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Israël marque Yom HaShoah, en hommage aux victimes du génocide juif

Les sirènes ont sonné à 10 heures, ce matin, et l'État juif tout entier commémorera les six millions de Juifs tués par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale

Photo d'illustration : Des Israéliens s'arrêtent sur l'autoroute pour respecter deux minutes de silence à Tel Aviv à Yom HaShoah, le 12 avril 2017. (Crédit : lAFP PHOTO / JACK GUEZ)
Photo d'illustration : Des Israéliens s'arrêtent sur l'autoroute pour respecter deux minutes de silence à Tel Aviv à Yom HaShoah, le 12 avril 2017. (Crédit : lAFP PHOTO / JACK GUEZ)

Au son des sirènes, la vie s’est figée dans tout Israël pendant deux minutes jeudi pour marquer la journée de la Shoah, en mémoire des six millions de victimes juives du nazisme durant la Seconde Guerre mondiale.

A 10H00 (07H00 GMT), les Israéliens se sont recueillis dans les rues, sur leurs balcons et à l’extérieur des commerces et bureaux. Les automobilistes sont descendus de leurs voitures tête inclinée, et les autobus se sont arrêtés. Les élèves et les étudiants dans tous les établissements scolaires et universitaires ont respecté les deux minutes de recueillement.

Toutes les chaînes de radio et de télévision diffusent depuis mercredi soir des témoignages, des documentaires et des films consacrés au génocide.

Yom Hashoah est l’une des dates les plus solennelles du calendrier israélien. Un certain nombre de cérémonies de commémoration sont habituellement organisées pendant toute la journée à cette occasion.

Les sirènes donnent aussi le coup d’envoi aux principaux événements organisés pendant cette journée du souvenir, qui a commencé mercredi dans la soirée avec une cérémonie d’ouverture au musée Yad Vashem de Jérusalem.

Des moments forts sont aussi prévus dans les écoles, dans les institutions publiques et sur les bases militaires. A 11 heures, une cérémonie intitulée « Chaque personne a un nom » commencera à la Knesset, un événement annuel au cours duquel les députés lisent les noms des victimes du génocide juif.

A Yom HaShoah, de nombreux survivants assistent habituellement aux différents événements organisés, partageant leurs histoires avec les adolescents et prenant part à des marches de commémoration au sein des anciens camps de concentration de l’Europe. Cette année, la Marche des Vivants, un événement annuel, est organisée après deux ans d’interruption pour cause de pandémie de coronavirus – et cela devrait être probablement la dernière fois que des survivants de la Shoah y participeront.

Seulement huit survivants seront présents lors de cette Marche. Ils étaient 70 lors de la dernière édition qui avait eu lieu en 2019.

La marche des vivants en Pologne, où les participants marchent entre Auschwitz I et Birkenau (Autorisation)

Une cérémonie de clôture de la journée est organisée à la Maison des combattants du ghetto, dans le Kibboutz Lohamei HaGetaot, un kibboutz qui avait été créé par des survivants du génocide juif.

Des survivants de la Shoah, le président Isaac Herzog, le Premier ministre Naftali Bennett et d’autres dignitaires ont assisté à la cérémonie d’ouverture qui était organisée mercredi soir.

Des survivants de la Shoah ont allumé six torches lors de cette cérémonie, en mémoire des six millions de Juifs massacrés par les nazis.

Lors de l’événement, les dirigeants israéliens ont fait un plaidoyer vibrant en faveur de l’unité, demandant la fin des divisions politiques, et ils ont mis en garde contre la rhétorique antisémite ou les tentatives de comparer le massacre des Juifs d’Europe à d’autres atrocités.

Bennett et Herzog se sont chacun concentrés sur un seul incident de la Shoah pour évoquer les horreurs incompréhensibles plus larges du génocide nazi lors d’une allocution à Yad Vashem, le musée israélien de commémoration de la Shoah.

Bennett, qui a conservé le pouvoir même s’il a perdu sa majorité parlementaire, a fustigé la politique et le tribalisme qui ont déchiré Israël, ces dernières années. Il a noté que les divisions entre les idéologies de gauche et de droite avaient élimés les liens entre les Juifs, pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie.

« Même dans les jours les plus sombres de l’Histoire juive, dans l’enfer de la destruction, droite et gauche ont été dans l’incapacité de coopérer. Chaque groupe a combattu seul les Allemands », a-t-il dit.

« Nous ne devons pas laisser Israël se détruire de l’intérieur. Aujourd’hui, grâce à Dieu, nous avons une armée, un gouvernement, un parlement et un peuple – le peuple d’Israël », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’exprime lors d’une cérémonie organisée au musée de commémoration de la Shoah, Yad Vashem, à Jérusalem à Yom HaShoah, le 27 avril 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Bennett a aussi rejeté les comparaisons avec la Shoah qui sont devenues communes avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le mois dernier, certains députés israéliens se sont déchaînés contre le président Volodymyr Zelensky quand ce dernier a comparé la tragédie en cours dans son pays à la Shoah, pendant un discours prononcé devant les politiciens israéliens.

« La Shoah est un événement sans précédent dans l’histoire de l’Humanité. Je prends la peine de le dire parce que, avec les années qui passent, de plus en plus d’événements graves sont comparés à la Shoah », a noté Bennett.

« Mais non, même les guerres les plus tragiques, aujourd’hui, ne sont pas un Holocauste et elles ne sont pas similaires à la Shoah », a-t-il déclaré sans mentionner directement l’Ukraine.

« Aucun événement dans l’Histoire, indépendamment de son degré de cruauté, ne peut être comparé à l’annihilation des Juifs d’Europe par les nazis et par leurs collaborateurs », a poursuivi Bennett.

L’Histoire est riche en malheurs mais la Shoah se distingue par son objectif singulier d’extermination raciale, a-t-il expliqué.

« Jamais, où que ce soit, à un moment ou à un autre, une nation avait fait en sorte de détruire un peuple tout entier de manière si planifiée, si systématique, avec un tel sang-froid, sur la base totale d’une idéologie et sans autre dessein », a-t-il noté.

Le ministre de la Défense Benny Gantz s’est également exprimé à Yad Vashem, mercredi soir, disant que « la mission visant à protéger le peuple israélien est plus forte que n’importe quel débat idéologique », précisant que « elle n’est pas moins importante que la détermination d’Israël à attaquer les structures nucléaires de l’Iran ».

Les responsables israéliens évoquent souvent les menaces faites à la sécurité du pays lors de leurs discours prononcés à l’occasion de Yom HaShoah, a ajouté Gantz, « en particulier concernant l’Iran, qui cherche à acquérir l’arme nucléaire et qui devient une menace existentielle pour nous ».

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, prend la parole lors d’une cérémonie organisée au musée commémoratif de l’Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem, à l’occasion de Yom HaShoah, le 27 avril 2022. (Crédit : Bruno Sharvit/GPO)

« Et en effet, l’État d’Israël doit avoir la puissance militaire, mais aussi la puissance morale. Cette puissance, cette moralité émanent de notre capacité à vivre en tant que société forte, unie, et non en tant que peuple éparpillé dans la diaspora, en proie aux divisions et à la séparation. C’est notre résilience en tant que société qui permet notre existence et qui la justifie », a continué Gantz.

Dans son discours de mercredi, Bennett a utilisé une « fiche témoin » – un document de Yad Vashem qui donne les détails biographiques de base d’un Juif assassiné pendant la Shoah – d’une toute petite fille pour illustrer l’horreur du génocide.

Le président Isaac Herzog s’exprime pendant la cérémonie officielle de Yom Hashoah à Jérusalem, le 27 avril 2022. (Capture d’écran : YouTube)

Sur cette fiche, le prénom du bébé n’est pas précisé. Son nom de famille était Reich et il est indiqué qu’elle est née et qu’elle est morte à Auschwitz, a fait remarquer Bennett.

« Circonstances de sa mort : Prise immédiatement à sa mère », a lu le Premier ministre. « Age de sa mort : Trente minutes ».

La fiche avait été élaborée par sa mère, Irene Reich.

Herzog a utilisé une photo de soldats nazis et de miliciens ukrainiens exécutant une famille juive au bord d’une fosse à Miropol, en Ukraine, en 1941, pour évoquer les horreurs du génocide nazi.

Sur le cliché, une mère tape dans la main de son fils, s’inclinant vers lui, au moment où des hommes ouvrent le feu sur elle, derrière sa tête. L’enfant est pieds nus, regardant les arbres.

La fumée des coups de feu cache le visage de la mère, caché derrière un nuage fantomatique. Elle tient un autre enfant dans ses bras, à peine visible dans le chemisier à pois de la femme. Les tueurs semblent jouir de ce moment.

« Qu’est-ce que cette mère a donc murmuré à l’oreille de son petit garçon ? L’a-t-elle supplié de ne pas pleurer ? Et l’enfant ? A-t-il pleuré ? A-t-il gardé le silence ? A-t-il compris ce qui était en train d’arriver ? A-t-il eu peur ? », s’est interrogé Herzog. « Le photographe est silencieux – mais ce cliché est un hurlement. Il nous secoue. Il nous impose le silence. »

Cette photo avait été au centre du livre The Ravine, écrit par l’historienne Wendy Lower et qui a été publié en 2021. Herzog a déclaré avoir ressenti « du chagrin, de la fureur et de la douleur » en découvrant la photo dans le livre.

Les nazis avaient tué plus d’un million de Juifs dans la ce qui a été appelé la Shoah par balle, les exécutant dans les forêts et dans les champs, à l’écart des camps de la mort de triste mémoire.

Herzog a déclaré que l’État d’Israël était « un phare » pour tous les Juifs du monde après la Shoah, et il a expliqué que les discours mettant en doute le droit à l’existence d’Israël ne relevaient pas « d’une légitime diplomatie, mais bien d’un antisémitisme pur qui doit être déraciné ».

Ces dernières années, la communauté juive a été confrontée à la question de la commémoration et de l’éducation des générations futures sur le génocide dans les décennies à venir, alors que le nombre de survivants diminue.

Le ministère de l’Egalité sociale a déclaré mercredi qu’il y a 161 400 survivants de l’Holocauste vivant en Israël.

L’âge moyen des survivants de l’Holocauste est de 85,5 ans, avec 31 500 personnes âgées de plus de 90 ans et plus de 1 000 qui vivent depuis plus d’un siècle.

Au cours de l’année dernière, 15 553 survivants sont morts en Israël, soit une moyenne de plus de 42 par jour.

Mercredi, Bennett a accueilli un survivant de la Shoah dans son bureau dans le cadre d’une série d’événements annuels appelés Zikaron Basalon, au cours desquels des survivants se réunissent dans un cadre intime pour raconter leur histoire.

Bennett a accueilli une survivante de Pologne, Aliza Landau, qui a dit s’être cachée dans la forêt à l’âge de 6 ans avec son frère et son père.

Le Premier ministre Naftali Bennett accueille une survivante de la Shoah, Aliza Landau, lors d’un événement organisé par Zikaron Basalon pour Yom HaShoah, le 27 avril 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Un matin, elle a trouvé son père en pleurs. Il a dit que son frère était mort de faim et l’a envoyée dans quelques maisons voisines pour chercher de la nourriture.

« Tu iras, tu survivras et tu fonderas à nouveau notre famille », lui a-t-il dit.

« J’ai réalisé le souhait de mon père – j’ai fondé une famille. J’ai trois enfants et sept petits-enfants », a déclaré Landau lors de la rencontre avec Bennett. « C’est ma victoire personnelle sur les nazis. »

L’AFP et Luke Tress ont contribué à cet article.

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