Jérusalem ignore le plan de partition oublié de l’ONU en 2012 à ses risques et périls
Rechercher
Analyse

Jérusalem ignore le plan de partition oublié de l’ONU en 2012 à ses risques et périls

Alors qu'Israël salue la résolution 181 de l'Assemblée générale comme un présage de l'indépendance en 1947, peu ont noté que la même instance avait approuvé à sa très grande majorité un état palestinien cinq ans auparavant

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le vote à l'ONU du Plan de Partition, le  29 novembre 1947 (Crédit :  Government Press Office, Jerusalem)
Le vote à l'ONU du Plan de Partition, le 29 novembre 1947 (Crédit : Government Press Office, Jerusalem)

De nombreux Israéliens ont fêté mercredi tel un « jour férié » marquant le 70ème anniversaire du plan de partition des Nations unies. Aux yeux d’une grande partie du public israélien, la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies est cette journée où pour la première fois, en deux millénaires, le monde a donné son approbation à l’indépendance du peuple juif dans sa terre ancestrale.

Mais, le 29 novembre, il y a eu un autre anniversaire significatif. Un anniversaire que les Israéliens – et même les Palestiniens – ont curieusement négligé de fêter : Il y a exactement cinq ans, la même Assemblée générale des Nations unies a reconnu la « Palestine » en tant qu’Etat et a réclamé le retrait des Israéliens de tous les territoires capturés en 1967.

Les deux résolutions n’étaient pas contraignantes au niveau légal mais empreintes toutefois d’un fort symbolisme, suscitant de vives émotions – qu’il s’agisse d’espoirs ou de craintes – parmi les Juifs et les Arabes.

En 1947, 33 des 57 états-membres de l’ONU avaient voté en faveur du plan de partition original. Il appelait à l’établissement en Palestine mandataire d’un état juif et d’un état arabe et pour l’internationalisation de Jérusalem. Treize pays s’étaient opposés et dix s’étaient abstenus.

L’histoire de la résolution est connue : Les Juifs l’ont acceptée et les Arabes l’ont rejetée, et elle n’a jamais été mise en vigueur. Il a fallu encore six mois avant la proclamation finale de l’Etat d’Israël, le jour de l’expiration du mandat britannique.

Et pourtant, Israël, cette semaine, a célébré cette date du 29 novembre 1947 comme un tournant majeur sur la route de l’indépendance. Cette journée est généralement considérée d’une importance similaire, voire plus déterminante encore, que la déclaration Balfour de 1917, dans laquelle le Royaume-Uni promettait de soutenir « un foyer national pour les Juifs » en Palestine.

« Pour Israël, ça a été un moment qui a transformé un rêve ancestral d’auto-détermination en miracle ancré dans la réalité », a commenté mercredi l’ambassadeur israélien aux Nations unies Danny Danon lors d’une session spéciale de l’Assemblée générale marquant le vote.

Pour sa part, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé mardi le plan de partition un « prélude à la renaissance d’Israël en tant que nation indépendante ».

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon a, quant à lui, fait appel à la Bible dans sa description du vote.

« Pour nous, c’est un moment d’émotion intense et, malgré le fait que 70 ans se sont écoulés, nous vivons encore ces moments comme s’ils venaient tout juste de survenir », a-t-il déclaré dans un message filmé posté sur son compte Twitter. « Dans la longue histoire du peuple Juif, qui va des royaumes de Judée et de Samarie à l’Etat moderne d’Israël, jamais nous n’oublierons ce moment historique et nous le chérirons pour l’éternité ».

Sans surprise, les Palestiniens ont pleuré le 70e anniversaire du plan de partition, déplorant ce qu’ils considèrent comme le premier signe précurseur de la Nakba, l’année suivante.

« Avec la partition de la Palestine historique, la victimisation et les souffrances du peuple palestinien ont commencé », a déclaré Hanan Ashrawi, haut-responsable du comité exécutif de l’OLP. « L’Etat d’Israël a été créé au détriment du peuple indigène d’une terre qui aura été violemment déraciné ».

L’envoyé palestinien en Grande-Bretagne, Manuel Hassassian, a expliqué que la Résolution 181 était « raciste », qu’elle « a mené au… nettoyage ethnique et à la dépossession » et à la « violence systématique quotidienne, à la discrimination et au régime de peur face à l’occupation brutale israélienne ».

Eux et d’autres hauts-responsables palestiniens ont noté qu’il y a 40 ans, l’ONU avait désigné la date du 29 novembre comme « journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien ». Ils ont saisi l’occasion du 70ème anniversaire cette semaine comme une opportunité de recommander vivement au monde de prendre des mesures concrètes pour obliger Israël à totalement se retirer de Cisjordanie et de Jérusalem-est, capturés en 1967 par l’Etat juif.

Mais dans les déclarations innombrables qui ont marqué l’événement, ni les Israéliens ni les Palestiniens ne se sont arrêtés sur la Résolution A/67/L.28 de l’Assemblée générale de l’ONU, qui a été adoptée en 2012.

Au-delà de l’octroi de statut d’observateur non-membre à la Palestine, la résolution réaffirmait « le droit du peuple palestinien à l’auto-détermination et à l’indépendance dans l’état de Palestine sur le territoire palestinien occupé depuis 1967 ». Elle approuvait également le désir des Palestiniens à devenir membres à part entière de l’ONU (même si une telle décision ne peut être mise en vigueur que par le Conseil de sécurité où, jusqu’à présent, les Etats-Unis ont opposé leur veto à une telle tentative).

Presque trois-quarts des pays votants – 138 – avaient soutenu le texte. Seuls neuf s’étaient opposés et 41 s’étaient abstenus.

Des Palestiniens marquent les 100 ans de la Déclaration Balfour à Ramallah, le 2 novembre 2017 (Crédit : Flash 90)

Israël, bien sûr, avait rejeté cette résolution avec véhémence. La seule manière de réaliser un état palestinien était par « des négociations directes entre Jérusalem et Ramallah qui mèneraient à une paix sûre et durable entre Israéliens et Palestiniens », avait dit à l’époque Ron Prosor, ambassadeur israélien à l’ONU de l’époque.

Invoquant le plan de partition de 1947 qui, avait-il dit, « est devenu le certificat de naissance d’Israël », Prosor a noté que les responsables palestiniens, à ce jour, refusent encore de reconnaître un état juif, comme stipulé dans le plan.

La Résolution 181 mentionne trente fois les mots « état juif ». La résolution de 2012 ne mentionne pas le concept.

« Ils n’ont jamais eu la volonté d’accepter ce que cette instance a reconnu il y a 65 ans », avait indiqué Prosor dans un discours suivant le vote.

Ron Prosor, émissaire israélien à l’ONU, lors d’un discours au Conseil de Sécurité, le 22 octobre 2013 au siège des Nations unies à New York (Crédit : Nations unies)

Israël, d’un autre côté, continue à croire dans la partition, avait-il affirmé, notant le soutien apporté par Netanyahu à la création d’un état palestinien démilitarisé qui reconnaisse Israël comme état-nation du peuple juif.

« C’est juste. Deux états pour deux peuples », avait ajouté Prosor.

Netanyahu n’est jamais officiellement revenu sur ce positionnement, qu’il avait formulé pour la première fois dans un discours prononcé en 2009 à l’université Bar-Ilan. Mais depuis l’élection du président américain Donald Trump l’année dernière, il a minutieusement évité de le re-mentionner, amenant certains à affirmer qu’il ne croit plus en une solution à deux états.

Les critiques israéliens de la résolution de 2012 avaient posé en principe à l’époque qu’un vote à l’Assemblée générale de l’ONU ne changerait rien sur le terrain. Cette affirmation n’avait été que partiellement correcte. La Palestine n’est toujours pas un pays indépendant, c’est sûr, mais le nouveau statut qui lui est conféré par l’Assemblée générale a ouvert la porte à ce que Ramallah puisse devenir membre d’organisations internationales comme la Cour pénale internationale (CPI, où les Palestiniens continuent à engager des poursuites contre les responsables israéliens) et à Interpol (où ils ont dorénavant accès aux réseaux de communication sécurisés mondiaux reliant les polices de l’agence).

Le Premier ministre palestinien, Rami Hamdallah et le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon lors de la conférence de presse le 13 octobre 2014 à Ramallah (Crédit : AFP/ABBAS MOMANI)

Beaucoup de choses ont changé entre 1947 et 2012. Et le monde a encore changé au cours des cinq dernières années. Mais les Israéliens célébrant la Résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU comme le présage de l’Etat juif ignorent, à leurs risques et périls, le plan de partition de 2012 établi par la même instance.

Il y a soixante-dix ans, une majorité confortable des nations du monde avait soutenu une solution à deux états acceptée par les Juifs mais rejetée les Arabes. Aujourd’hui, les choses ont changé : Les Arabes professent dorénavant l’acceptation d’une solution à deux états à laquelle s’oppose une grande partie du gouvernement israélien. La communauté internationale toutefois semble, à une écrasante majorité, approuver la partition, à un degré même supérieur qu’en 1947.

Soixante-dix ans après avoir pour la première fois affirmé l’idée d’un état arabe vivant aux côtés d’un état juif en Terre sainte, le monde devient de plus en plus impatient concernant sa concrétisation. En conséquence, une partie de la communauté internationale a commencé à demander des sanctions contre Israël, comme des boycotts et des listes noires.

Alors que les Israéliens se réjouissent aujourd’hui de l’approbation de la partition passée de l’ONU, il est peut-être temps qu’ils réfléchissent pour savoir si Israël est encore favorable à cette idée et si tel est le cas, à comment faire en sorte que cela se réalise.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...