La commission du service civil abandonne l’enquête sur David Keyes en Israël
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La commission du service civil abandonne l’enquête sur David Keyes en Israël

Il a été dit à une plaignante que l'attitude du porte-parole du Premier ministre a pu être 'inappropriée' sans pour autant constituer un délit criminel ou disciplinaire

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

David Keyes, (à gauche), accompagne le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem/pool)
David Keyes, (à gauche), accompagne le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem/pool)

La semaine dernière, le Times of Israel a publié en détails le récit d’une femme qui avait rencontré David Keyes au mois de juin 2016.

La femme avait expliqué qu’elle et Keyes avaient échangé leurs numéros de téléphone après leur première rencontre au mois d’avril, la même année. Keyes avait commencé à travailler pour Netanyahu le mois précédent.

« Il y avait de nombreux messages très agressifs. Il essayait toujours de me voir, des choses dans le genre », s’était-elle souvenue, ajoutant qu’elle n’avait jamais accepté de le revoir.

Deux mois après, elle avait prévu de sortir avec des amis et avait indiqué à Keyes l’endroit où elle se trouverait, via l’application WhatsApp. Keyes était déjà là avant qu’elle n’arrive en compagnie de ses amis, avait-t-elle dit.

Quelques minutes après leur arrivée, elle avait dû se rendre aux toilettes et avait alors réalisé que Keyes lui avait emboîté le pas.

« J’avais un peu bu et il m’a tout simplement pressée contre le mur, se plaçant contre moi. Il a fallu que je le repousse et j’ai fui », a-t-elle ajouté.

« Le plus étrange pour moi est que j’étais passablement éméchée à ce moment-là et lui remarquablement sobre », a-t-elle poursuivi. « Et il est venu en sachant pertinemment dans quel état je me trouvais. Et c’était très agressif. Il s’est levé et m’a suivie, littéralement. Je me souviens avoir regardé derrière moi et m’être demandé pourquoi il me suivait ? », avait-elle continué.

La femme avait précisé qu’elle ne considérait pas nécessairement l’incident comme une agression sexuelle mais qu’elle avait noté « un comportement sexuel extrêmement agressif ».

Elle a ajouté : « Il a tenté de m’attraper par l’arrière, mais je l’ai repoussé, en quelque sorte. Il n’y a pas eu de baiser, pas de contact physique – juste une tentative très agressive ».

Keyes, natif de Los Angeles, avait été désigné porte-parole de Netanyahu au mois de mars 2016, une nomination sur laquelle il avait insisté, selon le récit de la femme.

« La première fois que je l’ai rencontré, il a établi très clairement qui il était, ce qu’il avait fait », dit-elle. « Il était très fier de tout le chemin qu’il avait parcouru ».

Le comité de discipline de la commission est un appareil bureaucratique relativement important. Un responsable y est chargé de gérer toutes les affaires d’agressions ou d’harcèlements sexuels.

Greenblatt, porte-parole de la commission, a indiqué jeudi qu’il n’y avait aucun élément nouveau concernant l’implication de Dermer dans l’affaire. Il avait annoncé lundi que le comité de discipline s’intéressait à d’éventuels « aspects disciplinaires » dans le comportement de l’ambassadeur.

Le New York Times avait fait savoir, la semaine dernière, que le journaliste américain Bret Stephens avait contacté Dermer au mois de novembre 2016 et l’avait mis en garde, affirmant que Keyes « pose un risque pour les femmes dans les bureaux du gouvernement israélien ».

Ron Dermer, ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, pendant la conférence annuelle de Christians United for Israël, au centre de convention de Washington, le 17 juillet 2017. (Crédit : capture d’écran)

Le bureau de Dermer avait reconnu avoir reçu le message de Stephens, mais avoir décidé de ne pas le transmettre à Netanyahu, ces allégations n’étant pas criminelles en nature.

« Les informations sur cet appel n’ont pas été relayées auprès du bureau du Premier ministre. Si Stephens ou qui que ce soit d’autre avait donné à l’ambassadeur des informations sur des agressions sexuelles ou tout autre acte criminel commis contre les femmes au bureau du Premier ministre – que ce soit avant ou après la nomination de cette personne – l’ambassadeur en aurait notifié immédiatement le bureau du Premier ministre », avait dit le bureau de Dermer dans un communiqué.

De plus, la semaine dernière, le Times of Israel avait publié un reportage consacré à Keyes, citant les propos de 12 femmes qui avaient toutes dépeint des comportements inappropriées envers elles et d’autres, avec notamment deux récits pouvant s’apparenter à des agressions sexuelles.

Depuis, encore quatre autres femmes sont entrées en contact avec le Times of Israel pour évoquer leurs rencontres avec Keyes. A ce jour, quatre des femmes ayant dénoncé les comportements de Keyes ont été identifiées par leur nom.

Keyes, pour sa part, a nié tout acte répréhensible.

Les informations précises transmises à Dermer par Stephens restent encore indéterminées. En Israël, le harcèlement sexuel – et non seulement l’agression – est considéré comme un crime.

La députée de l’opposition Karine Elharrar avait appelé dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu à démettre de ses fonctions l’ambassadeur à Washington qui n’avait pas transmis ces allégations d’agressions sexuelles. Elharrar, du parti Yesh Atid, avait expliqué à Netanyahu dans un courrier que Ron Dermer avait légalement l’obligation de faire part des avertissements faisant état de comportements inappropriés de la part du porte-parole du Premier ministre israélien pour les médias étrangers.

« Ce silence assourdissant envoie un message mauvais et problématique à toutes les femmes, partout », avait-elle commenté. « Il établit que le corps des femmes n’a aucune valeur lorsqu’on en vient aux caprices d’un haut-responsable gouvernemental et qu’il est préférable qu’elles se taisent ».

Elharrar avait expliqué que le nombre croissant d’accusations contre Keyes était « perturbant » et qu’elles soulignaient un modèle de comportement, chez lui, visant à « exploiter sa position pour satisfaire ses désirs. »

La députée de Yesh Atid Karine Elharrar dirige une commission du contrôle de l’Etat le 8 mars 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Se faisant l’écho de la plainte qui avait été déposée le samedi précédent devant la commission de service civil par la députée du Meretz Michal Rozin, Elharrar avait expliqué que sous les termes de la loi israélienne de prévention du harcèlement sexuel, les employeurs doivent prendre « des mesures appropriées » contre le harcèlement.

Elle avait ajouté que même si Dermer n’avait pas cru que les accusations contre Dermer constituaient un délit criminel, il se trouvait tout de même dans l’obligation de faire part des allégations à son encontre, selon la loi de 1998.

« Il est déraisonnable qu’une personnalité à un tel niveau de responsabilité viole la loi de manière aussi flagrante », avait estimé Elharrar.

En réponse, le bureau du Premier ministre avait indiqué dimanche que « ce qui a été exactement dit à Dermer n’est pas clairement établi sur la base des informations parues dans les médias » et que sa gestion de l’affaire ferait l’objet d’une enquête en interne, selon le site Ynet.

La semaine dernière, Julia Salazar, candidate au sénat de l’Etat de New York, avait accusé Keyes de l’avoir sexuellement agressée il y a cinq ans. La journaliste du Wall Street Journal Shayndi Raice avait pour sa part indiqué sur Twitter qu’elle aussi avait eu une « rencontre terrible » avec Keyes avant qu’il ne devienne le porte-parole de Netanyahu. Elle l’avait qualifié de « prédateur », de personnalité n’ayant « absolument aucune conception du mot ‘non’. »

Julia Salazar, candidate au Sénat de l’Etat de New York. (Capture d’écran YouTube)

Keyes, 34 ans, avait nié toutes ces allégations, disant qu’elles étaient toutes « profondément trompeuses, un grand nombre étant catégoriquement mensongères ». Il avait ensuite déclaré qu’il prenait un congé exceptionnel face à l’indignation générale pour tenter de laver son nom de toutes les accusations.

Un certain nombre de députées ont dénoncé Netanyahu qui ne s’est pas encore exprimé sur ce scandale qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

La semaine dernière, Michal Rozin avait critiqué le silence de Netanyahu suite aux accusations, affirmant qu’il pouvait être considéré comme une certaine tolérance concernant les actes présumés. Elle avait réclamé que le Premier ministre se positionne clairement contre les agressions et le harcèlement sexuels.

Rozin, qui était dans le passé à la tête de l’organisation-cadre à destination des victimes de violences sexuelles, avait également dit qu’il fallait enquêter sur Keyes en raison de « graves préoccupations sur d’éventuels comportements en série ».

Dimanche également, Naamat, le groupe israélien le plus important de défense des droits des Femmes, avait écrit une lettre au directeur-général du ministre des Affaires étrangères Yuval Rotem, lui demandant l’organisation de « délibérations urgentes » sur les procédures à appliquer dans des cas où les diplomates sont informés sur de mauvaises conduites sexuelles potentielles de la part de fonctionnaires.

« Nous considérons que c’est un comportement très grave », avait commenté la responsable du groupe, Galia Wolloch, dans une lettre concernant la décision de Dermer de ne pas faire part à Netanyahu des attitudes inappropriées de Keyes.

« N’importe quel haut-responsable aurait immédiatement averti les autorités concernées en cas de délits susceptibles de menacer la sécurité nationale », a-t-elle ajouté. « La sécurité des femmes n’est-elle donc pas digne d’être protégée ? »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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