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La confusion pendant l’opération à Gaza oblige Netanyahu à désigner un adjoint

Alors que le Premier ministre se trouvait à l'étranger en pleine crise de sécurité nationale, le Cabinet du Premier ministre n'a pas su dire qui était en charge de la situation

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la conférence hebdomadaire du gouvernement à la résidence du bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 1er juillet 2018 (Crédit : Ohad Zwigenberg/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la conférence hebdomadaire du gouvernement à la résidence du bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 1er juillet 2018 (Crédit : Ohad Zwigenberg/POOL)

Quelques heures avant l’affrontement de dimanche soir à Gaza, au cours duquel un haut responsable des forces spéciales de Tsahal et sept hommes armés palestiniens ont été tués, la Dixième chaîne a déclaré que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait récemment déclaré à un ancien haut fonctionnaire qu’il serait disposé à céder la place, pour peu que le successeur en soit digne.

« Je suis prêt à quitter mon poste de Premier ministre demain, mais je n’ai personne à qui confier les clés », aurait déclaré le Premier ministre à un haut fonctionnaire dont le nom n’a pas été cité, faisant allusion aux appels l’enjoignant de démissionner en raison des multiples affaires de corruption dans lesquelles il est impliqué.

Lorsque les premiers signes de violence à Gaza ont commencé à se manifester à la fin de la journée de dimanche, alors que le Premier ministre était hors du pays, la méfiance présumée de Netanyahu envers ses successeurs potentiels a suscité questions et confusion quant aux responsables de la gestion des problèmes de sécurité qui se posaient à la population.

« Je frémis à l’idée que la nuit où l’on savait à l’avance qu’une telle opération allait avoir lieu, le responsable du pays, par décision personnelle du Premier ministre, était Miri Regev », a écrit l’ancien Premier ministre Ehud Barak sur Twitter lundi matin.

« Il faut s’interroger sur le choix de Netanyahu », a-t-il accusé.

Mme Regev, qui a très souvent suscité des controverses ces derniers mois en tentant d’imprimer sa marque sur la scène culturelle israélienne, avait en effet été nommée vice-première ministre par intérim pour la durée du voyage de Netanyahu à l’étranger, chargée de convoquer et de présider les réunions du Cabinet en cas d’urgence.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa ministre de la Culture et des Sports Miri Regev pendant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Or, elle n’est pas membre du cabinet de sécurité et ne peut donc pas convoquer une réunion du forum de haut niveau, qui est chargé de lancer les grandes opérations militaires, de déclarer la guerre et de gérer les crises de sécurité nationale.

Ainsi, lorsque l’unité des forces spéciales de Tsahal a essuyé des tirs et qu’au moins sept Palestiniens ont été tués dans la fusillade et les frappes aériennes qui ont suivi le raid israélien, c’est Avigdor Liberman, ministre de la Défense, qui avait été spécifiquement désigné par Netanyahu avant son départ comme responsable pour convoquer le cabinet chargé de la sécurité qui a pris les commandes.

Le bureau de Liberman a publié une série de communiqués sur ses consultations opérationnelles avec les généraux de Tsahal et sur les différents développements de la nuit. Regev est restée silencieuse.

Le commandement apparemment bicéphale a même semé la confusion au sein du cabinet du Premier ministre, le porte-parole de Netanyahu n’ayant pu confirmer pendant une heure et 20 minutes qui avait été nommé comme adjoint et pourquoi Liberman dirigeait le cabinet de sécurité.

La situation ahurissante, qui est survenue à un moment où les affrontements à Gaza semblaient menacer de dégénérer en une guerre totale, n’est cependant pas sans précédent sous l’actuel Premier ministre.

Des Palestiniens autour des décombres d’une voiture qui aurait été détruite par une frappe israélienne à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 12 novembre 2018 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Depuis son arrivée au pouvoir en 2009, Netanyahu n’a jamais nommé de remplaçant désigné permanent qui prendrait automatiquement la direction du pays si le Premier ministre était empêché ou démis de ses fonctions par un acte d’accusation soudain.

Au lieu de cela, chaque fois qu’il voyage à l’étranger ou qu’il subit une intervention chirurgicale sous anesthésie, Netanyahu désigne un ministre du Likud différent comme remplaçant temporaire.

Selon la Loi fondamentale qui fait quasiment office de constitution : Le gouvernement, si une situation d’urgence est déclenchée alors que le Premier ministre est frappé d’incapacité et qu’il n’a pas nommé un remplaçant permanent ou temporaire, le secrétaire du Cabinet convoque une réunion du Cabinet et les ministres votent pour déterminer qui doit prendre la relève.

Lorsqu’Ariel Sharon a été victime d’un AVC en 2006, Ehud Olmert a immédiatement assumé l’autorité du Premier ministre, après avoir été nommé comme son remplaçant potentiel trois ans auparavant.

Si le Premier ministre est toujours frappé d’incapacité après 100 jours, il sera « réputé dans l’incapacité permanente d’exercer ses fonctions », stipule l’article 16(b) de la Loi fondamentale concernant le gouvernement. Le remplaçant temporaire prendrait alors automatiquement le rôle permanent de Premier ministre.

Depuis que le poste de remplaçant désigné a été institué par la loi (dans le cadre de l’accord de rotation de 1984 pour Shimon Peres du Parti travailliste et Yitzhak Shamir du Likud prévoyant que chacun servent deux ans comme Premier ministre), ce ne sont pas tous les Premiers ministres qui ont désigné leur remplaçant.

Lorsque Yitzhak Rabin a été assassiné en 1995, il n’y a pas eu de remplaçant désigné et Shimon Peres n’est devenu Premier ministre par intérim qu’après un vote des ministres.

Contrairement à cette époque, cependant, le gouvernement de Netanyahu n’a pas de remplaçant évident pour sa direction.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 11 mars 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Rien qu’au cours des deux dernières années, le ministre du Tourisme Yariv Levin, le ministre des Transports Yisrael Katz, le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, le ministre de Jérusalem Zeev Elkin et la ministre de la Culture Miri Regev se sont tous vu attribuer ce rôle très apprécié, pour de courtes périodes.

En plus de s’abstenir de nommer un suppléant, M. Netanyahu a également renoncé à sa pratique antérieure consistant à pourvoir les postes honorifiques de Premier ministre adjoint et vice-premier ministre.

Le Premier ministre adjoint et le vice-Premier ministre n’ont pas de pouvoir exécutif officiel et n’ont pas plus le droit de remplacer un Premier ministre frappé d’incapacité que les autres membres du cabinet, mais Netanyahu a accordé le titre à un grand nombre de ministres – tant pendant son premier mandat de 1996 à 1999 et entre 2009 et 2015.

Peut-être par crainte de créer un challenger potentiel au sein de son propre parti, Netanyahu a empêché l’émergence de tout héritier potentiel en faisant constamment tourner le poste de Premier ministre temporaire et en évitant l’apparition de tout favori, même parmi ses plus proches alliés.

Dimanche soir, avec Regev et Liberman à la barre – ou aucun des deux – Netanyahu a trouvé une autre solution au problème en raccourcissant son séjour à Paris et en rentrant immédiatement en Israël, restant le seul et unique Premier ministre dans son pays et à l’étranger.

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