Israël réprimande l’envoyé polonais et demande la réécriture de la loi
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Israël réprimande l’envoyé polonais et demande la réécriture de la loi

Le ministère des Affaires étrangères a critiqué une loi "surprenante et malheureuse" qui empêche le débat sur la collaboration des Polonais avec les nazis

Le vice-ambassadeur polonais Piotr Kozlowski marche aux abords du ministère des Affaires étrangères israélien après une rencontre avec des responsables israéliens, le 28 janvier 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le vice-ambassadeur polonais Piotr Kozlowski marche aux abords du ministère des Affaires étrangères israélien après une rencontre avec des responsables israéliens, le 28 janvier 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le vice-ambassadeur polonais en Israël a été réprimandé au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem dimanche après que les législateurs polonais ont fait avancer ce week-end un projet de loi qui rendrait illégale l’incrimination du pays dans les crimes de l’Holocauste commis sur son territoire.

Piotr Kozlowski a rencontré le directeur-général adjoint du ministère pour l’Europe occidentale, le docteur Rodica Radian-Gordon, et son directeur pour les affaires juives mondiales, Akiva Tor.

Un communiqué diffusé par le ministère des Affaires étrangères à l’issue de la rencontre a indiqué que les responsables « ont exprimé l’opposition israélienne au libellé de la loi » et ont déclaré que l’adoption de cette dernière lors de la Journée mondiale de commémoration de l’Holocauste était particulièrement « surprenante et malheureuse ».

« Cette loi n’aidera pas à exposer des vérités historiques, elle pourrait nuire à la liberté universitaire et empêcher les débats sur l’héritage de la Seconde Guerre mondiale », a dit le communiqué, qui appelle le gouvernement polonais à amender le libellé du projet et à « mener un dialogue significatif avec Israël ».

« Nous ne tentons pas d’effacer l’histoire mais plutôt de soutenir la vérité », a déclaré au site d’information Ynet Kozlowski après cette rencontre de 15 minutes, ajoutant : « J’ai entendu ce que je m’attendais à entendre ».

L’ambassadeur de Pologne en Israël Jacek Chodorowicz ne se trouvait pas dans le pays dimanche.

Vendredi, la chambre basse du Parlement polonais a adopté une législation prévoyant des peines de prison pour l’utilisation de phrases comme « les camps polonais de la mort » pour se référer aux sites d’extermination qu’avaient fait fonctionner l’Allemagne nazie dans la Pologne occupée au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le projet de loi doit encore recevoir l’approbation du sénat et du président polonais. Il marque toutefois une initiative spectaculaire du gouvernement nationaliste actuel du pays qui tente de prendre pour cible tous ceux qui tentent de saper sa position officielle, à savoir que tous les Polonais se sont comportés de manière héroïque pendant la guerre contrairement aux collaborateurs nazis qui ont commis des crimes atroces.

« Quiconque accuse, publiquement et au détriment des faits, la nation polonaise ou l’Etat polonais de responsabilité ou de complicité dans les crimes nazis commis par le Troisième reich allemand… ou d’autres crimes contre la paix et l’humanité, ou des crimes de guerre, ou qui diminuent largement [la responsabilité] de leurs véritables auteurs en conséquence, pourra écoper une amende ou d’une peine maximale de trois ans de prison », dit une traduction du projet de loi.

Entrée principale du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. (Crédit : Tulio Bertorini/CC-BY)

La législation a suscité l’indignation en Israël, certains députés accusant le gouvernement polonais de négationnisme alors que le monde entier célébrait la Journée internationale de l’Holocauste samedi.

‘Une version polonaise de la loi sur la Nakba’

Tandis que le projet de loi a été presque unanimement décrié par les députés israéliens, Hanin Zoabi de la Liste arabe unie a comparé dimanche la législation polonaise à une loi israélienne qui permet au gouvernement de retirer des financements aux institutions qui marquent l’indépendance d’Israël comme étant une « catastrophe » palestinienne.

« Cette loi est la version polonaise de la loi sur la Nakba », a estimé Zoabi dans un communiqué mordant. « Tous ceux qui utilisent l’Holocauste dans des dessins d’oppression politique ne devraient pas être surpris par ce déni ».

« Ceux qui nient leurs responsabilités dans leurs propres crimes de guerre commis contre les Palestiniens… ne devraient pas être surpris quand d’autres font la même chose », a-t-elle dit.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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