Jérusalem à travers l’objectif de ses habitants
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Jérusalem à travers l’objectif de ses habitants

Photographiée sous tous les angles depuis l’invention des appareils photos, la capitale était généralement vue à travers l’objectif d’un étranger. Une nouvelle exposition de photos prises par les habitants, de 1900 à 1950, présente de nouvelles perspectives

  • Des combattants arabes sur les murs de la Tour de David (Crédits : Chalil Rissas / Central Zionist Archives)
    Des combattants arabes sur les murs de la Tour de David (Crédits : Chalil Rissas / Central Zionist Archives)
  • Shmuel Josef Schweig, concert du chanteur Z. Kwartin. Photographie issue d'un album du Fonds national juif, collection de photographie israélienne de Buki Boaz, Mevasseret Sion.
    Shmuel Josef Schweig, concert du chanteur Z. Kwartin. Photographie issue d'un album du Fonds national juif, collection de photographie israélienne de Buki Boaz, Mevasseret Sion.
  • Un cours de Torah donné à l'orphelinat Diskin à Givat Shaul dans les années 1920, numérisation d'un négatif sur plaque de verre (autorisation de Tsadok Bassan / Central Zionist Archives)
    Un cours de Torah donné à l'orphelinat Diskin à Givat Shaul dans les années 1920, numérisation d'un négatif sur plaque de verre (autorisation de Tsadok Bassan / Central Zionist Archives)
  • Un match de rugby entre la police de Jérusalem et la police du Nord, autour de 1933 (autorisation de Zvi Oroshkes / Central Zionist Archives)
    Un match de rugby entre la police de Jérusalem et la police du Nord, autour de 1933 (autorisation de Zvi Oroshkes / Central Zionist Archives)
  • Trou d'obus dans une maison de la Vieille Ville (autorisation d'Ali Zaarour / collection de la famille d'Ali Zaarour)
    Trou d'obus dans une maison de la Vieille Ville (autorisation d'Ali Zaarour / collection de la famille d'Ali Zaarour)
  • Des orphelins cousent à l'orphelinat Diskin de Givat Shaul (autorisation de Tsador Bassan / Central Zionist Archives)
    Des orphelins cousent à l'orphelinat Diskin de Givat Shaul (autorisation de Tsador Bassan / Central Zionist Archives)

Jérusalem a été photographiée sous tous les angles inimaginables, et ce dès les années 1830, quand les premières images photographiques ont été capturées sur pellicule.

Cet héritage photographique est l’objet d’une nouvelle exposition, « L’homme à la caméra : hommes et femmes photographient Jérusalem, 1900 – 1950 », inaugurée ce jeudi 26 mai au musée de la Tour de David, à Jérusalem.

Ce sont les touristes européens, en visite dans la Vieille Ville, qui furent les premiers à photographier les sites antiques et les murs de Jérusalem, et ces photographies sont imprégnées de leurs propres motivations, explique le conservateur de l’exposition, Shimon Lev.

Ces touristes étaient des photographes, des archéologues et des chrétiens dévots, attirés par les mystères de l’Orient et souvent inspirés par le désir de prouver que les événements du Nouveau Testament avaient bien eu lieu, et s’étaient déroulés à Jérusalem.

Puis vint le temps de la “photographie sioniste”, dans les années 1920 et 1930, quand le Fonds national juif (FNJ-KKL) décida de rémunérer des photographes professionnels. C’était une période de photographie politique et idéologique, montrant des jeunes hommes bronzés aux muscles saillants, poussant la charrue, et des jeunes femmes athlétiques dansant la hora.

Cette photographie était ambivalente vis-à-vis de Jérusalem qui, à l’époque, représentait de nombreux maux juifs auxquels le sionisme devait mettre fin, ajoute Lev.

Shmuel Josef Schweig. Concert by the cantor Z. Kwartin, from a Jewish National Fund album, Buki Boaz collection of Israeli photography, Mevasseret Zion Shmuel Josef Schweig, concert du chanteur Z. Kwartin. Photographie issue d'un album du Fonds national juif, collection de photographie israélienne de Buki Boaz, Mevasseret Sion.
Shmuel Josef Schweig, concert du chanteur Z. Kwartin. Photographie issue d’un album du Fonds national juif, collection de photographie israélienne de Buki Boaz, Mevasseret Sion.

Mais ce qui manquait dans ces différents points de vue, c’étaient les photographes vivant et travaillant à Jérusalem, et les perspectives variées qu’ils capturaient à travers l’objectif.

“L’histoire de la photographie locale à Jérusalem n’a jamais été montrée comme un ensemble d’œuvres et nous voulions être l’endroit pour le faire », précise Eilat Lieber, la directrice du musée.

L’exposition est le fruit de 18 mois de recherches intensives : l’équipe passa au peigne fin les archives photographiques du musée, rendit visite aux principaux collectionneurs de photographie israélienne précoce, et identifia des photographes – souvent en localisant des membres de la famille.

Le résultat final présente 120 photographies numérisées et un petit nombre d’originales.

L’exposition juxtapose une large diversité de styles, du classique ou de l’avant-gardiste à un genre plus direct, journalistique, documentaire, créant un voyage historique du développement de la photographie. Elle met aussi en valeur le parcours des photographes eux-mêmes, dont les propres cultures et histoires jouent sur leur manière de travailler et le choix de leurs sujets.

Un cours de Torah donné à l'orphelinat Diskin à Givat Shaul dans les années 1920, numérisation d'un négatif sur plaque de verre (autorisation de Tsadok Bassan / Central Zionist Archives)
Un cours de Torah donné à l’orphelinat Diskin à Givat Shaul dans les années 1920, numérisation d’un négatif sur plaque de verre (autorisation de Tsadok Bassan / Central Zionist Archives)

Des 34 photographes exposés – incluant des Juifs et des Arabes, des hommes et des femmes – Tsadok Bassan fut le premier photographe juif né dans la ville.

Issu de la troisième génération d’une famille religieuse de Jérusalem, il captura la vie dans la Jérusalem d’avant la création de l’Etat, immortalisant ce qu’il se passait dans les yeshivas, les orphelinats, les soupes populaires, les hôpitaux et les cimetières. Chacune de ses photographies est méticuleusement composée, et la lumière naturelle en est une caractéristique remarquable.

Formant un contraste saisissant, le photographe allemand Alfred Bernheim, l’un des principaux photographes professionnels de la ville, apporta le style de l’époque de Weimar et le mouvement de la Nouvelle Vision, ce qui se reflète dans ses compositions modernes et anguleuses.

Un match de rugby entre la police de Jérusalem et la police du Nord, autour de 1933 (autorisation de Zvi Oroshkes / Central Zionist Archives)
Un match de rugby entre la police de Jérusalem et la police du Nord, autour de 1933 (autorisation de Zvi Oroshkes / Central Zionist Archives)

Zvi Oroshkes (Oron) est venu de Russie et, grâce à de bons contacts avec les Anglais, prenait des photos journalistiques pour l’administration du mandat britannique. L’une montre deux clowns en tenue pour distraire les familles anglaises. L’autre représente un match de rugby.

Alors que les photographies de la guerre d’indépendance sont assez bien connues, Lev a choisi une image humble mais saisissante prise par Rudolf Jonas, né en Allemagne, d’un père marchant avec son enfant dans une allée bordée de sacs de sable. Ali Zaarour, probablement le premier photographe arabe musulman à travailler à Jérusalem, est représenté, avec une image poignante d’un filet de lumière tombant sur une peinture de la Vierge Marie à travers un trou d’obus dans le plafond d’une maison.

Trou d'obus dans une maison de la Vieille Ville (autorisation d'Ali Zaarour / collection de la famille d'Ali Zaarour)
Trou d’obus dans une maison de la Vieille Ville (autorisation d’Ali Zaarour / collection de la famille d’Ali Zaarour)

La présentation des 120 photos sera accompagnée de deux applications pour smartphone, l’une racontant l’histoire derrière l’exposition, l’autre présentant des lieux de Jérusalem photographiés dans le passé et maintenant. De plus, les visiteurs pourront enfiler des costumes et poser sur un fond utilisé pour des portraits classiques, dans le style du début du 20e siècle.

Le musée invite aussi les visiteurs à créer un compte-rendu de la vie de tous les jours au 21e siècle, en donnant leurs propres photos de famille au musée, complétées du nom du photographe, des personnages et de l’occasion.

En tant qu’élément de la stratégie du musée pour attirer les visiteurs dans la Vieille Ville, des panneaux rassemblant certaines de ces photos seront placés devant le bâtiment Clal, à côté du marché de Mahane Yehuda, pour éveiller la curiosité des habitants et des touristes.

Des orphelins cousent à l'orphelinat Diskin de Givat Shaul (autorisation de Tsador Bassan / Central Zionist Archives)
Des orphelins cousent à l’orphelinat Diskin de Givat Shaul (autorisation de Tsador Bassan / Central Zionist Archives)

L’idée de l’exposition vient du musée lui-même, et de leurs archives photographiques, qui contient des milliers de photos spontanément envoyées au musée. Ces archives ont été récemment numérisées et mises en ligne dans une collection internationale pour les musées. Une aide du ministère de la Culture soutiendra la restauration de la collection, et le but final est de les rendre accessible au public, en ligne.

Lieber explique que c’est la municipalité de Jérusalem qui possède la plus grande collection de photos d’archives, mais qu’elle n’est pour l’instant pas ouverte aux musées, aux chercheurs ou au public. Elle espère que l’exposition du musée pourra persuader les décideurs d’ouvrir leurs archives, de les numériser et de les mettre en ligne.

« The Camera Man », Musée de la Tour de David, du 26 mai au 12 décembre 2016.

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