nécessaire de faire pression sur les parties pour qu’elles entament des pourparlers de paix.

Plus de la moitié des sénateurs démocrates sont soutenus par J Street. Harris n’en fait pas partie. Sa seule relation avec cette organisation remonte à novembre 2017, lorsqu’elle était l’une des 17 personnalités politiques locales et fédérales du comité d’accueil d’un parti lancé par la section de J Street à Los Angeles. Biden, en revanche, a pris la parole à plusieurs reprises lors de conférences de J Street et s’est exprimé devant le groupe lors d’une collecte de fonds en septembre.

Critique prudente

Tout en le considérant comme un ami proche, Biden n’a pas hésité à critiquer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et a plaisanté en disant « Bibi, je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu dis, mais je t’aime ». La vice-présidente, en revanche, ne s’est pas encore mesurée publiquement au dirigeant israélien, que plusieurs candidats démocrates sont allés jusqu’à qualifier de “raciste”.

Interrogé sur les projets du Premier ministre en début d’année d’annexer de grandes parties de la Cisjordanie, Harris a déclaré à Pod Saves America l’année dernière qu’elle était « complètement opposée » à cette initiative et qu’elle « exprimerait cette opposition ». Cependant, elle a évité de citer le nom de Netanyahu.

En ce qui concerne le type de pression diplomatique qu’elle approuverait pour faire avancer les négociations de paix avec Israël, elle a refusé d’entrer dans les détails.

« Eh bien, il y a un certain nombre de choses. Mais il doit s’agir d’ouvrir un canal de communication qui soit honnête et qui ne soit pas alimenté par un manque d’information ou un manque de perspective historique ou un manque d’intérêt. Et je pense que ce sont là des préoccupations que nous devrions avoir au sujet de l’administration actuelle », a-t-elle indiqué.

La candidate démocrate à la vice-présidence des États-Unis, la sénatrice Kamala Harris, se prépare à monter à bord de son avion à l’aéroport international d’Orlando après s’être exprimée lors d’une manifestation de mobilisation pour le vote anticipé au Central Florida Fairgrounds, le 19 octobre 2020 à Orlando, en Floride. (Octavio Jones/Getty Images/AFP)

Harris a cependant rédigé une lettre ouverte à Trump, avertissant que l’annexion pourrait causer « un grave conflit, une nouvelle rupture de la coopération en matière de sécurité avec les forces de sécurité palestiniennes, et la perturbation des relations pacifiques entre Israël et ses voisins, la Jordanie et l’Égypte ».

Elle a rencontré Netanyahu en 2017 lors du dernier des trois voyages qu’elle a effectués en Israël. Elle devait également rencontrer le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, mais Ramallah a annulé l’événement quelques heures après que l’administration Trump a menacé de fermer la mission diplomatique de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington.

A lire : Etats-Unis : Rencontre avec le mari juif de la vice-présidente choisie par Biden

Dans une déclaration faite la semaine dernière sur le site Arab American News, elle a promis qu’une administration Biden-Harris rouvrirait cette mission de l’OLP en même temps que le consulat américain à Jérusalem-Est, en plus de prendre « des mesures immédiates pour rétablir l’aide économique et humanitaire au peuple palestinien et résoudre la crise humanitaire actuelle à Gaza ».

Cependant, elle n’est pas allée jusqu’à qualifier Israël de responsable de cette situation humanitaire.

Le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, (2e à partir de la gauche), et sa femme Jill Biden, (à gauche), en compagnie de la candidate démocrate à la vice-présidence, Kamala Harris, (2e à partir de la droite), et de son mari Doug Emhoff, lors de la quatrième journée de la Convention nationale démocrate, à Wilmington, Delaware, le 20 août 2020. (AP Photo/Andrew Harnik)

En 2019, le New York Times a demandé « si Israël respecte les normes internationales en matière de droits de l’homme ». Harris a répondu « globalement oui » tout en ajoutant : « Je pense qu’Israël, en tant que pays, s’est engagé à être une démocratie et est l’un de nos amis les plus proches dans cette région, et que nous devrions comprendre les valeurs et les priorités communes que nous avons en tant que démocratie, et mener une politique étrangère qui soit cohérente avec la compréhension de l’alignement entre le peuple américain et le peuple d’Israël ».

Elle a cependant apporté une réponse un peu plus critique lors de son intervention devant l’American Jewish Committee plus tard dans le mois. « Laissez-moi être claire : je soutiens le peuple d’Israël. Et je suis sans ambiguïté sur ce point. Je soutiens le peuple d’Israël ne signifie pas, cela ne doit pas se traduire par un soutien à quiconque se trouve être en poste à ce moment-là », a fait savoir Harris, s’abstenant encore une fois de nommer Netanyahu.

« Ainsi, mon soutien à Israël est fort et il est sincère. Il ne fait aucun doute non plus que nous devons nous exprimer lorsque des violations des droits de l’homme se produisent. Nous devons travailler avec notre ami, Israël, pour faire ce que nous savons collectivement être dans le meilleur intérêt des droits de l’homme et de la démocratie, car c’est de cet engagement commun envers la démocratie qu’est née notre relation et nous devons donc nous y accrocher », a-t-elle ajouté.

Pourtant, son ancienne directrice de la communication a déclaré au site d’information McClatchyDC.com l’année dernière que le « soutien de Harris à Israël est un élément central de son identité ».

Syndrome de Jérusalem

En juin 2017, la sénatrice a voté une résolution adoptée à l’unanimité pour marquer le 50e anniversaire de la Guerre des Six Jours de 1967. La résolution a exprimé son soutien à la législation de 1995 qui considère Jérusalem comme la « capitale indivisible d’Israël ». Les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale de leur futur État.

Lors de son voyage en Israël cette année-là, Harris a visité l’université Al-Quds de Jérusalem-Est et a rencontré un groupe d’étudiantes. Halie Soifer, qui était à l’époque la conseillère de Harris pour la sécurité nationale et qui l’a accompagnée lors de ce voyage, a rapporté au Times of Israel que les étudiantes avaient partagé leurs expériences sur le fait de grandir au milieu d’un conflit et de faire face à une barrière de sécurité en Cisjordanie qui traverse leur université, ce qui a marqué la future vice-présidente.

L’ancien vice-président Joe Biden et la sénatrice Kamala Harris lors d’un discours, le 12 septembre 2020 à Houston, Texas. (Robyn Beck / AFP)

« Elle a encouragé [les étudiantes] à être des leaders dans leurs communautés et elle les a inspirées », d’après Soifer, qui dirige maintenant le Jewish Democratic Council of America.

Tout en étant une ardente partisane de la solution à deux États, Harris a également adopté un point de discussion favori de Netanyahu sur la question, en indiquant au Jewish News de Californie en 2016 que la paix durable exige des Palestiniens qu’ils reconnaissent Israël comme « État juif ».

La bonne foi des progressistes

Harris s’est parfois écartée du lobby pro-Israël de Washington. Citant des préoccupations en matière de liberté d’expression, elle a voté contre la loi anti-boycott d’Israël qui aurait criminalisé le boycott de l’État juif.

« La sénatrice Harris soutient fermement l’aide à la sécurité pour renforcer la capacité d’Israël à se défendre », a fait savoir son bureau l’année dernière. « Elle s’est rendue en Israël où elle a pu constater de visu l’importance de la coopération américano-israélienne en matière de sécurité. Elle s’est opposée à cette loi par crainte qu’elle ne limite les droits du Premier Amendement des Américains ».

Alors qu’elle n’était pas présente au Sénat pour voter sur cette question en 2015, elle a soutenu l’accord nucléaire iranien et s’est alignée étroitement sur la position de Biden concernant l’accord multilatéral négocié par Obama, auquel le gouvernement Netanyahu s’est vigoureusement opposé.

La sénatrice démocrate de Californie Kamala Harris (au centre) rencontre les militants de l’AIPAC dans son bureau, le 25 mars 2019. (Kamala Harris/Twitter via JTA)

Lors du débat des vice-présidents le mois dernier, Harris a critiqué la décision de l’administration Trump, il y a deux ans, de se retirer de l’accord nucléaire, estimant que cela « a créé une situation où nous sommes moins en sécurité parce qu’ils construisent ce qui pourrait devenir un important arsenal nucléaire ».

« C’était une solution, aussi imparfaite soit-elle, et elle impliquait de nombreux partenaires, pas seulement les Etats-Unis et l’Iran », a-t-elle rappelé à la Democratic Majority For Israel l’année dernière. Puis, alors qu’elle était encore candidate à la présidence, elle s’est engagée à revenir sur l’accord tout en « étendant les dispositions de temporisation, y compris les essais de missiles balistiques et en renforçant la surveillance ».

Comme deux gouttes d’eau

Malgré l’approche apparemment plus prudente de Harris sur Israël, son ancienne assistante Soifer a insisté sur le fait que la vice-présidente élue est « carrément alignée » avec Biden en ce qui concerne l’État juif.

Halie Soifer, dirige le Conseil démocrate juif d’Amérique. (Avec l’aimable autorisation du JDCA – Jewish Democratic Council of America)

« La seule différence entre les deux est le temps que Joe Biden a passé à travailler sur cette question », a indiqué Mme Soifer.

L’ancienne conseillère à la sécurité nationale a souligné qu’avant même qu’ils ne deviennent colistiers, Biden et Harris faisaient partie d’une poignée de candidats qui s’opposaient au conditionnement ou à la réduction de l’aide militaire américaine à Israël.

« Ce qui les unit vraiment sur cette question, c’est qu’ils voient la relation comme dépassant ce moment politique actuel », a-t-elle précisé. « Trump a beaucoup personnalisé et politisé la relation, et ce n’est pas ainsi que l’administration Biden-Harris abordera la question ».

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