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Analyse

Israël va vivre ses premières élections d’une nouvelle ère – sans nouveaux dirigeants

Le pays a connu des changements radicaux, ces deux dernières années - mais les politiciens en lice sont souvent les mêmes que ceux qui se présentaient déjà, il y a plus de dix ans

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et Naftali Bennett en 2015, lorsqu'ils avaient formé une coalition. Plus de dix ans plus tard, ils sont toujours en politique, se présentant l'un contre l'autre. (Crédit: Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et Naftali Bennett en 2015, lorsqu'ils avaient formé une coalition. Plus de dix ans plus tard, ils sont toujours en politique, se présentant l'un contre l'autre. (Crédit: Haim Zach/GPO)

A cette époque, les Israéliens avaient eu la conviction que ces élections allaient être décisives.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu était au pouvoir depuis bien trop longtemps, affirmaient ses adversaires, qui assuraient que l’homme avait définitivement perdu le contact avec l’électorat traditionnel, se souciant davantage de sa propre survie politique que de l’intérêt national. Le camp de Netanyahu répondait alors qu’il était un leader indispensable – surtout si on devait le comparer ses rivaux, jugés trop timorés. Ses soutiens affirmaient que faire un autre choix à la tête du pays serait absolument imprudent face aux menaces qui pesaient sur Israël.

Pour de nombreux citoyens appelés aux urnes, les personnalités en lice – Netanyahu, Isaac Herzog, Naftali Bennett, Yair Lapid, Aryeh Deri, Avigdor Liberman – n’inspiraient guère confiance. Les sondages étaient indécis. L’élection semblait pouvoir basculer d’un côté comme de l’autre.

C’était en 2015.

Netanyahu l’avait remporté haut la main et il s’est finalement depuis maintenu au poste de Premier ministre presque en permanence. Et cette année, il se présentera à nouveau devant les électeurs.

Mais au cours des onze années depuis – et en particulier depuis le 7 octobre 2023 – la situation en Israël a radicalement changé. Qu’il s’agisse du contrat social qui lie le pays à ses citoyens, de ses normes démocratiques, de son contexte régional, de ses alliances et même de ses frontières. Tout a changé.

Et pourtant, bon nombre d’électeurs éprouvent un fort sentiment de déjà-vu. En effet, à l’approche du prochain scrutin prévu normalement en octobre, de nombreux candidats qui avaient fait campagne en 2015, voire même avant, sont toujours là. Et même si Israël doit faire face à une nouvelle réalité, seuls quelques nouveaux visages ont rejoint la scène politique et promettent un nouveau départ.

Le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman (à droite) et le leader de Yesh Atid, Yaïr Lapid, lors de la première conférence gouvernementale dirigée par le Premier ministre israélien de l’époque, Naftali Bennett, à la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu est bien sûr toujours Premier ministre. Bennett, qui appartenait autrefois au camp de Netanyahu mais qui s’est opposé de manière constante au Premier ministre, constitue désormais sa menace la plus crédible, selon les observateurs.

Herzog a quitté la scène politique – mais il n’est pas pour autant hors jeu. En tant que président, il sera chargé – une fois que les résultats des élections révélés – de confier la formation du prochain gouvernement au candidat le mieux placé pour ce faire. Il est également en train de déterminer si Netanyahu bénéficiera ou non d’une grâce dans le cadre de ses trois procès au pénal.

Lapid, Deri et Liberman, quant à eux, sont toujours à la tête des mêmes partis politiques qu’il y a onze ans.

Certains politiciens sont arrivés plus récemment – comme Benny Gantz et Gadi Eizenkot au centre, Itamar Ben Gvir à l’extrême droite et Yair Golan à gauche. Aucun d’entre eux ne devrait bouleverser l’actuel paysage politique et a fortiori aucun d’entre eux ne peut prétendre, de manière réaliste, au poste de Premier ministre. D’autres candidats autrefois novateurs sont venus et ils sont repartis.

Il manque, dans ce paysage politique, des partis majeurs qui seraient dirigés par des femmes – une lacune frappante dans un pays qui avait pourtant élu Golda Meir en 1969 et qui, il y a 17 ans, avait accordé à Tzipi Livni la majorité des voix, même si le poste de Premier ministre lui avait échappé, étant incapable de pouvoir bâtir une coalition.

Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, tenant une conférence de presse pour présenter les nouveaux membres du parti, à Tel Aviv, le 6 janvier 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Il y a bien quelques nouveaux venus cette fois-ci, mais ils sont tous députés dans des factions qui existent déjà : le général à la retraite Noam Tibon a rejoint Yesh Atid, un groupe de leaders du mouvement de protestation anti-gouvernemental a intégré les rangs des Démocrates, la faction de gauche de Golan (et même cette formation n’est en réalité que le résultat de la fusion de deux partis existants dont les idéologies convergeaient de toute façon.)

Einav Zangauker, la mère de Matan Zangauker, ancien otage à Gaza, et figure de premier plan dans la lutte pour la cause des captifs, envisage de se lancer dans la bataille – mais il reste difficile de dire si elle le fera véritablement, et comment.

Le plus grand drame électoral se joue pourtant au sein même des partis. Ainsi, au Likud, qui l’emportera lors des primaires ? S’agira-t-il des agitateurs populistes ou des figures de l’establishment ? Qui donc Bennett choisira-t-il pour son parti, et comment s’appellera-t-il ? La faction Raam de Mansour Abbas parviendra-t-elle à se débarrasser de son image islamiste ?…

Personne ne met toutefois en doute l’identité des personnalités qui seront à la barre de ces partis. Celui qui « remportera » les primaires internes du Likud sera le numéro deux sur la liste, dans l’ombre imposante de Netanyahu.

Les responsables politiques expérimentés – voire vieillissants – sont eux-mêmes en réalité une tradition politique israélienne. David Ben Gurion avait dirigé son parti au cours des cinq premières élections israéliennes, et Menahem Begin avait été à la tête du sien lors de neuf scrutins. Shimon Peres, de son côté, avait chapeauté Avoda pendant plus de 15 ans en tout, perdant quatre élections et faisant match nul lors d’une autre.

Quelque chose qui n’arrive quasiment jamais aux États-Unis, où le système politique est très différent et où il y a des limites au nombre de mandats. Le président américain Donald Trump est le premier, en l’espace de 80 ans à avoir remporté à trois reprises consécutives, l’investiture de son parti.

Menachem Begin, (au centre), s’adresse à ses partisans au siège de son parti à Tel Aviv, le 18 mai 1977, alors qu’ils célèbrent l’élection du Likud au gouvernement après 29 ans de pouvoir du Parti travailliste israélien. (AP Photo)

Une constance qui peut présenter certains avantages. Au cours des dernières décennies, une multitude de partis éphémères ont pris part à une élection ou deux avant de disparaître. Aujourd’hui, les dirigeants des blocs pro et anti-Netanyahu exhortent les nouvelles petites factions à fusionner dans le cadre d’alliances plus larges et à ne surtout pas faire cavalier seul. Et enfin, indépendamment des avis des uns ou des autres au sujet des candidats actuels, tous ont une expérience du gouvernement.

Mais depuis plus de deux ans, Israël a dû faire face à des défis sans précédent. L’État juif a vécu des tragédies et la guerre continue malgré tout sur plusieurs fronts.

Le pays s’engage donc dans une nouvelle ère – mais sans un nouveau dirigeant.

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