“J’ai des enfants ici. Qui va les défendre ?” se demande un Israélien à Bruxelles
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“J’ai des enfants ici. Qui va les défendre ?” se demande un Israélien à Bruxelles

La communauté juive s’enferme et annule les fêtes, alors que les forces de sécurité belge s'activent pour répondre aux attentats

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Rue de la Loi près de la station de métro Maalbeek à Bruxelles, le 22 mars 2016 (Crédit : AFP / Belga / NICOLAS MAETERLINCK / Belgium OUT)
Rue de la Loi près de la station de métro Maalbeek à Bruxelles, le 22 mars 2016 (Crédit : AFP / Belga / NICOLAS MAETERLINCK / Belgium OUT)

Ronen Gan-El était en chemin pour déposer son fils dans une école de Bruxelles quand il a appris les explosions de mardi matin à l’aéroport et dans le métro, qui ont fait 34 morts et près de 200 blessés.

« Je l’ai en fait appris de quelqu’un en Israël. La mère de ma femme a appelé et a dit, ‘Ecoute, il y a eu une attaque à l’aéroport’, a déclaré par téléphone Gan-El au Times of Israel. Je pensais qu’elle parlait de l’aéroport israélien. »

Il a finalement réalisé que l’attentat avait eu lieu à Zavantem, à quelques kilomètres, à la frontière de la ville qui a été le foyer de Gan-El ces trois dernières années.

L’attaque suivante a frappé encore plus près, a-t-il dit.

Un agent de sécurité privé aide une femme blessée devant la station de métro de Maalbeek, à Bruxelles, le 22 mars 2016, après une explosion dans la station proche des institutions européennes. (Crédit : AFP / Michael VILLA)
Un agent de sécurité privé aide une femme blessée devant la station de métro de Maalbeek, à Bruxelles, le 22 mars 2016, après une explosion dans la station proche des institutions européennes. (Crédit : AFP / Michael VILLA)

« La seconde a touché une station de métro appelée Maalbeek, qui est assez proche de la Commission européenne [300 mètres] où travaille ma femme, a déclaré Gan-El. Nous avons eu de la chance, ma femme a raté le métro aujourd’hui. »

Quand il a entendu qu’une deuxième attaque avait eu lieu, Gan-El était déjà arrivé au travail après avoir laissé son fils au jardin d’enfants.

« J’ai couru comme un fou, a-t-il déclaré. Je suis de Sderot, je suis du sud. J’ai assez d’expériences avec le terrorisme, mais même moi j’étais effrayé. J’ai couru comme un fou pour récupérer ma femme à une station de métro. Et je l’ai juste ramenée à la maison. »

L’Etat islamique a revendiqué les attentats.

« Les soldats du califat […] ont mené une attaque ciblant l’Etat croisé de Belgique, qui combat l’islam et son peuple », a déclaré le groupe dans un communiqué publié sur internet.

« Nous promettons aux nations de croisés qui sont alliées contre l’Etat islamique que des jours sombres sont devant elles, en réponse à leur agression contre notre Etat […] ce qui vous attend sera plus dur et plus amer, avec la permission d’Allah. »

Les médias locaux ont annoncé un total de 34 morts – 14 dans les deux explosions du terminal des départs de l’aéroport et 20 de plus dans une troisième explosion peu après à une station de métro. Des dizaines de personnes ont été blessées.

Le système de transport public de la ville a été fermé suite aux explosions, que les autorités ont rapidement classées comme des attentats terroristes.

Les écoles juives de Belgique ont d’abord été confinées et ont gardé les enfants dans les bâtiments, mais elles ont finalement demandé aux parents de venir chercher leurs enfants et de les ramener à la maison.

Ronen Gan-El, Un Israélien vivant à Bruxelles. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Ronen Gan-El, Un Israélien vivant à Bruxelles. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Pour Gan-El, un envoyé israélien qui a travaillé à la communauté juive de Bruxelles comme professeur d’anglais pendant plusieurs années, l’attentat n’a pas été une surprise.

« Il était clair qu’ils voulaient faire quelque chose de gros. Nous avons rencontré deux professionnels [des officiers de sécurité] venir la semaine dernière et dire, ‘Ecoutez, soyez prudents. Ils prévoient, ils prévoient’ », a déclaré Gan-El.

Le gouvernement belge a également indiqué qu’il y avait des signes avant-coureurs d’une attaque terroriste imminente à Bruxelles.

Salah Abdeslam, l’un des organisateurs des attentats terroristes dévastateurs de Paris en novembre, a été arrêté il y a quatre jours en Belgique. Il aurait dit aux enquêteurs qu’une cellule terroriste dans le pays se préparait à mener une attaque.

Abdeslam a dit aux enquêteurs qu’ « il était prêt à recommencer quelque chose à Bruxelles […] nous avons trouvé beaucoup d’armes, des armes lourdes, pendant les premières investigations et nous avons trouvé un nouveau réseau autour de lui à Bruxelles, » a déclaré mardi à l’AFP le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.

Ces échecs apparents du renseignement, et ce que les voyageurs ont décrit à la BBC comme une réponse « confuse » par la police après les explosions à l’aéroport, n’ont pas laissé une impression de sécurité à Gan-El.

« Nous ne pouvons pas faire confiance aux autorités ici, a-t-il dit. C’est quelque chose de nouveau pour eux. Ils réagissent de manière hystérique. Ils n’ont aucune idée de ce qu’il se passe. Vous voyez que les policiers sont très agités, les soldats sont très agités. Vous avez le sentiment qu’ils ne savent pas quoi faire. »

En conséquence de ces peurs, la communauté juive de Belgique a déjà annulé beaucoup de ses projets pour la fête de Pourim, a annoncé mardi la communauté juive internationale (CJI) progressiste.

« Nous sommes tous en deuil – pour les morts, la perte et la douleur – mais également pour notre sentiment de sécurité. Avec tout ce qui est arrivé, la CJI annule son évènement de Pourim, qui était prévu pour demain soir [mercredi soir] », a déclaré la communauté dans un communiqué.

« Ce n’est pas un moment pour le risque, et certainement pas pour la célébration. Pour l’instant, nous prévoyons toujours de nous réunir à Shabbat. Pendant que nous essayons de trouver le meilleur moyen de progresser, en consultation avec nos experts de sécurité et les autorités, nous vous tiendrons informés », a déclaré la CJI.

Un soldat belge devant la station de métro de Maalbeek, après une explosions qui a tué 20 personnes, le 22 mars 2016. (Crédit : AFP/Cédric SIMON)
Un soldat belge devant la station de métro de Maalbeek, après une explosions qui a tué 20 personnes, le 22 mars 2016. (Crédit : AFP/Cédric SIMON)

Certains dans la communauté juive voient des échos de l’attaque terroriste de 2014 contre le musée juif de Belgique, dans laquelle quatre personnes avaient été tuées par Medhi Nemmouche, un Franco-Algérien de 29 ans.

« Ce qui a commencé avec une attaque jihadiste mortelle contre le musée juif il y a presque deux ans a maintenant atteint l’aéroport et le métro », a écrit Kenneth Bandler, directeur des relations avec la presse du comité juif américain, dans un email à propos des attentats de mardi matin à Bruxelles.

« C’est encore une autre attaque mortelle choquante et révulsante contre des Européens innocents par des terroristes radicaux », a déclaré Moshe Kantor, le président du Congrès juif européen, dans un communiqué.

Gan-El est né en Belgique mais a vécu presque toute sa vie en Israël. Sa femme et son fils sont nés en Israël, mais sa fille est née à Bruxelles.

« C’est comme si le gouvernement [belge] ne savait pas quoi faire, et c’est vraiment effrayant », a-t-il dit.

« C’est très frustrant parce que j’ai des enfants ici. Qui va les défendre ? Moi ? », a-t-il demandé.

Le jeune père et sa famille sont venus en Belgique pour les opportunités de travail et la chance de contribuer à la communauté juive, mais les attentats et la volonté de réponse du gouvernement conduisent Gan-El à reconsidérer sa situation de vie, a-t-il déclaré.

« Nous pensons à rentrer, si les choses continuent comme cela », a dit Gan-El.

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